Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

vendredi 24 mars 2017

Fifty Foot Hose - Cauldron (1967)


    Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

  Et il est temps d'évoquer un autre de mes albums de chevets : Cauldron de Fifty Foot Hose, groupe psychédélique californien. Groupe formé autour de l'artiste conceptuel Cork Marcheschi qui gère l'électronique, David Blossom qui compose la plupart des morceaux, entre rock psychédélique, pop et jazz, et Nancy Blossom, sa femme, qui prête sa voix et son charisme au groupe.

  Comme tous les classiques, ce disque démarre par un morceau radical, "And After", une suite ambient bruitiste qui est sensée évoquer par son crescendo l'intérieur d'un tremblement de terre. Le but étant de la jouer sur de grosses enceintes avec un volume bien fort pour faire trembler le sol et les murs. Cet aspect uniquement sensoriel de la musique électronique est très intéressant, et je trouve que ça fonctionne à merveille en intro d'un album sombre et mystérieux. "If Not This Time" est quand à elle un chef-d'oeuvre de rock psyché un peu jazzy, le génie suite de partout, depuis le morceau aussi rock que groovy, aussi accessible que mystérieux, en lui-même génial et bien arrangé et produit, avec ces gargouillis électroniques ajoutant une vraie plus-value et puis Nancy qui est impériale au chant et irradie de son charisme infini. La courte transition atonale "Opus 777" fait la transition avec "The Things That Concern You", chanson de Terry Hansley (basse électrique), moins brillante mais fort sympathique. 

  Les morceaux s'enchaînent, entrecoupés de ces transitions électroniques (les "Opus...", "For Paula"). On a du hard-psyché agressif sur "Red The Sign Post" et sur "Rose" il est entrecoupé de pop et de jazz-funk, et là encore complètement porté par le génie d'interprétation de Nancy Blossom, prêtresse hippie préfigurant toutes les futures grandes artistes féminines du rock, du punk et du post-punk à venir. De Patti Smith à X en passant par Nina Hagen, les B-52s, les Slits, Kate Bush, Kim Gordon ou Siouxie. Ce morceau est encore une tuerie, très influencée par le jazz, et un classique indépassable, aussi sauvage et frais aujourd'hui qu'à la sortie du disque en décembre 67.

  D'ailleurs, la sauvagerie du groupe les rapproche parfois du punk (paradoxalement, sur le morceau de bravoure "Fantasy" de plus de 10min) et leur capacité à défricher de nouveaux territoires au meilleur de la post-punk des années 70-80 (Pere Ubu, XTC, Slits...), qui paraît presque en retard à l'écoute de ce disque. 

  Et puis il y a la reprise du "God Bless The Child" de Billie Holiday, que j'ai déjà abordée ici, sur des premiers articles parus sur ce blog (en novembre 2013 !). Cette reprise du standard de jazz est pour moi un des meilleurs morceaux de tous les temps, dans mon top10 sans hésitations. L'interprétation de Blossom au chant me bouleverse, et la synergie rock psyché-électronique (un peu à la façon de Henry-Colombier finalement) atteint des sommets sans jamais trop en faire dans le démonstratif. 

  La conclusion, "Cauldron" vaut aussi carrément le détour, entre cloches monastiques, bruitages électro, voix de sorcière trafiquée au vocoder, bandes passées à l'envers, triturées, mantras.... Un must-hear.

  Les bonus du CD valent aussi le détour, avec des versions alternatives de "If Not This Time" (très belle, un poil plus soul et c'est très bien aussi... Un peu Broadcast avant l'heure aussi), et de "Red The Sign Post", carrément punk à 200% dix ans avant, tout simplement. Voire même Sonic Youth 20 ans avant Sonic Youth. Les inédits sont tout aussi cool : "Fly Free", entre jazz et country-pop, "Desire" entre free jazz, psyché funky, hard rock enragé et punk bruitiste, et "Skins", jam pop noisy nourrie de country et de blues psyché accouche de fulgurances stellaires. Et puis il y a le premier single du groupe, le bruitiste et bordélique "Bad Trip", présent sous deux versions. Le titre est moins intéressant, mais il a le mérite de prouver que le Velvet n'avait pas le monopole du bruit, qu'Iggy n'avait pas le monopole des hurlements canins, et que Zappa n'avait pas le monopole du mauvais goût dada. 

  Bref, tout ça est quand même absolument indispensable. Ce disque est un vrai classique et un phare dans la nuit pour l'électro-pop de l'époque, le mariage avant-garde / pop psyché étant réussi comme (presque) jamais (avec White Noise et The USA quand même, voilà le trio de groupes géniaux à avoir su relever le défi). Et un disque qui conserve toute sa fraîcheur et sa modernité aujourd'hui grâce à une forte personnalité et un nombre de portes ouvertes et de pistes inexplorées incroyable. 

Lien Youtube
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Alex


jeudi 23 mars 2017

Jean-Jacques Perrey - The Amazing New Electronic Pop Sound (1968)


  Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

     L'histoire de la musique électronique est étroitement liée à l'histoire de ces inventeurs, ces "alchimistes" sonores, qui eurent pour ambition de transformer de l'électricité en son. De ces inventions les musiciens partiront dans deux direction différente : la musique concrète dans les années 40, avec pour chef de fil Pierre Schaeffer et ayant pour but de créer des sons et une musique électronique que l'on pourrait qualifier de pop, ayant pour but créer des mélodies. Car ayant eu le plus d'influence, c'est de la musique électronique pop dont je vais ici parler. Laissez moi vous en raconter l'histoire et ainsi en venir à l'Ondioline et Jean-Jacques Perrey.




