Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mercredi 23 novembre 2016

A Tribe Called Quest - We Got It From Here... Thank You 4 Your Service (2016)



  AAAAaaaah qu'il est bon ce disque. Dès "The Space Program", les flows s'entrechoquent, se répondent et s'interpellent comme les samples sur une musique qui sonne à la fois old school et moderne. "We The People" éblouit avec son feeling rock, de l'écho rockabilly sur la voix de Q-Tip aux sonorités. La production de Q-Tip sur l'album est absolument brillante, les flows sont étincelants, les parties chantées accrocheuses, l'ensemble est bien composé et brillamment exécuté (merci au mélange samples - instruments live, notamment visible sur "Solid Wall Of Sound" avec Elton John). Les feat sont hyper bien gérés (les interventions de Busta sont plus classes que jamais, le jeu de Jack White apporte un vrai plus...). Et puis ces textes, qu'ils sont bons !

  Le passage de flambeau de "Dis Generation" sonne plus comme une victoire  qu'un aurevoir, et l'ensemble de l'album est un bel hommage à Phife Dawg, décédé avant la fin des enregistrements (et honoré sur "The Donald"). On espère que Q-Tip et Ali Shaheed Muhammad continueront à faire cette musique, ensemble sous un autre nom (ce disque est le dernier de Tribe) ou séparément. Quand on entend des bombes comme la très Mobb Deep "Kids..." avec André 3000, la funky "Melatonin", les choeurs angéliques de "Enough!!" ou le beat millésimé de "Mobius", on ne peut qu'espérer que ces putain de morceaux aient des petits frères bientôt. 

  RIP Phife, et longue vie à Q-Tip et Ali, qu'ils continuent de nous fournir en hip-hop de qualité, sans renoncements artistiques, modernes et accessibles. Foncez l'écouter ici.


RIP Phife 
Alex


lundi 21 novembre 2016

Frank Ocean - Blonde (2016)

  Celui là je sais pas trop comment en parler. Des disques qu'on attend autant, finalement ça arrive pas si souvent. Depuis la claque Channel Orange en 2012 (notre chronique ici), qui a recomposé tout un pan du paysage musical à la seule force de sa beauté insolemment moderne, c'était le silence radio, à quelques collaborations près. Et puis, en 2016, le labyrinthique, abstrait et peu accessible ENDLESS (dont on a parlé ici) arrive par surprise. Et moins d'une semaine plus tard, ce Blonde (ou Blond selon l'artwork). Tout a déjà été dit sur le rapport entre le contenu de ces disques et l'évolution d'Ocean, ainsi que sur l'habile tour de passe-passe qui lui a octroyé le plein contrôle de ce disque, et l'indépendance vis-à-vis de sa maison de disque.

  Non, on ne va pas reparler de tout ça, je vous conseille d'aller fureter sur internet, vous trouverez de très bons papiers (en anglais souvent) là dessus. Ce que je peux vous dire par contre, c'est que ce disque est putain de beau. J'ai d'abord eu une période de doute concernant les deux fournées 2016 de Frank, que j'ai trouvées au départ pas mal, un peu brouillon, trop dures d'accès, mais quand même... Un truc, un je ne sais quoi de plus, m'a fait revenir encore et encore sur ces albums. Jusqu'à ce que, petit à petit, à force de fouilles plus intensives je prenne mes repères dans ce riche corpus, et que j'en comprenne enfin l'architecture, laissant toute sa beauté m'éblouir. Bref, j'ai passé mon été à courir sur les bords de Loire, sous le caniar, avec Blonde et ENDLESS dans les écouteurs. Si j'avais à donner mon disque de l'été a posteriori, ce serait donc Blonde sans hésitation. 

