Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

mardi 15 novembre 2016

2016, Retours Pop & Réinventions : La Femme (Mystère) & Crocodiles (Dreamless)

  Nous allons parler aujourd'hui de deux remises en question musicales marquantes de l'année 2016, ayant abouti à deux disques très bons, mais pas parfaits, qui sonnent comme de solides transitions entre des débuts brillants et un avenir radieux. J'ai nommé les albums Mystère des frenchies de La Femme et Dreamless des géniaux américains Crocodiles.



La Femme - Mystère (2016)

  Introduit par le titanesque "Sphynx", cet album avait tout pour plaire, l'ambiance cinématographique, l'exagération du style du 1er album étiré en une longue transe électro-pop orientalisante et sexuelle. Puis la surprise ! Les influences yéyé et pop 60s/70s sont bien plus présentes dans le mix foutraque mais inédit du groupe. Pour le meilleur comme sur "Le Vide Est Ton Nouveau Prénom" aux accents prog folk celtiques et au magnifique pont morriconien, et "Où Va Le Monde", dans laquelle le texte bancal n'arrive pas à gâcher le surf rock irrésistible. Mais aussi pour des résultats très mitigés, comme le naïf "Septembre", sauvé par sa conclusion, et un "Tueur de Fleurs" avec de bonnes idées mais un peu mou.

  Ailleurs, la diversité stylistique et la folie créatrice font mouche. Le punk pop décadent façon Plastic Bertrand de "Tatiana" (au final dantesque) couplé à la techno post punk de "SSD", sont enthousiasmants. 
  Le psychédélisme est fort réussi sur "Exorciseur" avec un rap féminin ultra jouissif, celui mâtiné d'influences arabisantes de "Al Warda", le chaloupé "Psyzook" et la pop sous patronage de St Syd Barrett sur "Le Chemin". C'est parfois longuet par contre, comme sur "Vagues", le morceau plus ou moins prog au long solo de guitare pas si mémorable.
  On a de la synthpop de haute volée sur "Elle Ne T'aime Pas" à la Jacno, et de bonne facture sur un "Always In The Sun" un peu plus générique mais très bonne pour une bonus track. Et puis surtout le surf post-punk très B-52s jouissif de "Mycose", énorme chanson où tout est parfait, du thème inédit au sous-texte hyper malin, à la musique tubesque et ultra bien construite.

  Bref, après un premier EP époustouflant, et un album qui a donné un grand coup de pied dans la fourmilière pop-rock française et a inventé un nouvel espace pop rien qu'à eux, les jeunes gens de La Femme nous ont livré là un superbe deuxième album, peut-être un peu trop généreux (quelques morceaux plu faibles, même si aucun n'est mauvais loin de là), mais de qualité et augurant le meilleur pour la suite. Le succès incroyable de Psycho Tropical Berlin ne semblait pas égalable, le groupe a choisi de s'étoffer et de prendre en ampleur ce que fatalement ils allaient perdre en efficacité punk et en effet de surprise, et ça fonctionne (comme vous pouvez le constater en l'écoutant ici). En plus, ils sont excellents en live (dans des petites salles en priorité). Croyez moi, on les a vus deux fois avec Etienne, c'était de la folie. 




Crocodiles - Dreamless (2016)

  Après avoir porté leur post-punk abrasif et marécageux sur deux excellents albums en 2009 et 2010, le groupe explose en 2012 avec l'excellent Endless Flower, mêlant pop, punk, shoegaze et rock sexuel avec brio, et réalisant une excellente fuite en avant vers toujours plus de pop brillantissime et de rock énervé avec le chef-d'oeuvre Crimes Of Passion en 2013 puis le très sombre et punk Boys de 2015, où l'on entendait un groupe plein de rage, mais arrivant peut-être un peu au bout d'une démarche sex'n'drugs'n'rock'n'roll, toujours plus fort toujours à fond, sauvé par ses brûlots intransigeants et ses incursions vers une pop synthétique plus downtempo plus influencée par Suicide, inquiétante et toujours aussi sexuelle. 

  Le groupe s'est donc réinventé avec de Dreamless, et a réalisé une mue pop plus que convaincante. "Telepathic Lover" convaincra n'importe qui, c'est une parfaite chanson de pop indé un peu typée 80s d'une efficacité inattaquable. On a aussi des morceaux avec cette nouvelles direction pop 80s, mais une approche toujours aussi ténébreuse : "Maximum Penetration" et "Jailbird", entre basses post-punk et échos dub, les plus lents et berlinois "Go Now" et "Time To Kill" qui partage un certain charme sombre avec les derniers Arctic Monkeys, "Welcome To Hell" et "I'm Sick", entre beat discoïde, basse ronde, riff qui tranche et ambiguïté sexuelle glam. La rythmique reggae du rock décadent de "Alita" est rafraîchissante, de même que le piano bondissant et la basse disco-punk très The Rapture de "Jumping On Angels" et le final pop 60s-70s bondissant de "Not Even In Your Dreams".