     C'est Thaddeus Cahill qui, avec son Telharmonium, fut le premier à créer, à la toute fin des années 1890, des harmoniques à partir d'un son électronique (à l'inverse de la tonalité du téléphone qui n'en a pas) grâce à une roue phonique en rotation devant une bobine et un aimant, permettant de créer une variation du courant électrique relative à la vitesse de rotation cette dernière, faisant "vibrer" le son en créant ces harmoniques tant désirées et rendre ce son chaleureux. Là où Robert Moog utilisera des oscillateurs électroniques. Il faudra ainsi un générateur d'électricité qui n'est alors pas courante et autant de roues phoniques que de notes pour créer ce mastodonte pesant pas moins de 200 tonnes et positionné au sous sol de la consolue, nécessitant ainsi un technicien pour en jouer. Autant dire que l'instrument n'était pas voué à la commercialisation au grand publique, seul 3 exemplaires seront contruit. 
     L'idée géniale et visionnaire de Thaddeus Cahill est alors de diffuser cette musique en ligne. L'instrument émettant un signal électrique, il décide de le faire voyager en direct dans les fils du système téléphonique tout fraîchement inventés et de pouvoir proposer un service de diffusion musical par haut parleur dans les magazins, salle d'attente et autres lieux ouvert au public, alors même que la radio ne sera inventée qu'un décennie plus tard! Son Thelarmonium ouvrira en 1906, mais ,face à des problèmes de diffusion, fermera l'année suivante, en 1907. De cet instrument il ne reste aujourd'hui aucun exemplaire, aucun enregistrement, seul des photos nous sont parvenu.

Une roue phonique

Salle des machines du Thelarmonium

La console du Thelarmonium
     Des inventions, il y en eu bien d'autres. Tout d'abord, le fameux Thérémine, inventé en 1919 par le russe Lev Sergueïevitch Termen, dont je vous conterai l'histoire dans un prochain article. Mais aussi les Ondes Martenot  inventées en 1926 par le français Maurice Martenot, utilisant un ruban qui, tiré par le musicien à l'aide d'un anneau qu'il enfile à la main droite, fait varier la fréquence d'émission d'émeteurs et de récepteurs radio incorporés à l'instrument. Tandis que la main gauche contrôle l'intensité du son, via la pression exercé sur une touche. Ceci ayant pour principal qualité d'offrir une maîtrise parfaite l'attaque du son au musicien (à l'inverse d'un clavecin par exemple qui n'a aucune attaque, sans possibilité de contrôler l'intensité du jeu).  
     Les Ondes Martenots évolueront tout au long de leur production avec notamment l'ajout d'un clavier, dont la particularité est de vibrer, rendant le jeu assez infernal. Chaque exemplaire y est alors unique. Comptez entre 15.000 et 20.000€ pour en acquérir un aujourd'hui. Malheureusement, comme beaucoup de ces inventions, l'instrument sera fabriqué artisanalement à seulement quelques dizaines ou centaines d'exemplaires par son créateur, empéchant ainsi leur essort. Voici deux vidéo permettant de comprendre comment fonctionne l'instrument :




     Côté Allemand, on peut citer le Trautonim de Friedrich Trautwein, inventé en 1929, basé sur une chorde métalique venant rencontrer une bande elle aussi métallique et dont le jeu est à mi-chemin entre un clavier et un violon. En voici une illustration avec la vidéo d'Oskar Sala ci-dessous, principal interprète de cet instrument :



     Tout ça pour en venir à un autre inventeur, lui aussi français, Georges Jenny, qui créa en 1941 un clavier électronique fonctionnant avec des tubes électroniques ou "lampes", comme utilisés dans les fameux ampli à lampe, ancêtre du transistor permettant d'amplifier un signal électrique. Ce clavier c'est l'Ondioline. Sa principale particularité est d'avoir un clavier en suspension sur ressort et ainsi d'être sensible à la pression appliquée par le musicien, qui pourra alors faire varier l'intensité du son et ainsi créer des vibrato d'un naturel époustouflant.

Un des premiers modèle d'Ondioline produit par Georges Jenny au début des anénes 50. il proposait 18 timbres différents. 


     C'est en entendant au début des années 50 Geaorges Jenny présenter son instrument à la radio que Jean-Jacques Perrey, alors étudiant en médecine, fut bluffé par les qualités et la nouveauté d'un tel instrument. C'est ainsi qu'il rencontra l'inventeur et quitta ses études pour être employé en tant que démonstrateur de ce clavier qu'il promouvra partout en Europe durant les années 50. Il rencontra par se biais Charles Trenet qui sollicitera ses talents pour l'enregistrement de L'âme des poètes. Il fait alors connaissance avec Edith Piaf et Jean Cocteau qui le pousseront en 1960, à traverser l'Atlantique, à bord du France car il est aérodromophobe, et se faire produire par un certain Caroll Bratman qui mettra à sa disposition un studio expérimental à New-York. C'est pour lui l'occasion d'y rencontrer et de travailler avec les pionniers de la musique électronique, tel Robert Moog ou Gershon Kingsley (collaborateur de John Cage, futur compositeur du fameux Popcorn). 
Jean-Jacques Perry dans son studio New-Yorkais en 1967 en compagnie d'un Moog

    Ainsi, il composera et enregistrera pendant 10 ans des disques tous plus futuristes les uns que les autres, utilisant Ondioline, mais aussi claviers Moog, notamment à la fin des années 60 avec son album à succès Moog Indigo, contenant le tube E.V.A.. Il constitua aussi une grande banque de sample qu'il utilisera sur de nombreuses compositions et feront sa marque de fabrique. C'est au début des années 70 qu'il rentrera en France pour veiller sa mère malade et pense pouvoir y perçer. Il se heurte malheureusement à des maisons de disques frilleuses à une telle nouveauté et ne réussi pas à faire succès. Il travaillera alors pour la télévision, la radio ou la publicité, composant des génériques et autres interludes. Il ne sera redécouvert que récemment, à l'instar d'Alain Mion et du funk francophone de son groupe Cortex, qui avait fait l'obet d'un précédent article. Profitant tardivement d'une reconnaissance bien méritée.

     De cette décennie américaine, je voudrais aujoud'hui attirer votre attention sur The Amazing New Electric Pop Sound, sorti en 1968, caractéristique de la musique de Jean-Jacques Perrey. Joué de son ondioline, il y propose des mélodies pop aux sonorités alors complètement futuristes, tel un orgue venu d'une autre planète.

     Mary France  inogure ainsi l'album, associant des voix sepucrales à une mélodie épique digne d'une B.O d'Ennio Morricone. S'en suit le génial The Little Ships, emblématique de la patte artistique du français, utilisant à foison samples et bruitages sur des mélodies de contines. Le résultat en est à la fois ludique et cosmique, s'approchant parfois du travail de Pierre Henry, quoi que plus pop. Puis vient le très  épique Islande in Space, marqué par son rythme impulsé par ces bruitages hybrides. L'inspiration y est encore très morriconnienne. Le titre, tout comme la pochettes, y sont le parfait reflet de l'effusion imaginaire qui envahissait cette période. A l'heure de gloire de la conquête spatiale, la technologie ne semblait plus avoir de limites. On s'imaginait un futur proche envahi de voitures volantes et 2001 siège d'une odyssée spatiale. 