  Tout est parfait, de "Nikes" à l'instrumentation typique de ce qu'on pourrait attendre d'un morceau de Frank Ocean (comprendre rnb électronique et mélancolique baigné dans le hiphop), mais aux effets vocaux déstabilisants puis obsédants, à la déchirante ballade entre indie rock et soul "Ivy", jusqu'à un "Pink+White" confortablement soul, comme un Marvin Gaye actualisé. Le chant est parfait, la production moderne et exigeante, avec un son particulier, empruntant autant à ses influences habituelles qu'au rock, à la pop et au folk indés, pour un son très particulier, entre chaleur soul/rnb et un son froid, "blanc" et clinique d'une précision chirurgicale. Ca s'entend même sur des titres plus soul comme "Solo" et "Godspeed" aux orgues 70s revus et corrigés. Et sur deux des meilleurs titres du disque avec "Ivy", le magnifique "Self Control", qui doit beaucoup au folk visionnaire de Bon Iver, et le pop-folk électronisé "White Ferrari" qui cite les Beatles.


  Le mélange entre pop indé et rnb est une réussite bluffante, sur le brumeux "Skyline To", où de discrètes guitares pastorales côtoient des synthés qui auraient pu figurer sur Mummer de XTC, et un chant rnb. Idem sur le presque ambient "Seigfried". C'est encore plus marquant sur "Pretty Sweet" qui utilise des guitares presque punk, des choeurs mystérieux qui auraient pu se retrouver sur un Midnight Juggernauts, un Justice ou un Klaxons, et une rythmique quasi jungle. Sur ce titre, on pense aussi aux (bonnes) dernières expérimentations rnb-rock du collègue Miguel. 

  Ce mix, augmenté d'une dose d'électronique, accouche d'une chanson pleine de qualités et accrocheuse sur "Nights". L'électro-rnb à la James Blake (et donc indirectement Bon Iver) de "Close To You", et celle alternativement noisy (le street recording) et autotunée de "Futura Free", sont tout aussi excitantes.

  Frank sait aussi gérer ses invités avec brio, en les utilisant par petites touches imperceptibles comme Kendrick ou Beyoncé, ou de façon plus forte comme le moment de bravoure d'André 3000 sur "Solo (Reprise)", absolument mémorable entre ce piano grave et ces glitches électroniques. Les interludes sont par contre moins marquants, à part le bon "Good Guy". "Be Yourself" gâche un peu les réécoutes, comme "Facebook Story" même si ce dernier a le mérite de conter une histoire à la fois marrante, édifiante et terrifiante.

  Bref, ce disque est un chef-d'oeuvre, un autre monument à créditer au génie de Frank Ocean, qui non content d'être un des chanteurs à la signature vocale et aux techniques de chant les plus marquants et les plus importants de sa génération, se double d'un auteur et d'un compositeur-producteur avec une vraie vision artistique et un talent monstrueux. S'il ne fallait qu'une preuve que le gars est la relève de monstres sacrés comme D'Angelo, et pas un épiphénomène, elle est là, dans ce magnifique album (écoutable ici).


Alex


samedi 19 novembre 2016

Jazz 2016, Traditions & Réinventions : Esperanza Spalding - Emily's D+Evolution, Kadhja Bonet - The Visitor, Shabaka & His Ancestors - Wisdom Of Elders & Eric Schaefer & The Shredz - Bliss

  Outre l'excellent disque d'Herlin Riley (cf ma chronique ici), l'année 2016 nous a offert une tripotée de grands disques jazz, dont je vais vous présenter certains de mes favoris, qui ont chacun une approche très distincte et personnelle du genre. 




Esperanza Spalding - Emily's D+Evolution (2016)

  Ce disque est une petite bombe jazz-soul-rock. Là où la fusion paraît souvent pataude et pas vraiment finaude, elle sonne ici parfaitement fluide et naturelle. La guitare anguleuse de "Good Lava" apporte un mordant qui pimente le groove naturel du morceau et permet à Spalding de déployer son chant entre jazz, soul et punk (on pense autant à Nina Hagen et Brazilian Girls qu'à Billie Holiday). Ce chant est encore davantage mis en valeur dans des titres soul-jazz comme "Unconditional Love", "Judas", "Earth To Heaven", et "One" avec toujours ce petit twist rock indé, qui est convoqué de façon plus marquée sur "Rest In Pleasure", "Ebony And Ivy", "Elevate Or Operate" et "Noble Nobles". Et sur ces morceaux, le chant, les choeurs et l'instrumentation ne se privent pas de jouer avec une certaine théâtralité, pour donner un côté presque Broadway voire opéra à certains passages, à la Freddie Mercury. La palme de la théâtralité revient à "I Want It Now", qui pourrait figurer à la BO d'un Phantom Of The Paradise revisité. Le funk liquide de "Farewell Dolly" et celui plus terrien de "Funk The Fear" achèvent de diversifier le propos. L'album (en écoute ici), est une réinvention moderne du jazz fusion absolument impeccable, et il est à écouter de toute urgence.