  L'album est très très solide, mois génial que ses prédécesseurs, mais ouvrant une nouvelle voie au groupe et évitant l'impasse et la redite. Et là encore, ce disque déjà très bon en lui-même (et que vous pouvez écouter ici) est plein de promesses pour l'avenir du groupe. 

Alex


dimanche 13 novembre 2016

America (del Sur) 2016 : Modular (Fuga Al Paraiso) & Orkestra Mendoza (!Vamos A Guarachar!)

  On va parler de deux disques de cette année rendant hommage à la musique latine, avec la disco tropicale des argentins de Modular et la folie latino des états-uniens de l'Orkestra Mendoza.



Modular - Fuga Al Paraiso (2016)

  Ce groupe est complètement fou. Le premier morceau, "Fugitivos Cosmicos" est un disco hispanophone entre Curtis Mayfield, Chic, Moroder, électropop à la Metronomy, tropicalisme et Yellow Magic Orchestra voire Kraftwerk sur la fin. Et tout ça passe crème. Alors, qu'il y ait la même formule disco-funk sur "Fiebre En La Disco", un peu plus de pop psyché-folk sur "La Niña Fantastica" ou "Los Vagabundos Del Cosmos" et "Jack Rabbit", tous ces titres seraient des tubes dans un monde parfait. Et les explorations électro-pop psychédéliques du reste du disque sont à l'avenant, balaient presque toute la musique pop des 50s à nos jours, avec talent. Pour donner un album époustouflant, frais, moderne et malin. Ecoutez donc cette bombe ici



Orkestra Mendoza - !Vamos A Guarachar! (2016)

  Un autre disque dans lequel la provenance états-unienne n'entache pas l'authenticité latine. Çà commence fort avec le ska boosté aux hormones mariachi-surf et à la cumbia du bien nommé "Cumbia Volcadora", et le franchement ska "Redoble" qui malgré ses airs de western mexicain n'aurait pas dénoté sur les premiers Madness. On oscille alors entre tout un tas de trucs fantastiques, du jazz cinématographique de "Misterio", BO d'un film imaginaire qui mêlerait Zorro, Bond, Machete et OSS117 dans une affreuse magouille avec tout un tas de catcheurs mexicains, à l'électro-rock psyché pop latino dansante de "Mapache" et son clavier entre Tornadoes produits par Joe Meek et garage surf. On a du titre latino équivoque avec "Cumbia Amor de Lejos" et "Mambo a la Rosano", mêlé avec du rock sur "Caramelos", du jazz psyché sur "Contra la Marea" et de l'électronique sur "No Volvere" au refrain bien entêtant pas si loin du "El Condor Pasa" que ça mais avec finesse et second degré. Et ça finit en pétaradant avec "Igual que Ayer", enthousiasmante rengaine pop latine, "Nada Te Debo" plus acoustique malgré un final plus jazzy et des choeurs bien bossés, et un rappel ska pour "Shadows Of The Mind"

  Bref, un disque hyper généreux, excentrique, extraverti, blindé de sons et de couleurs, qui n'en finira pas de ravir les oreilles des plus gourmands d'entre vous. A écouter ici.

Alex

vendredi 11 novembre 2016

Electro-Pop 2016 : Jessy Lanza (Oh No) & Cellars (Phases)

  On va parler de deux excellents disques électro-pop avec pas mal de points communs : de la qualité, des synthés qui claquent et des boîtes à rythme néo 80's portés par deux femmes très talentueuses, Allene Norton de Cellars (USA) et Jessy Lanza (Canada), et produits par des icônes de la pop indé (qui sont un peu nos chouchous ici à La Pop), les Junior Boys et Ariel Pink.



Jessy Lanza - Oh No (2016)

  Produit par la moitié des Junior Boysavec qui elle partage la même origine canadienne en plus d'affinités musicales évidentes, ce disque est proche de leur dernier chef-d'oeuvre Big Black Coat (déjà chroniqué chez nous ici) de cette année, tout en développant une personnalité propre. Grimes est aussi évoquée comme influence pour le chant sur "New Ogi", une introduction aussi sobre que classe. La sobriété est d'ailleurs ce qui fait l'efficacité et le charme de ces chansons, comme sur l'inoubliable techno-pop de "VV Violence" ou le tube entre house et synthpop "Never Enough". Mais elle est capable aussi d'un slow princier émouvant ("I Talk BB"), d'une électro moins évidente ("Going Somewhere", "Oh No"), de rnb indé avec un angle d'attaque glacial à la FKA Twigs ("Vivica", "Begins", "Could Be You", peut-être les moins bonnes, disons un peu en dessous) et d'expériences entre rythmes africains, techno et rnb ultra convaincaintes ("It Means I Love You").