     Mexican Cactus, tube de l'album, arrive ensuite avec ses rythmes caribéens, quasi calypso et ses mélodies aux inspirations d'Amérique Centrale, mais toujours envoutées par l'esprit extra-terrestre de l'ondioline.
     Le cinquième morceau, Porcupine Rock vient provoquer nos hanche dans un endiablé charlestone du futur. The Little Girl From Mars vient alors reposer nos ardeurs dans une ballade enfantine, sur fond d'inspirations baroque, donnant à entendre un Bach marsien avec ses fameux contrepoints. Mister James Bond propose un titre plus épuré et énigmatique, laissant largement entendre l'ondioline. Son introduction n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de Radioactivity de Kraftwerk.

     Frère Jean-Jacques vient lui renforcer avec humour le caractère puérile des compositions, dans une naïveté que l'on ne pourrait plus imaginer aujourd'hui sur un album. Une compostion pleine de premier degré qui respire la joie et la bonne humeur ! Brazilian Flower conforte elle aussi les inspirations classiques que l'on croirait toutes droit sorties d'une musique de jeu vidéo 16 bits. Dans la même veine, In The Heart Of A Rose semble elle une BO 16 bits d'une version Mega Drive d'Autant en Emporte le Vent. S'en suit The Minuet Of The Robots, qui pourrait être une version électronique de Heigh-Ho de Blanche Neige. Il n'est ainsi pas étonnant de savoir que Disney a collaboré avec Jean-Jacques Perrey en 1972. Certains élément du titre ne sont par ailleurs pas sans rappeler Comic Strip de Gainsbourg

     Puis vient la très pop  Four, Three, Two, One avant que le tango de Gypsy in Rio ne vienne cloturer la danse de cet album.


De part son association forte avec l'Ondoline ici visible, Jean-Jacques Perry est ainsi un fondateur important de la musique électronique. Mais c'est surtout par l'association forte entre la pop et la musique électronique que brille son talent précurseur. Il a ainsi été l'un, si ce n'est le premier, à faire de la musique pop avec un Moog, tel son superbe projet The Happy Moog de 1969, en collaboration avec Gershon Kingsley.

Pour finir, voici un magnifique document vidéo de 1966 montrant Jean-jacques Perry faire une démonstration de l'Ondioline (à écouter à partir de 5:00)



     Pour ce qui est du succès de synthétiseurs, il faudra ainsi attendre les années 50 avec les Orgues Hammond réutilisant le principe électromécanique des roues phoniques du Thelarmonium et surtout la fin des années 60/début des années 70 et Moog pour réelement observer une démocratisation de ces instruments. Mais ça, je vous en parlerai dans mon prochain article.


A écouter ici sur YouTube


Merci pour votre lecture et bonne écoute à tous !

ETIENNE

Sources:
- Interviex de Jean-jacques Perrey pour Les Inrocks
Les Fous du Son (éd. Grasset) de Laurent Wilde paru en 2016 (vous pouvez écouter sa passionnate conférance de février 2017 au Stérélolux disponible sur soundcloud)

mercredi 22 mars 2017

Joe Meek & The Blue Men - I Hear A New World (1960)


  Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

  Joe Meek était un producteur fou. Mais génial. Le fameux "Telstar", tube électro-pop de 1962 (!) par les Tornadoes, c'était lui. Incapable de jouer d'un instrument, il avait ses symphonies pour western électro-rock en tête, sifflait chaque partie à ses musiciens qui s'exécutaient, et bidouillait les sons dans tous les sens en utilisant le studio comme un instrument à part entière 15 ans avant tout le monde (overdubs, reverb, compression, jeu sur les bandes et j'en passe). C'est un peu le Brian Eno du rock instrumental à la Shadows. Autant dire qu'on l'adore sur LPAE, on a d'ailleurs évoqué ce disque lors d'un jeu interblogs (ici) dans lequel il fallait parler d'un disque répondant au thème "Une Musique d'Une Autre Planète Ou Presque"

  Les autres planètes, il en est question sur ce disque. Meek, obsédé par la conquête de l'espace (on est un an après le lancement de Sputnik), se demande à quoi pourrait ressembler une musique de l'espace. Et se lance dans cet ambitieux projet solo. Mais ce fou du son, n'étant pas musicien comme je l'ai dit, a besoin d'une base, d'une matière sonore à triturer. Ce sera donc le groupe de skiffle The Blue Men de Rod Freeman et... des sons de la vie de tous les jours, de l'eau dans un évier, des bouteilles... Et les passe, piste par piste, dans sa moulinette magique de filtres, d'échos, de reverb (un peu comme un précurseur de la dub) pour créer cette musique de science fiction aussi comique qu'intrigante, et belle.

  Le morceau le plus connu est le plus "conventionnel" dans sa construction et son chant, l'ouverture "I Hear A New World", connue car reprise de belle façon notamment par les géniaux Television Personalities, ou They Might Be Giants. Ce morceau est une pépite : mélodique, doté d'un chant et de paroles obsédants et mélancoliques et d'une rythmique hypnotisante au son psychédélique (avant l'heure), il s'impose comme un classique intemporel de la pop.

  Le côté western / rock instrumental des early 60's s'entend sur "Orbit Around The Moon", mais remixé avec un orgue spatial au son clinique, des bruits étranges et des bleeps de satellite. La pop de saloon de "Disc Dance Of The Globbots" est quand à elle gavée de reverb pour y insérer un aspect à la fois nostalgique et moderne. Et ça fonctionne à merveille. Le même traitement est imposé au piano honky tonk et à la steel guitar de "The Bublight", ce qui transforme ce qui aurait pu être un morceau country-pop classique en un déchirant monument d'électro-pop mélancolique et futuriste qui arracherait presque des larmes à toute personne sensible. 