Kadhja Bonet - The Visitor (2016)

  L'intro cinématographique rappelle la prodige de la soul moderne Janelle Monaé, et on se frotte les mains d'avance en entendant ces choeurs, ce rythme syncopé, ces synthés psychédéliques et chatoyants, et en attendant la suite. Qui sera orchestrale sur "Honeycomb", pour un grand moment de jazz vocal, qui s'impose dès la première écoute comme un classique intemporel. On est déjà conquis, alors quand déboulent l'électropop baroque de "Fairweather Friend", avec toujours ce chant jazzy, on exulte. Tout l'album sera-t-il aussi bon ? Oui, l'orchestre, le cinéma, la soul psychédélique des Temptations et les grandes divas jazz sont conviées sur "The Visitor" et "Gramma Honey", avec en prime un côté mystérieux et sensuel à la Lana Del Rey dans le chant. 

  La porte du Pays des Merveilles est ouverte, et lorsqu'on tombe dans le terrier du lapin blanc avec le psychédélisme orchestral de "Portrait Of Tracy", les choeurs et les cordes nous enveloppent, les vents nous caressent le visage. On se relève et on embarque pour le jazz vocal imprégné de folk pastoral de "Nobody Other", puis le jazz de petit club de "Francisco". 

  Kadhja Bonet, en partant du jazz vocal, élabore tout un monde grâce à ses immenses capacités de songwriter et de chanteuse, en incluant de la soul, du funk, de la folk, des influences orientales, pour un résultat pas si éloigné que ça d'une pop de haute volée. L'album est magique, et il s'écoute ici.





Shabaka & His Ancestors - Wisdom Of Elders (2016)

  Shabaka Hutchings est un saxophoniste londonien de génie, qui a eu la lumineuse idée de s'entourer d'un crew sud-africain et d'enregistrer l'album dans l'urgence, en un jour. Et le résultat est aussi radical que beau. Dès l'introductif "Mzwandile", on mélange jazz, Afrique et chant soul/blues. Et ces rythmiques si riches sont ultra-modernes, elles évoquent autant le jazz et l'héritage musical africain que les expérimentations électroniques ou hip-hop de producteurs comme Flying Lotus. Loin d'être uniquement une énième relecture d'un vieux Miles Davis ou d'un Fela, ce disque sonnerait plutôt moderne comme un J Dilla ou un D'Angelo, et toutes les vagues qu'ils ont inspirées (Common, Kamasi Wahington, Kendrick Lamar,...). 

  D'ailleurs, comme sur "Joyous", le côté free ressort assez peu, le disque est très mélodique et n'a pas besoin de dissonances à outrances pour sonner sauvage, brillant et radical. Il n'y a guère que sur "The Sea" où la folie (contrôlée) l'emporte. Même sur des morceaux comme "OBS" ou "The Observed", elle est canalisée et l'ensemble reste cohérent et mélodique, ce qui peut faire de ce disque une excellente introduction au jazz le moins accessible aux oreilles les plus sensibles des novices du genre.

  Le chant est très souvent convié, plus que la moyenne des disques jazz, et c'est une bonne chose, car il est ici brillamment intégré à la musique et apporte une âme supplémentaire à des morceaux déjà géniaux (il n'y a qu'à écouter le groove et les changements de rythme de "The Observer" pour s'en convaincre). 
  Bref, ce disque est superbe, d'un respect infini envers une certaine tradition africaine du jazz (cf le titre), et d'une modernité époustouflante dans l'exécution. Vous devriez d'ailleurs cliquer là pour l'écouter d'urgence.