  Bref, un superbe disque de pop électronique dont l'aspect concis et minimaliste met à merveille en valeur à la fois la production et la vois de Lanza. A écouter d'urgence ici.




Cellars - Phases (2016)

  Produit par Ariel Pink, cet album est une petite bombe. Ca commence par la new wave funky de "Stircrazy" et la synthpop de "Do You Miss Me", dont la présence sur les ondes devrait être obligatoire (par décret ou 49.3 s'il le faut). Le slow "Real Good Day", entre Prince et piste de patins (à roulettes) 80s (façon Bangalter & DJ Falcon), et le tout aussi Prince "Still In Love" sont des merveilles. L'électro-pop oblique de "Curse Your Love" et l'électrofunk tubesque de "I'm Feeling", "Tropikool" et "Nervous" font davantage penser à du Ariel Pink en plus accessible et moins foutraque, tandis que "Toys" évoque un improbable mix entre ce dernier et Madonna. La synthpop vaguement asiatique et rock de "Nighttime Girl" est tellement énorme qu'elle évoque un Yellow Magic Orchestra qui aurait été épaulé par Elton John, les Cars, Queen et The Revolution en même temps. 
  
  Là encore, l'album est impeccable, encore plus homogène en termes de qualités que le Jessy Lanza, et hautement recommandable ! Norton a un talent énorme, et le disque (en écoute là) est dans le genre une réussite à classer avec le dernier Niki & The Dove (chroniqué ici). 

  En espérant vous avoir convaincu de tenter votre chance avec ces deux sucreries électro-pop qui sont bien plus profondes et réussies que l'expression ne le laisse entendre ; on a bien là deux des meilleurs albums pop de cette année.

Alex


mercredi 9 novembre 2016

Klaus Johann Grobe - Spagat der Liebe (2016)


  Cet album de pop psychédélique synthétique et germanophone est absolument éblouissant, de son introduction solaire "Ein Guter Tag" à la conclusion prog "Gedicht", en passant par les détours funky de "Wo Sind" et "Rosen des Abschieds" qui rappelle une certaine idée métissée du post-punk. Les influences new wave transparaissent d'ailleurs sur la synthpop de "Ohne Mich", entre rêveries sixties et synthés 80s.

  Bref, ce disque de Klaus Johann Grobe est une petite merveille de bout en bout dont vous auriez tort de vous priver si vous êtes amateur de bonne pop, de climats gentiment psychédéliques et de doux synthétiseurs. 

Alex 

mardi 8 novembre 2016

James Blake - The Colour In Anything (2016)


  Une série d'EPs géniaux, un premier album séminal, un second moins enthousiasmant mais très solide, puis ce The Colour In Anything sorti cette année... Dans lequel il reprend le son électronique et gospel minimaliste de James Blake avec l'enrobage pop et les structures plus directes et l'étoffe ambitieuse d'Overgrown. C'est un peu son album bilan si l'on peut dire. Et ça fonctionne à merveille sur les superbes singles "Radio Silence" et "Modern Soul" où pop plaintive et électro sombre se complètent avec merveille par exemple. La même formule est parfois moins maîtrisée et donne des résultats un peu bancaux et amorphes comme sur "Choose Me", "Always", "Two Men Down", ou "I Hope My Life" qui commence pourtant bien avec un gimmick de synthé new wave détourné sympa mais tourne vite en rond.

  Ailleurs, le dosage est plus électronique et c'est tout aussi bon comme sur le single "Timeless" dont on vous avait déjà parlé, ou le bizarre mais réussi "Put That Away And Talk To Me" et le quasi a capella "Meet You In The Maze" (bon au début mais beaucoup trop longuet), tous deux sous grosse influence Bon Iver, avec lequel il collabore d'ailleurs sur un "I Need A Forest Fire" d'anthologie, un morceau absolument éblouissant. Les influences croisées entre Frank Ocean, Bon Iver et James Blake sont très intéressantes à suivre d'ailleurs.  

  Le gospel post-dubstep du 1er album vient hanter "Points" et "Noise Above Our Heads" avec beauté. Et quand les ballades se font quasiment juste au piano-voix, c'est parfois tout aussi bien ("Love Me In Whatever Way"), mais souvent c'est moins marquant ("f.o.r.e.v.e.r.", "Waves Know Shores", "My Willing Heart", "The Colour In Anything").