  Et "Dribcots Space Boat" est presque un morceau de saloon revu façon musique concrète, la revisite est aussi étonnante que magistrale. Idem pour la musique de western de "Magnetic Field", du moins dans sa conclusion, car toute sa première partie est en fait une longue plage d'ambient sombre et prenante. Comme l'intro de "Valley Of No Return", dans laquelle Meek joue habilement (sur la seconde partie du morceau) de la saturation et de la dissonance qu'elle induit. 

  De longs passages électroniques se font aussi entendre, notamment le solennel "Glob Waterfall", très musique de film, ou le début d'"Entry Of The Globbots", qui introduit les "voix d'extraterrestres" présentes sur plusieurs morceaux du disque (en fait des voix pitchées dans les aigus). L'effet est forcément comique (cf "March Of The Dribcots" qui n'a rien à envier au "Chapi Chapo" de De Roubaix pour le côté régressif et ludique cachant un vrai trésor électro-pop). 

  D'autres morceaux, également dans une veine électro-pop, impressionnent : "Love Dance Of The Saroos" et son psychédélisme aquatique et saturé préfigure les hippies avec plus de 7 ans d'avance et la coldwave avec 16 ans d'avance. Un groupe la sortirait aujourd'hui (La Femme ?), on n'aurait rien à y redire tant elle sonne hors du temps et toujours pertinente. De même, "Valley Of The Saroos" aurait pu être sur un disque récent des Flaming Lips et tout le monde aurait trouvé le morceau génial voire novateur dans son genre. C'est là qu'on mesure tout le génie de Meek : avec des moyens rudimentaires et beaucoup de bricolage, il a réussi non seulement à créer une oeuvre sans égale à l'époque, mais carrément indémodable. Ça aurait pu très vite sonner daté et fatigant, mais c'était sans compter sur son goût très sûr concernant "ses" sons, et son évidence mélodique.

  Vraiment, l'oeuvre est bluffante, touchante, elle force le respect pour sa vision totale et pionnière autant qu'elle émeut par ses mélodies poignantes et sa production très personnelle, indépendamment de toute conception historique. 

  Joe Meek était un grand, un authentique génie même, et son destin tragique nous a sans doute privé d'un sacré paquet de classiques. Mais, parmi son oeuvre foisonnante de producteur, qu'il nous a heureusement léguée, cet album prend une place toute particulière car il concrétise la vision très personnelle d'un homme d'exception sur la musique électronique. Et demeure plus que jamais un disque fondateur et influent. Et c'est pourquoi il a toute sa place cette semaine sur LPAE.


Alex


mardi 21 mars 2017

Pierre Henry & Michel Colombier - Messe Pour Le Temps Présent (1967)



  Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

  Cette oeuvre, vous la connaissez sûrement, du moins en partie. Elle a été composée (sur commande, pour un ballet de Béjart) par le grand Michel Colombier pour les parties instrumentales et Pierre Henry pour la partie électroacoustique / musique concrète qui nous intéresse plus particulièrement dans le cadre de cette semaine consacrée aux débuts de l'électronique. 

  J'ai dit que vous connaissiez sûrement ce disque en partie, car vous avez déjà entendu le deuxième titre, "Psyché Rock" sous une forme ou une autre. Soit vous connaissez son inspiration ("Louie Louie", classique du garage rock, popularisé par les Kingsmen entre autres), soit vous connaissez la chanson sous sa forme originale (par Colombier et Henry donc), soit remixée par Fatboy Slim, soit remixée pour le générique de la série Futurama. Dans tous les cas, vous le constaterez, ce morceau est une merveille de pop-rock 60's, accessible et aventureuse, grâce aux apports électroniques de Pierre Henry et à l'inventivité des arrangements de Colombier, véritable Morricone de la pop française (cf ses collaborations avec Gainsbourg, Quincy Jones pour Aznavour, Air, sans parler de ses musiques de films...). Bref, un classique incontournable et incontestable, frais, audacieux et toujours aussi pertinent.

  Le reste du disque est moins connu, mais tout aussi bon. Le court "Prologue" instrumental est tout en breaks de batterie, en basse inquiétante, sons extraterrestres et percussions de musique concrète, et oscille entre noise et soul (cf cet orgue sur le pont avant la conclusion concrète). Il s'ouvre sur le tubesque "Psyché Rock", dont nous avons déjà parlé, et qui partage sa classe rythmique et mélodique ainsi que ses arrangements électro incroyables avec sa suite directe, le génial "Jericho Jerk", un poil plus soul-jazz. Tout comme sa suite directe, "Teen Tonic", entre pop 60's, yéyé, et soul électronifiée. 

  La conclusion, "Too Fortiche", est carrément plus électro-rock, d'un rock dur et psychédélique. Et toute aussi réussie. Vous l'aurez compris, cette oeuvre est courte, mais incontournable et séminale. Je n'ai pas grand chose à ajouter, cette musique parle d'elle même.

PS : sur CD, on a droit à plusieurs oeuvres solo de Pierre Henry, dont je vous reparlerais pour une autre occasion !

Alex


lundi 20 mars 2017

White Noise - An Electric Storm (1969)


  Cette semaine, les débuts de la musique électronique sont à l'honneur sur La Pop d'Alexandre & Etienne, avec un album par jour présenté jusqu'à dimanche dans le cadre de notre deuxième édition de La Semaine De La Pop.

  Ce disque, je l'adore. A vrai dire, j'ai une passion pour les débuts de l'électronique, qui pour moi est liée à une autre obsession : la face underground du psychédélisme des années 1960. Donc je vous préviens, il y aura quelques albums dans cette veine cette semaine. 

  Après avoir poncé dans tous les sens l'incroyable (et unique) album des United States Of America (dont j'ai déjà parlé ici et qui aurait eu sa place dans cette semaine), classique parmi les classiques et disque de chevet incontesté pour ma part, je suis donc tombé sur ce qu'on pourrait considérer comme le pendant britannique du groupe, j'ai nommé White Noise. Formé autour de David Vorhaus, américain de formation classique et ayant étudié la musique électronique, le groupe se compose aussi à l'époque de deux membres du prestigieux BBC Workshop : Brian Hodgson et Delia Derbyshire (qui a mis en son le générique de Dr Who). Inutile de dire que ces deux-là s'y connaissaient en musique concrète, bruitages et bidouillages électroniques en tous genres. 