Eric Schaefer & The Shredz - Bliss (2016)

  Ce disque est fou, d'une belle et douce folie. "Abstract Dub" sonne comme du Miles, mais avec une rythmique syncopée des plus moderne, un synthé-orgue psyché et une basse slappée bondissante. Avant que les vagues de synthé, les cuivres démultipliés et les filtres ne fassent grossir le morceau encore et encore et l'étirent jusqu'à ce que cette orgie ne ressemble plus à rien de connu. 
  Le plus calme et mélodique "Barber" permet une transition avec le diptyque "Longjam" et "Slomojam" qui mêlent électronique, jazz et psychédélisme avec brio. Le groupe n'a peur ni d'utiliser de courts motifs répétés et du bruit pour donner plus d'ampleur aux compositions comme sur "Oistrakh" et "Shortjam", ni d'utiliser des rythmes plus simples et accessibles comme sur "No Bottom No Top" aux nappes de synthés glaçantes sur lesquelles se pose avec majesté la trompette lead. Le morceau le plus radical étant "Bliss" entièrement constitué de samples triturés, destructurés et balancés à nos oreilles repues. Bref, si vous voulez un croisement fou et ambitieux entre Pierre Henry et Miles Davis, vous avez votre disque de l'année (à écouter ici).


Alex



jeudi 17 novembre 2016

Folk 2016 : Kevin Morby - Singing Saw & Adam Green - Aladdin

  Aujourd'hui, ce sont deux excellents disques de Folk sortis cette année qui sont à l'honneur, avec chacun à leur façon une approche entre modernité et tradition de ce riche héritage musical.



Kevin Morby - Singing Saw (2016)


  Ce disque est merveilleux. Dans les lentes ballades acoustiques à la guitare telles que "Cut Me Down", "Drunk And On A Star", "Black Flowers" et "Water", qui rappellent Dylan et Cohen pour les anciens, et Tobias Jesso Jr pour les jeunots. Ou dans les morceaux plus rock, comme "Singing Saw" qui s'accompagne d'une guitare électrique tranchante blues-rock, d'une boîte à rythme crépusculaire et de claviers psyché qui évoquent le dernier album de Woods, son ancien groupe. De rock, il en est aussi question sur "Dorothy", au riff massif et à la rythmique entêtante.

  Des influences jazz viennent se glisser dans la magnifique "Destroyer", et on entend toute la fragilité d'un Harry Nillsson sur une magnifique chanson piano-voix comme "Ferris Wheel". Et puis il y a ce tube absolu, "I Have Been To The Mountain", sommet indépassable aux influences multiples (guitares folk-rock, basse soul/funk, choeurs gospel, rythmique pop, bruitages psyché et cuivres mariachi). Et puis cette voix, quelque part entre le conteur folk et le chanteur de rockabilly hanté... Bref, vous l'aurez compris, ce disque est un indispensable. Ecoutable par là.



Adam Green - Aladdin (2016)

  Ce disque est la BO d'un film apparemment assez barré et DIY, mais rassurez-vous, aucune nécessité de le voir pour apprécier ce disque. A part de courts dialogues du film bien dada, qui ne dérangent pas l'écoute, on peut apprécier ces chansons seules. Comme les très Hazlewood "Fix My Blues", "Nature Of The Clown", et "Phoning In The Blues", petites merveilles de pop folk un peu funky et un peu baroques, aussi bien arrangées que composées. Des petits classiques instantanés qui imposent d'emblée leur cool, et savent mélanger les époques avec habiletés grâce à de discrets synthés et effets sonore et même un peu de scratch.

  La pop lo-fi électronique et ludique de "Someone Else's Plan" et "Life In A Videogame", la funky "Time Chair", "Do Some Blow (With Me)" (entre baroque et Johnny Cash), et la berceuse "Never Lift A Finger", sont tout aussi recommandables. 