  Vous l'aurez compris, mon avis est plutôt mitigé. Avec 8 superbes titres (sur 17 quand même !), je suis tiraillé entre mon admiration pour les singles géniaux et la déception d'un ensemble qui s’essouffle vite faute d’élagage suffisant. Je ne peux m'empêcher de penser qu'un petit 8 titres plus concis débarrassé des 9 autres aurait été génial... Pour vous faire votre propre avis sur les titres que j'ai moins aimé et le disque en globalité, et (re)découvrir les excellents morceaux dont j'ai parlé, écoutez l'album en suivant ce lien.

Alex


lundi 7 novembre 2016

Herlin Riley - New Direction (2016)


  Batteur notamment d'Ahmad Jamal et Marcus Roberts dans les années 80, et membre du Lincoln Center Jazz Orchestra, Herlin Riley a sorti cette année son premier disque en tant que leader, ce magnifique New Direction. Un disque de batteur en jazz, c'est souvent l'occasion d'emprunter des chemins différents et parfois plus variés qu'avec des leaders guitaristes, saxophonistes, pianistes ou trompettistes. Et ça se vérifie ici.

  Dès la suave "New Direction", on nage en plein bonheur groove, avec cependant ce petit cutting edge, ce tranchant bop des cuivres, qu'on retrouvera sur "Hiccup Smooth" et "Harlem Shuffle" avec une coloration blues. On joue avec des rythmes latins pas trop appuyés mais bien présents en filigrane comme sur "A Spring Fantasy", entre joie, mélancolie, langueur et danse sensuelle. Parfois, la rythmique latine est plus appuyée comme sur "The Crossbar", "Connection To Congo Square" et "Tutti Ma" (ici, métissée avec un blues du Sud chanté). 

  Parfois on se figure bien les paysages gris et urbains de New York avant de se faire surprendre par un rythme sud-américain, un peu comme si au détour d'une rue on était tombés par hasard sur un quartier latino, avec des odeurs de cuisine réconfortantes, et tranchant avec la grisaille ambiante, en passant de Big Apple à "The Big Banana" (titre du morceau). Sur "Shake Off The Dust", on entend la voix des sages, des anciens, raconter leur vie, partager leur expérience, avec ce charme désuet et plein de classe qu'on ne peut imiter.

  Finalement, le morceau de bravoure du batteur, du moins son solo le plus appuyé et le plus sauvage, ce sera uniquement sur "Herlin's Hurdle". Ailleurs, son apport est tout aussi mémorable et nécessaire, mais plus discret. C'est l'humilité des rois, de ceux qui n'ont rien à prouver.

  Un excellent album de jazz à écouter ici, sans fautes. Cet album est prenant du début à la fin, et se savoure avec délice comme un des meilleurs millésimes que j'ai pu entendre de cette bonne année jazz que fut pour moi 2016.

Alex

samedi 5 novembre 2016

Woods - City Sun Eater In The River Of Light (2016)


  Bingo ! La métamorphose de Woods, génial groupe folk-pop lo-fi en groupe au son plus policé et aux influences variées a porté ses fruits. Après un excellent With Light And With Love en 2014, ce City Sun Eater In The River Of Light est la confirmation, le chef-d'oeuvre, le magnum opus promis et attendu de pied ferme. On entend les influences reggae, mexicaines et jazz éthiopien dès la première chanson, cette magnifique "Sun City Creeps", absolument parfaite de la composition à l'interprétation, avec des arrangements d'une richesse, d'une musicalité et d'une finesse inouïs. Essayez, en la réécoutant, vous trouverez toujours une couche d'orgue, un clavier discret, une trompette ou une guitare que vous aviez raté lors des 5 précédentes écoutes, et qui vous frappera de sa beauté. Une vrai chanson à tiroir réalisée avec un talent fou. Et tout le disque est à l'avenant.

  La pop-rock funky, gorgé de soul et tranquille de "Creature Comfort" rappelle les réussites récentes des The Arcs de Dan Auerbach, c'est très beau. Les arrangements country magnifient la déjà sublime "Morning Light", cousine du Light Upon The Lake de Whitney, l'autre chef-d'oeuvre pop-folk de l'année avec cet album partage plus qu'un titre parlant de lumière et de points d'eau. Les influences presque dub de "Can't See At All" et son orgue intrigant diversifient encore un peu plus le propos avant une "Hang It On Your Wall" plus classiquement folk/pop avec une rythmique western et une "The Take" qui elle navigue entre psyché et Ethiopie avec brio.

  "I See In The Dark" est une scie psyché d'une rare intensité, que n'auraient pas renié les Black Angels ou les Oh Sees, avec un feeling désertique la rapprochant des Doors ou des Seeds. On poursuit avec de la pop aussi évidente que naturellement belle sur "Politics Of Free", un retour de flamme reggae-funk sur "The Other Side" et un final magnifique avec "Hollow Home".

Bref, superbe disque, un des meilleurs de l'année, alors foncez l'écouter ici !

Alex