  Et pourtant, si l'album est truffé d'expérimentations quasiment scientifiques caractéristiques du début de l'électronique, il est aussi sensuel et mystique. En témoigne la magnifique intro "Love Without Sound" aux percussions spirituelles et travaillées de façon presque dub avant l'heure, ce chant psyché sexuel et inquiétant à la fois, ces bruitages électroniques presque Residents (avant l'heure également), et ces samples orchestraux en fait issus de la double bass de Vorhaus.

  De même, "My Game Of Loving" partage avec la pop baroque et psyché de l'époque des guitares rock, une ambiance orchestrale onirique et un chant cotonneux. Et puis ces sons de synthés, ces choeurs, cette phrase en français, ces percussions tribales auraient pu se trouver dans une ballade mélancolique d'un disque de prog (ceci est confirmé par la "scène d'orgie" qui peut rappeler les penchants sexuels hippies d'Aphrodite's Child par exemple). Cependant, le groupe va plus loin que ses contemporains dans la démarche de déconstruction - reconstruction de la pop, car la chanson ne tient presque à rien, reste sur le fil tout au long, semble tellement fragile qu'elle menace de s'éteindre à n'importe quel moment, comme une flamme tremblotante soufflée par un courant d'air.

  Le piano honky-tonk et l'orgue sautillant de "Here Come The Fleas" sont encadrés par une symphonie de bleeps, de pouets et de klaxons (on entend bien là l'héritage BBC Workshop), et un chant hyper théâtral hérité autant des pièces radiophoniques british que de la scène psyché (United States Of America encore, "...Mr Kite" des Beatles, Zappa....). L'ensemble est ludique, on a pas mal de jeu sur les bandes passées à différentes vitesses, coupées, on sent vraiment le plaisir de studio transpirer à travers la musique et ça fait plaisir. Un vrai bonbon pop déviant. De même que "Firebird", à l'écriture plus classique quasi Beach Boys, mais à la mise en son tout aussi personnelle.

  Après ces petites douceurs, l'intensité remonte d'un cran sur le sensuel et mystérieux "Your Hidden Dreams", pop électronique habillée d'un élégant manteau de psychédélisme vaporeux. La tension monte et descend en permanence, au gré d'une inflexion de voix, d'un synthé insistant, d'une intervention orchestrale ou d'un break rythmique. On est pris dans ces montagnes russes de maison hantée, mais hantée par une sorcière aussi belle et ensorcelante que dangereuse. Un vrai grand moment de Pop avec un grand P. 

  Le tout aussi impressionnant "The Visitation" suit, qui anticipe en début de morceau à la fois la pop déviante et féérique qu'Eno fera en solo, et ce qu'on adorera chez Neu! plus tard. Le morceau alterne ensuite entre différentes parties assez théâtrales et des variations autour de cette pop complètement folle, tout au long des 11 minutes de ce long morceau à écouter absolument. 

  Le dernier morceau, "Blank Mass : An Electric Storm In Hell" a une histoire assez particulière. Pressés par le label pour sortir le disque, les White Noise ont enregistré dans l'urgence cette pièce d'ambient noire. Presque jazz dans ses rythmiques, presque musique sacrée dans son côté solennel, ce morceau impressionne autant que ses deux prédécesseurs dans sa radicalité.

  Pour conclure sur ce disque, je parlerais sans hésitation de chef-d'oeuvre méconnu. Heureusement un peu réhabilité, l'aura sombre, radicale et ses innovations sonores de ce disque ont eu une influence considérable sur tout un pan de la pop et de l'électronique, et il mériterait d'être encore davantage cité. On parle quand même d'un choc esthétique à la hauteur de The USA, des Silver Apples, du Velvet ou de Can

dimanche 19 mars 2017

La Semaine de La Pop n°2 : Electronic Music Oldies (Mars 2017)


  Comme vous le savez, une semaine par mois, nous mettons en valeur sept disques selon un thème soit décidé à l'avance par nous, soit par vous (vous pouvez suggérer le prochain en commentaires). La première édition qui s'est tenue le mois dernier portait sur la Pop Française

  Cette fois ci, nous aborderons donc sept disques, de demain à dimanche prochain, sur un thème proposé par El Norton (de Last Stop? This Blog! et IRM), les vieux albums datant du début de l'histoire des musiques électroniques. Nous avons décidé de nous restreindre en ne sélectionnant aucun album sorti après 1970, et nous avons comme à notre habitude choisi parmi nos albums de chevets des classiques et des obsessions plus obscures et personnelles. 

Alors à demain pour le premier, et bonne semaine à vous sur LPAE !



Alexandre & Etienne

vendredi 17 mars 2017

Future 2017 : FUTURE & HNDRXX


  Deux albums de 17 titres en deux semaines, c'est impressionnant. Même pour le rythme de la scène hip-hop issue de la trap d'Atlanta. Même pour Future. Et c'est un peu effrayant, le bonhomme ayant déjà tendance à se disperser sur diverses sorties par an, souffrant chacune de remplissage, alors que la somme des meilleurs morceaux de chacune de ces sorties constituerait un énormissime album de rap, parmi les meilleurs de l'année en question. 

  Pourtant, avec ces deux albums, le pari est réussi. Une fois accepté le fait que Future ne fait pas dans la perfection mais dans l'instinct, on apprécie l'oeuvre malgré les longueurs. C'est particulièrement vrai pour FUTURE, dont je vais d'abord parler.


Future - FUTURE (2017)

  Le bal s'ouvre très fort avec la trap dantesque de "Rent Money", un banger implacable (on fait difficilement plus efficace). Un uppercut à côté duquel même des tout aussi lourds que "Good Dope", "Draco", "Massage In My Room" et "Super Trapper" (même si j'adore la tension de cette dernière) paraissent plus mous, alors qu'individuellement ils se tiennent super bien. "Poppin' Tags" s'en sort bien quand à elle, ce single saturé frappe tellement fort avec son ambiance néo-80s bien sale que la comparaison tient avec le premier titre. Certes, cet aspect sombre et brutal de la musique de Future est connu, on est dans la redite, mais l'expérience aidant, l'ensemble est cohérent, les flows sont efficaces même si moins flamboyants qu'auparavant et les intrus sont enveloppantes et plus variées que par le passé (cf "Zoom" et "POA", très bonnes sur ces deux plans).