  Tout n'est pas parfait, certains morceaux sont moins marquants, comme "Me From Far Away" et "Trading Our Graves", mais ils ne déçoivent pas non plus, la qualité reste au rendez-vous. De même, quelques courts morceaux plus foufous et volontairement marrants, comme "Birthday Mambo", l'électro rock "Chinese Dance Theme" et la chorale pop funky de "Interested In Music" divertissent et amusent mais ne sont clairement pas des chef-d'oeuvre (ce n'est pas leur but).

  L'album de façon globale est tout de même excellent, Adam Green est un songwriter et un chanteur de haute volée, et ce disque qui ne se prend pas au sérieux mais qui compile un sacré paquet de classiques ne démérite pas dans sa très bonne discographie. A écouter ici.

Alex

mardi 15 novembre 2016

2016, Retours Pop & Réinventions : La Femme (Mystère) & Crocodiles (Dreamless)

  Nous allons parler aujourd'hui de deux remises en question musicales marquantes de l'année 2016, ayant abouti à deux disques très bons, mais pas parfaits, qui sonnent comme de solides transitions entre des débuts brillants et un avenir radieux. J'ai nommé les albums Mystère des frenchies de La Femme et Dreamless des géniaux américains Crocodiles.



La Femme - Mystère (2016)

  Introduit par le titanesque "Sphynx", cet album avait tout pour plaire, l'ambiance cinématographique, l'exagération du style du 1er album étiré en une longue transe électro-pop orientalisante et sexuelle. Puis la surprise ! Les influences yéyé et pop 60s/70s sont bien plus présentes dans le mix foutraque mais inédit du groupe. Pour le meilleur comme sur "Le Vide Est Ton Nouveau Prénom" aux accents prog folk celtiques et au magnifique pont morriconien, et "Où Va Le Monde", dans laquelle le texte bancal n'arrive pas à gâcher le surf rock irrésistible. Mais aussi pour des résultats très mitigés, comme le naïf "Septembre", sauvé par sa conclusion, et un "Tueur de Fleurs" avec de bonnes idées mais un peu mou.

  Ailleurs, la diversité stylistique et la folie créatrice font mouche. Le punk pop décadent façon Plastic Bertrand de "Tatiana" (au final dantesque) couplé à la techno post punk de "SSD", sont enthousiasmants. 
  Le psychédélisme est fort réussi sur "Exorciseur" avec un rap féminin ultra jouissif, celui mâtiné d'influences arabisantes de "Al Warda", le chaloupé "Psyzook" et la pop sous patronage de St Syd Barrett sur "Le Chemin". C'est parfois longuet par contre, comme sur "Vagues", le morceau plus ou moins prog au long solo de guitare pas si mémorable.
  On a de la synthpop de haute volée sur "Elle Ne T'aime Pas" à la Jacno, et de bonne facture sur un "Always In The Sun" un peu plus générique mais très bonne pour une bonus track. Et puis surtout le surf post-punk très B-52s jouissif de "Mycose", énorme chanson où tout est parfait, du thème inédit au sous-texte hyper malin, à la musique tubesque et ultra bien construite.

  Bref, après un premier EP époustouflant, et un album qui a donné un grand coup de pied dans la fourmilière pop-rock française et a inventé un nouvel espace pop rien qu'à eux, les jeunes gens de La Femme nous ont livré là un superbe deuxième album, peut-être un peu trop généreux (quelques morceaux plu faibles, même si aucun n'est mauvais loin de là), mais de qualité et augurant le meilleur pour la suite. Le succès incroyable de Psycho Tropical Berlin ne semblait pas égalable, le groupe a choisi de s'étoffer et de prendre en ampleur ce que fatalement ils allaient perdre en efficacité punk et en effet de surprise, et ça fonctionne (comme vous pouvez le constater en l'écoutant ici). En plus, ils sont excellents en live (dans des petites salles en priorité). Croyez moi, on les a vus deux fois avec Etienne, c'était de la folie. 




