The Proper Ornaments - Foxhole (2017)
On en a déjà parlé ici, c'est parfois difficile de juger des groupes ultra vintage. Mais au final, le principal, c'est pas tant l'emballage sonore rétro que les chansons qui se cachent derrière. Et sur ce point, The Proper Ornaments a tout pour plaire.
On pourra évoquer les Byrds pour le folk-rock "Back Pages" (et pas que pour le titre), mais il est encore plus intéressant de souligner que c'est une putain de bonne chanson. D'ailleurs, le début d'album est immaculé, car les harmonies aériennes et psychédéliques de "Cremated (Blown Away)" valent carrément le détour, et puis surtout parce qu'il y a "Memories".
"Memories", c'est ce genre de chansons pop qui sonnent intemporelles, comme des classiques qui ont toujours existé. Le rythme quasi slow, le côté Lennon, ça aide en effet. Mais surtout, c'est le talent de compositeurs et d'interprètes des mecs qui fait de ce titre une pure merveille, du genre de celles qui arrivent à suspendre le temps par leur simple beauté.
L'album dans son ensemble est très réussi, je retiendrais notamment "1969" et "The Devils", mais honnêtement il n'y a aucun faux pas, toutes les chansons sont superbes dans leur genre. Et c'est peut-être le seul défaut du disque. A ne prendre aucun risque et à utiliser les mêmes sons et tempos vintage qu'on a déjà entendus mille fois sur toute la longueur du LP, le seul risque est de lasser l'auditeur aguerri sur la durée. Mais finalement, c'est davantage la faute de notre gloutonnerie musicale que la leur. Les pauvres pondent une petite merveille de disque pop, la musique qu'ils aiment et dont ils rêvent, plutôt que de foutre du synthé et de l'autotune partout et saloper le truc, et nos oreilles obèses et repues sont incapables d'en percevoir toutes la beauté, pinaillent sur l'assaisonnement et râlent parce que ça leur rappelle qu'elles ont encore des relents du festin de la veille.
Ouaip, c'est définitivement dur de juger un disque rétro, même un aussi bon que celui-ci, et même quand on veut essayer de s'affranchir de sa propre expérience d'écoute.
Ty Segall - Ty Segall (2017)
Après les expérimentations géniales d'Emotional Mugger, Segall revient à du plus terre à terre avec ce disque. Ca se sent dès l'intro "Break A Guitar", qui fusionne le grunge de Twins et la pop glam rétro de Manipulator. Glam qu'on retrouve en mode folk énervé sur "Freedom", très Kinks, mais surtout très bon. Ty ne réinvente rien (on vient d'en parler, dans le genre c'est très difficile) mais il démarre l'album sur les chapeaux de roues avec deux morceaux du tonnerre (j'avais un quota d'expressions des années 80 à caler dans cette chronique, c'est fait).
La suite, elle est tout aussi bonne. En effet, la pop(rock) aux relents country de "Talkin' " permet d'entrevoir davantage l'artiste à nu, sans les masques et les artifices de rock star. "Warm Hands (Freedom Returned)" démarre (et finit) de la même façon, mais son coeur se révèle être une épopée garage-punk grungy de près de 10min aussi impressionnante que jouissive.
Et comme il l'avait prouvé avec Sleeper, Segall est un type profond qui sait écrire des chansons divines et est bougrement doué dans ce domaine. La preuve ? La meilleure chanson de ce disque "Orange Colour Queen", à ranger avec les meilleures de Bowie, Big Star, Elliott Smith et Bolan, rien que ça.
J'aurais peut-être un peu plus de réserves avec "The Only One", plus classique (pour Segall) et peut-être un poil trop grunge pour moi pour le coup. Dans le registre de l'énervement, j'adore la (encore) kinksienne voire beatlesienne (et rockabilly aussi, version déjantée) "Thank You Mr K."
Puisqu'on parle Beatles, parlons bien : "Papers" est une pop song d'une qualité et d'une créativité mccartnesques. La pop-folk un poil summer of love de "Take Care (To Comb Your Hair)" est également géniale.
Bref, cet album plus dépouillé (dans le sens moins expérimental et moins hard, garage ou punk) est une énorme réussite. En mettant l'accent sur les chansons et le songwriting (et un son impeccable) et en bazardant les gimmicks indés et la fureur, il offre à ces morceaux déjà impeccables un écrin de choix depuis lesquelles elles ne peuvent que nous toucher. Cet album est incroyablement solide et bien écrit, et ça vaut bien toutes les expérimentations du monde. Mine de rien, ce mec commence à empiler les chef-d'oeuvres comme j'empile les expressions désuètes depuis le début de cette petite chronique.
Alex