  Et puis il y a cet OVNI, "Mask Off", ma préférée ici, avec son sample de flûte de samouraï (piqué à la merveilleuse "Prison Song" de Tommy Butler) à la Kill Bill, d'une grâce infinie, aussi belle qu'obsédante. Le flow du morceau est simple mais lui aussi assez hypnotique, et le rendu est une leçon de rap minimaliste. J'adore la tension trap, urbaine et nocturne d'un titre comme "Super Trapper", mais la facette de la musique de Future qui me touche le plus est ce blues électro-pop ultra-mélancolique qu'il développe sur des titres comme "Mask Off" (merci le sample soul/funk) ou anciennement "Codeine Crazy". D'ailleurs, "High Demand" et "I'm So Groovy" sont de parfaits exemples de ce rap émotif, aussi ébauché sur "Scrape" et "Flip" qui font un peu "larmes amères derrière la façade de dur à cuire". Dans l'ensemble, après un début d'album plutôt hardcore, l'armure se fend sur la seconde moitié, où le nombre de chansons plus fragiles se multiplie.

  Et pour revenir sur les influences soul/funk, assez nouvelles (en tous cas dans ces proportions) dans les instrus de Future, elles apportent un vrai plus, un supplément d'âme et un vrai vent de fraîcheur dans sa musique, comme sur "Outta Time", une autre de mes préférées ici. Le piano soul-jazz de "Might As Well" porte un morceau très intéressant, qui permet d'entendre aussi l'influence de cette musique sur le flow de Future qui se fait davantage soul/gospel/rnb un peu à la Ty Dolla $ign, ce qui est une bonne chose ici puisque ça marche à merveille. Il y a une vraie maîtrise et un travail sur la voix, et même sur les morceaux très trap comme "Poppin' Tags" cette chaleur soul ressort davantage que par le passé. L'illustration parfaite, c'est la fin de l'album : "When I Was Broke" est carrément électro-pop/rnb et soul, tandis que "Feds Did A Sweep" ressort les flûtiaux pour un morceau plus pop, doux-amer et mélodique. Dois-je le préciser, ce sont deux grandes réussites. La mue peut passer inaperçue au sein d'un album aussi vaste, très trap et uniforme (pas de feat) à la première écoute, mais qui se révèle avec le temps. Mais elle est bien là, aussi indiscutable que maîtrisée sur FUTURE, album dense mais assuré et assumé. Et elle est encore plus prégnante sur HNDRXX, comme nous allons le voir tout de suite.



Future - HNDRXX (2017)

  C'est flagrant dès l'intro, celui-là est plus électro-pop, plus aéré, loin des beats mitraillette de la trap. Cette intro, c'est l'angélique "My Collection", à la prod impeccable et immaculée, et au flow émouvant. C'est très fouillé, écoutez ces petits échos dub, ce jeu sur les choeurs, les beats, les filtres, les effets de voix, les inflexions de Future.... C'est du grand rap moderne. Ca commence très fort. Cette excellence sur tous les plans se retrouve sur les autres tubes électro-pop d'exception du disque : "Lookin Exotic", qui transpire encore un peu la trap, ou la géniale "Fresh Air", uuuultra pop, entre Drake, Travis Scott, électro-pop mainstream et gospel autotuné. Sur ces prods Future se déploie avec talent et explose. Vous l'aurez deviné, l'orientation pop et le côté mélodique ont fait en sorte que ma préférence aille très vite à celui-ci dans un premier temps.  

  La diversité des instrus est une des clés de HNDRXX. On l'entend avec le côté presque new wave revisités de "Incredible", et son étonnant synthé basse tendu comme une guitare. A côté de sommets comme ça, même de bonnes chansons aux prods intéressantes par rapport aux standards passés de Future comme "Testify" ou "Keep Quiet" ouverte sur les Caraïbes et l'Afrique semblent convenues. D'ailleurs, ces influences dancehall-pop ressortent sur "I Thank U", tube potentiel plutôt réussi (à la PARTYNEXTDOOR) à la guitare blues-rock aussi inattendue que bienvenue.

  Et on passe en mode full rnb avec The Weeknd sur "Comin Out Strong". Les deux font la paire, on a vu leur alchimie naturelle sur les classiques "Low Life" et "Six Feet Under", voilà le dernier de la trilogie. Moins subtil mais très, très efficace. Et puis "Turn On Me", moins forte mais qui a son charme (en bonus, des trompettes synthétiques géniales en conclusion), de même que "Solo", moins inspirée mais agréable. Mais ça ne marche pas toujours, "New Illuminati" est moins consistante, "Selfish" avec Rihanna est trop grossière, et dans l'ensemble la fin de l'album est plus faible.

  Par contre, un autre truc réussi, c'est ce coté soul, façon Ty Dolla $ign (ou oserais-je dire comme chez le concurrent Young Thug, façon "Highlights" ?),  saute aux oreilles sur la très fraîche "Neva Missa Lot", le très bon "Damage", la vaporeuse "Hallucinating", et un peu sur "Use Me" qui a aussi un côté pop indé qui rappelle un peu, outre Thugger chez Kanye, Blonde de Frank Ocean, mais aussi bizarrement le Bon Iver lyrique et grandiose des deux derniers albums (sisi refaites vous le refrain). Intrigant, et là encore, réussi. Le piano de "Sorry" apporte aussi un côté pop indé, voire musique de film, à une chanson déjà excellente où Future réussit à émouvoir avec brio.

  Au final, les deux albums sont les deux faces complémentaires d'un double album (qui s'appellerait logiquement Future Hndrxx, "Future Hendrix" étant le surnom de l'alter ego le plus expérimental de Future). La tête et le corps (cf les pochettes ying et yang l'une de l'autre, ce jeu sur le flou). FUTURE est plus rentre-dedans, plus dense long en bouche. Comme un joyau brut, il nécessite plusieurs écoutes avant de se révéler. Le plus pop et aéré HNDRXX s'apprécie plus facilement, plus rapidement, et ne s'essouffle pas tant que ça même si lui aussi connaît quelques longueurs. 