Crocodiles - Dreamless (2016)

  Après avoir porté leur post-punk abrasif et marécageux sur deux excellents albums en 2009 et 2010, le groupe explose en 2012 avec l'excellent Endless Flower, mêlant pop, punk, shoegaze et rock sexuel avec brio, et réalisant une excellente fuite en avant vers toujours plus de pop brillantissime et de rock énervé avec le chef-d'oeuvre Crimes Of Passion en 2013 puis le très sombre et punk Boys de 2015, où l'on entendait un groupe plein de rage, mais arrivant peut-être un peu au bout d'une démarche sex'n'drugs'n'rock'n'roll, toujours plus fort toujours à fond, sauvé par ses brûlots intransigeants et ses incursions vers une pop synthétique plus downtempo plus influencée par Suicide, inquiétante et toujours aussi sexuelle. 

  Le groupe s'est donc réinventé avec de Dreamless, et a réalisé une mue pop plus que convaincante. "Telepathic Lover" convaincra n'importe qui, c'est une parfaite chanson de pop indé un peu typée 80s d'une efficacité inattaquable. On a aussi des morceaux avec cette nouvelles direction pop 80s, mais une approche toujours aussi ténébreuse : "Maximum Penetration" et "Jailbird", entre basses post-punk et échos dub, les plus lents et berlinois "Go Now" et "Time To Kill" qui partage un certain charme sombre avec les derniers Arctic Monkeys, "Welcome To Hell" et "I'm Sick", entre beat discoïde, basse ronde, riff qui tranche et ambiguïté sexuelle glam. La rythmique reggae du rock décadent de "Alita" est rafraîchissante, de même que le piano bondissant et la basse disco-punk très The Rapture de "Jumping On Angels" et le final pop 60s-70s bondissant de "Not Even In Your Dreams".

  L'album est très très solide, mois génial que ses prédécesseurs, mais ouvrant une nouvelle voie au groupe et évitant l'impasse et la redite. Et là encore, ce disque déjà très bon en lui-même (et que vous pouvez écouter ici) est plein de promesses pour l'avenir du groupe. 

Alex


dimanche 13 novembre 2016

America (del Sur) 2016 : Modular (Fuga Al Paraiso) & Orkestra Mendoza (!Vamos A Guarachar!)

  On va parler de deux disques de cette année rendant hommage à la musique latine, avec la disco tropicale des argentins de Modular et la folie latino des états-uniens de l'Orkestra Mendoza.



Modular - Fuga Al Paraiso (2016)

  Ce groupe est complètement fou. Le premier morceau, "Fugitivos Cosmicos" est un disco hispanophone entre Curtis Mayfield, Chic, Moroder, électropop à la Metronomy, tropicalisme et Yellow Magic Orchestra voire Kraftwerk sur la fin. Et tout ça passe crème. Alors, qu'il y ait la même formule disco-funk sur "Fiebre En La Disco", un peu plus de pop psyché-folk sur "La Niña Fantastica" ou "Los Vagabundos Del Cosmos" et "Jack Rabbit", tous ces titres seraient des tubes dans un monde parfait. Et les explorations électro-pop psychédéliques du reste du disque sont à l'avenant, balaient presque toute la musique pop des 50s à nos jours, avec talent. Pour donner un album époustouflant, frais, moderne et malin. Ecoutez donc cette bombe ici. 



Orkestra Mendoza - !Vamos A Guarachar! (2016)

  Un autre disque dans lequel la provenance états-unienne n'entache pas l'authenticité latine. Çà commence fort avec le ska boosté aux hormones mariachi-surf et à la cumbia du bien nommé "Cumbia Volcadora", et le franchement ska "Redoble" qui malgré ses airs de western mexicain n'aurait pas dénoté sur les premiers Madness. On oscille alors entre tout un tas de trucs fantastiques, du jazz cinématographique de "Misterio", BO d'un film imaginaire qui mêlerait Zorro, Bond, Machete et OSS117 dans une affreuse magouille avec tout un tas de catcheurs mexicains, à l'électro-rock psyché pop latino dansante de "Mapache" et son clavier entre Tornadoes produits par Joe Meek et garage surf. On a du titre latino équivoque avec "Cumbia Amor de Lejos" et "Mambo a la Rosano", mêlé avec du rock sur "Caramelos", du jazz psyché sur "Contra la Marea" et de l'électronique sur "No Volvere" au refrain bien entêtant pas si loin du "El Condor Pasa" que ça mais avec finesse et second degré. Et ça finit en pétaradant avec "Igual que Ayer", enthousiasmante rengaine pop latine, "Nada Te Debo" plus acoustique malgré un final plus jazzy et des choeurs bien bossés, et un rappel ska pour "Shadows Of The Mind". 