  Au final, malgré la tendance au remplissage, les temps morts ne sont pas nombreux, les hauts fréquents et hauts, les bas pas si bas que ça, et la somme de travail est aussi titanesque en qualité qu'en quantité. Ce double album confirme un truc que beaucoup de monde savait, mais que peu réalisaient vraiment : ça y est, Future est un grand du rap, inscrit dans l'histoire du genre. Il a son magnum opus (pour le moment, attendons la suite, il a les moyens de se surpasser), et même si comme beaucoup de classiques hip-hop, il aurait gagné en impact en gagnant en précision, je peux affirmer que les gens (moi compris), reviendront pendant longtemps réécouter ces albums, redécouvrir certains de ces morceaux. Le temps fera son oeuvre, et on verra bien si on considère dans 5 ou 10 ans cette énorme oeuvre d'art comme un classique ou juste comme une bonne doublette d'album, mais toujours est-il que pour le moment, Future a réussi sa réinvention.


Alex




jeudi 16 mars 2017

The Garden - U Want The Scoop (EP, 2017)



  Les américains de The Garden m'ont conquis avec le single de cet EP, j'ai nommé l'ébouriffant "All Access". Le morceau commence avec un synthé joué à un doigt au son ludique façon vieux jeu vidéo, une boîte à rythme énorme et un chant branleur et un chouia punk, très anglais dans l'esprit, et alterne entre folie dansante et moments planants pop bien foutus, avec toujours un second degré sur la forme et un fond parfait à la personnalité marquée, c'est à dire une pop song ultra bien foutue. C'est absolument tout ce que j'aime.

  Autant dire que j'attendais l'EP complet avec impatience. Et je n'ai pas été déçu. Les synthés what the fuck (dignes du dernier M83... C'est un aboiement joué sur un clavier ?!) et le côté deep house planant mixé à du punk sont au rendez-vous sur "Clay" qui ressemble presque à du Death Grips popisé. Bon, léger bémol, le chant sur le refrain est un peu trop "pop mainstream anglaise des années 2000" (qui a dit Bloc Party ?) mais ça passe, merci la folie à la Klaxons. "Make Yer Mark" est construite sur le même moule également, avec une mélodie mémorable et un côté un peu plus new wave (qui a dit New Order ?). "Have A Good Day Sir" a un petit côté LCD Soundsystem et DFA en général pour le mélange électro-punk moderne et urbain. Et "U Want The Scoop?" se situe quelque part entre un psychédélisme de film d'horreur et le hip-hop électronique de Timbaland et des NERD

  Tout cela est excellent, et le seul défaut de cet EP c'est sa faible durée. Ce groupe est une découverte aussi géniale qu'inattendue pour ma part, et j'ai hâte d'en entendre plus de leur part.

A ecouter ici et à suivre absolument. 

Alex


mercredi 15 mars 2017

Juniore - Ouh là là (2017)


  Découverts (pour ma part) en première partie de Brigitte puis de La Femme (et agréablement surpris par la découverte, le groupe est génial en live), les Juniore se situent pile entre ce groupe et les Limiñanas musicalement, avec un petit côté Françoise Hardy en plus. Elles partagent le trip rétro méticuleux des seconds (le morceau titre "Ouh là là" a un gros côté "James Bond Theme"), le psychédélisme yéyé arrangé avec personnalité des premiers ("Panique" rappelle Mystère), et le charme de la troisième (toujours sur "Panique" par exemple, un vrai grand morceau, et le très bon slow "Un twist").

  Dans les outrances et l’exagération, le groupe pose sa marque de fabrique : le riff et le beat énorme de "Difficile" marquent les esprits, et contrastent avec le chant détaché, entre Gainsbourg et Daho. Les filles ont également la bonne idée de tenter l'exercice de style doo-wop sur "Le Cannibale", bien servi par un chant que j'adore, à la Camélia Jordana. Elles sont aussi crédibles sur un registre garage-surf qui doit davantage à la scène rock californienne, au son impeccable, qu'elles croisent avec une chanson française yéyé avec talent comme sur l'urgent "L'accident" et le superbe "Extralucide".

  Bon, certes, parfois la formule lasse un peu, "Ca balance" est peut-être un peu trop mou pour moi, "En retard" est un exercice de style un peu poussif à la Dutronc qui supporte difficilement la réécoute. Et puis rendus à "Tu vas, tu viens", "Antoine" ou "Le Jour d'Après", même si les morceaux sont loin d'être mauvais, on tombe un peu dans la redite. Même si là encore c'est davantage une question de goût (je suis un peu moin fan des grandes embardées lyriques à la Feu! Chatterton de l'instru sur ces morceaux) qu'un vrai défaut objectif, tout reste très maîtrisé. Et "Tout (Sinon) Rien" tourne en rond sans jamais se résoudre. Une bonne conclusion psyché, "En Cavale", sauve cette fin de disque en évoquant avec brio les grands espaces américains.

  Mais dans l'ensemble, le disque est quand même plutôt très bon, et carrément recommandé par votre serviteur !

Alex



mardi 14 mars 2017

Danny Brown & Paul White - Accelerator EP (2017)


  L'EP d'aujourd'hui est court mais intense : 2 titres (plus leurs versions instrumentales) seulement. Mais quels titres ! Sur la lancée de son excellentissime album de l'an dernier, Danny Brown rappe comme un déchaîné sur ces deux chef-d’œuvres produits par Paul White, quelque part entre rock psychédélique garage, électronique flippante et cold wave ("Accelerator"). D'ailleurs les versions instrumentales sont cruciales, Danny Brown est génial dessus mais ces morceaux sont tellement bons qu'une écoute de plus, avec le focus sur la musique, est toujours bienvenue.

  Le deuxième excellentissime morceau, "Lion's Den" reste un peu psychédélique, mais dans une veine plus pop, grâce à un sample assez merveilleux ultra bien utilisé (et chanté en français !). Bref, l'EP est vraiment indispensable, d'une qualité et d'une urgence folles.


Alex


dimanche 12 mars 2017

King Gizzard & The Lizzard Wizzard - Flying Microtonal Banana (2017)



  Avec les KG&TLW, je suis un coup sur deux environ totalement fan et un coup sur deux pas tellement impressionné. Là, on tombe sur le bon côté de la pièce, je le dis tout de suite l'album est très bon.

  Ce disque est hypnotisant, comme une longue transe pop-rock. Le groupe propose un garage mélodique aux vocaux fous rythmé de façon obsédante (on va pas ressortir le mot krautrock encore une fois mais y'a un peu de ça...) comme sur "Rattlesnake" d'une intelligence folle. Le fait que le chant suive la ligne mélodique principale note à note tout au long du disque accentue l'effet transe. 
  Le groupe flirte avec la musique microtonale du titre avec un goût sur et une musicalité hors du commun. "Open Water" est aussi un grand trip rock, boosté par une pédale wah wah, aussi bonne que le fou "Doom City"

  Mais les ballades psyché pop ne sont pas en reste, comme sur "Melting", portée par des claviers vaporeux, un rythme sautillant et des digressions orientales parfaites. Et puis le quasi-instrumental "Flying Microtonal Banana", merveilleux exercice de style complètement réussi, à l'image de l'album.

  Et entre les deux on a des tubes pop-rock parfaits comme le délicat "Sleep Drifter", une très, très grande chanson. Et puis les sympathiques "Billabong Valley" et "Anoxia", qui sonne un peu Ariel Pink et met encore une fois la wahwah et la mélodie bien en avant. Le groupe tournait autour du funk sur plusieurs morceaux de cet album, mais si il y en a bien un qui met les pieds dans le plat groovy, c'est "Nuclear Fusion".

  Encore une fois, les King Gizzard ont réussi à pondre un chef-d'oeuvre à partir d'un concept alambiqué et ambitieux (maîtriser une musique et des gammes aussi peu courantes pour des musiciens rock occidentaux c'est pas évident). Le mix est étonnant : kraut, électro-pop vaporeuse, garage psyché, hard sombre à la Black Sabbath, funk et musiques orientales, et pourtant ça fonctionne. Chapeau les gars, vous avez encore sorti un des grands albums rock de l'année.

Alex


jeudi 9 mars 2017

Temples - Volcano (2017)


  Après avoir adoré leur premier opus, j'attendais avec hâte ce disque en rêvant d'un opus plus sombre et moderne, à l'image du très bon album de remixes des chansons du LP inaugural qui est sorti entre temps. Mais dès le premier single, "Certainty", on est prévenus : Temples n'a pas changé. Quoique, si, légèrement. On a bien plus d'électro-pop et de synthés, et la production est encore plus grosse, pour un résultat proche dans l'esprit de l'excellentissime dernier Tame Impala. Et il faut reconnaître que sans atteindre le niveau de perfection de Kevin Parker, ce single est une petite merveille, de sa mélodie ultra-catchy digne d'un Orient de cartoon, sa prod énorme et maîtrisée, et son chant haut perché.

  "All Join In" commence en mode full electronic, avec un rythme à la "The Beautiful People" de Marylin Manson, avant que ne débarquent les grandioses arrangements orientalisants (là encore façon musique de film plutôt que vraie musique arabe). La grosse batterie classique de Temples et le chant ramènent tout le monde à la maison pour des couplets qui pourraient sortir du premier opus. En revanche, le refrain est merveilleux, quelque part entre le MGMT de Congratulations et les Beatles. Et dans l'ensemble, ce curieux puzzle pop entre la partie instrumentale orientale, les couplets et le refrain, assaisonnés de rock bien psyché et d'électro déviante, marche du tonnerre. L'Orient version Hollywood (voire Astérix & Obélix chez Cléopâtre) revient sur "Celebration", accompagné d'un rythme à conquérir un stade et de synthés pachydermiques. Un gros côté Queen là-dedans, un peu comme sur "Mystery Of Pop" (qui sonne ausi assez Sparks).

  La mélodie sautillante et printanière de "(I Want To Be) Your Mirror" inaugure un morceau électro-pop assez inattendu, comme un Phoenix qui aurait voulu s'inspirer des arpèges de la musique de chambre. Le reste du morceau est plus classique, mais ces petits moments de grâce retrouvés en conclusion en font une pièce de choix tout à fait délicieuse. Et de même que sur la suivante "Oh The Saviour" qui commence plus folk-pop et part elle aussi en feu d'artifice psychédélique synthétique, on se dit que cet album est proche des derniers Phoenix sur un autre point : c'est une oeuvre pop totale, dans le sens où chaque instant est ultra catchy, que tous les morceaux sonnent comme des tubes à la production énorme. Et pourtant, c'est pas encore trop, le côté tarte à la crème donne même du charme à l'ensemble. 

  D'ailleurs, ces excès de synthé, ces morceaux à tiroir, ces batteries énormes, ça peut rappeler le prog pop 80s d'Asia ou Genesis sur des morceaux comme "Roman God-Like Man", qui a aussi (paradoxalement) une parenté avec Ariel Pink et Ty Segall.

  Mais bon sang, je vais me répéter mais que c'est accrocheur ! Prenez l'intro de "Born Into The Sunset", si ça c'est pas une intro mémorable qu'on reconnaîtrait même dans un festival bondé ? On saisit toute l'ampleur que le groupe a pris, et tout le succès (mérité) de ces gars. C'est marrant d'entendre aussi comme Tame Impala a marqué Temples, sur "How Would You Like To Go?" et l'autre tube du disque "Strange Or Be Forgotten", c'est hyper criant. Là encore, qu'on tique sur le côté stade ou les grosses influences, c'est tellement bien foutu qu'on leur passe tout pour le moment. Même si il est dur de respirer dans ce disque saturé de musique, où les morceaux commencent tranquillement, ce qui fait espérer une petite accalmie bienvenue, avant de balancer la sauce au milieu du premier couplet (cf "Open Air", ou "In My Pocket", même si celle-ci se retient plus longtemps). 

  Dans l'ensemble, les Temples signent quand même un très bon deuxième disque, gavé de tubes en puissance, et arrivent à compenser la perte de l'effet de surprise et de fraîcheur en ne livrant que des morceaux énormes à la prod titanesque. Attention pour la suite, la fuite en avant n'est pas possible, le ciel a ses limites (cf Phoenix justement), si ils ne veulent pas larguer tout le monde et rester pertinents, il faudra sans doute repenser le groupe plus en profondeur et apporter davantage de nuances. Mais en attendant, à défaut de livrer un chef-d'oeuvre, les jeunes Temples relèvent la redoutable épreuve du "sophomore album" haut la main et restent un groupe à suivre absolument car prometteurs, capables du meilleur et ne connaissant pas la médiocrité.

Alex