  Bref, un disque hyper généreux, excentrique, extraverti, blindé de sons et de couleurs, qui n'en finira pas de ravir les oreilles des plus gourmands d'entre vous. A écouter ici.

Alex

vendredi 11 novembre 2016

Electro-Pop 2016 : Jessy Lanza (Oh No) & Cellars (Phases)

  On va parler de deux excellents disques électro-pop avec pas mal de points communs : de la qualité, des synthés qui claquent et des boîtes à rythme néo 80's portés par deux femmes très talentueuses, Allene Norton de Cellars (USA) et Jessy Lanza (Canada), et produits par des icônes de la pop indé (qui sont un peu nos chouchous ici à La Pop), les Junior Boys et Ariel Pink.



Jessy Lanza - Oh No (2016)

  Produit par la moitié des Junior Boys, avec qui elle partage la même origine canadienne en plus d'affinités musicales évidentes, ce disque est proche de leur dernier chef-d'oeuvre Big Black Coat (déjà chroniqué chez nous ici) de cette année, tout en développant une personnalité propre. Grimes est aussi évoquée comme influence pour le chant sur "New Ogi", une introduction aussi sobre que classe. La sobriété est d'ailleurs ce qui fait l'efficacité et le charme de ces chansons, comme sur l'inoubliable techno-pop de "VV Violence" ou le tube entre house et synthpop "Never Enough". Mais elle est capable aussi d'un slow princier émouvant ("I Talk BB"), d'une électro moins évidente ("Going Somewhere", "Oh No"), de rnb indé avec un angle d'attaque glacial à la FKA Twigs ("Vivica", "Begins", "Could Be You", peut-être les moins bonnes, disons un peu en dessous) et d'expériences entre rythmes africains, techno et rnb ultra convaincaintes ("It Means I Love You").

  Bref, un superbe disque de pop électronique dont l'aspect concis et minimaliste met à merveille en valeur à la fois la production et la vois de Lanza. A écouter d'urgence ici.




Cellars - Phases (2016)

  Produit par Ariel Pink, cet album est une petite bombe. Ca commence par la new wave funky de "Stircrazy" et la synthpop de "Do You Miss Me", dont la présence sur les ondes devrait être obligatoire (par décret ou 49.3 s'il le faut). Le slow "Real Good Day", entre Prince et piste de patins (à roulettes) 80s (façon Bangalter & DJ Falcon), et le tout aussi Prince "Still In Love" sont des merveilles. L'électro-pop oblique de "Curse Your Love" et l'électrofunk tubesque de "I'm Feeling", "Tropikool" et "Nervous" font davantage penser à du Ariel Pink en plus accessible et moins foutraque, tandis que "Toys" évoque un improbable mix entre ce dernier et Madonna. La synthpop vaguement asiatique et rock de "Nighttime Girl" est tellement énorme qu'elle évoque un Yellow Magic Orchestra qui aurait été épaulé par Elton John, les Cars, Queen et The Revolution en même temps. 
  
  Là encore, l'album est impeccable, encore plus homogène en termes de qualités que le Jessy Lanza, et hautement recommandable ! Norton a un talent énorme, et le disque (en écoute là) est dans le genre une réussite à classer avec le dernier Niki & The Dove (chroniqué ici). 

  En espérant vous avoir convaincu de tenter votre chance avec ces deux sucreries électro-pop qui sont bien plus profondes et réussies que l'expression ne le laisse entendre ; on a bien là deux des meilleurs albums pop de cette année.

Alex