Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

dimanche 23 mars 2014

GRAND JEU / PART 7 bis (le choix d'Alex)



«I want to drive you through the night, down the hills»


Vous mettez cet album dans l’autoradio. Et vous conduisez toute la nuit. Pour aller où ? Là n’est pas la question.


Le choix d'Alexandre:

  Tout d'abord, je voudrais m'excuser pour le léger retard, mais j'ai eu une urgence type "heures supplémentaires" qui a contrarié mes plans pour ce samedi. A l'heure à laquelle j'écris, il me reste 32 minutes pour finir ce billet le 22/03. Pas encore vraiment en retard donc, il y a encore moyen de s'en sortir sans trop de casse.
 
 
Sisyphus - Sisyphus (2014)
 
 
 
  Qu'est-ce qu'on attend d'un album de voiture, quand on conduit le soir ? A mon sens, 4 choses. Etre assez varié pour ne pas s'ennuyer, assez accessible pour ne pas se prendre la tête avec, un peu mélancolique pour coller à l'état d'esprit introspectif d'une fin de soirée passée seul, mais avec assez de poussées d'énergie positive pour ne pas avoir envie de prendre volontairement le fossé non plus.
 
Mes amis, j'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai votre album.
 
  Mais d'abord, Sisyphus, c'est qui ? Je ne vais pas vous faire l'injure de vous rappeler l'origine grecque du nom (si vous ne connaissez pas le mythe de Sisyphe, ne vous en voulez pas non plus, un tour sur un moteur de recherche et vous aurez un truc intelligent à raconter au prochain dîner).
 
  Non, je parle du groupe derrière cet album. D'ailleurs je viens de réaliser un truc. Je vais dire un gros mot, mais Sisyphus est.... un supergroupe.
Les lecteurs du fond, faites moins de bruit en partant s'il vous plaît, le premier rang de l'amphi veut rester écouter la suite quand même, merci.
 
  Où en étais-je ? Ah oui, supergroupe. Parce qu'il est constitué de trois membres ayant une carrière déjà bien remplie, chacun de leur côté. Le génial rapper "indé" Serengeti, le producteur de génie Son Lux, et le génie absolu Sufjan Stevens. Et pour une fois, le rendu est digne de la somme de ses parties, ce qui je l'accorde est rarement le cas. Combien de supergroupes décevants pour un vraiment enthousiasmant ?
 
  Eh bien celui-là fait partie de la 2ème catégorie. Ils ont en effet sorti un disque qui va compter cette année, et dont on a déjà un peu parlé en propulsant "Rythm Of Devotion", chanson du mois dernier. Ce qui n'a pas été évident, parce qu'avec Etienne, on avait un sacré paquet d'excellentes chansons qui étaient dans la course.
 
  Mais vous vous doutez qu'avec des personnalités aussi différentes, on navigue entre plusieurs univers musicaux. Globalement, vous entendrez du hiphop, et de la pop (électronique). Et une des principales craintes concernant ce disque est dissipée assez rapidement. En effet, on reste dans une certaine forme de sobriété au niveau des arrangements. On aurait pu craindre une overdose, Sufjan et Son Lux ayant tendance à rajouter couche sur couche dans leurs travaux récents respectifs, la surenchère n'était pas loin. En fin de compte, ils ont évité cet écueil avec brio, en alternant passages près de l'os et poussées lyriques avec brio.
 
  J'ai du mal à décrire la musique, je sais bien que je tourne autour du pot depuis tout à l'heure. Quelques mots, donc. La musique est assez magique, le jeu tout en tension  entre retenue et poussées de fièvre est réalisé avec un talent fou. Les voix alternées de Serengeti, Sufjan Stevens, et les chœurs, sont divin(e)s. Les morceaux sont diablement bien construits, et souvent de façon peu conventionnelle, avec plein de petites ruptures et changements de rythmes. La pop juste comme je l'aime donc. Et de ce que j'ai écouté des paroles, c'est plutôt bon aussi. Carton plein, donc.
 
  Pour finir, je vais me contenter de vous dire que ce disque est un voyage, et qu'il accompagnera merveilleusement n'importe quel moment de votre vie, si vous tentez l'expérience. Mais si vous voulez passer en magasin acheter la petite rondelle, pour la mettre dans votre autoradio, l'expérience risque d'être magique. Un disque de très haute volée, très intelligent, mais pas prétentieux pour un sou, et qui fait du bien.
 
 
Ca me suffit amplement. Et vous ?
 
Ecouter sur :
 
 
 
 
  Et mince, je publierai donc le 23. Retard officiel donc. Bon, vous ne m'en voudrez pas trop pour un quart d'heure, j'imagine.
 
 
  En tous cas, merci beaucoup à tous pour ce jeu, j'espère que vous avez apprécié nos thèmes. A bientôt pour d'autres aventures. Et pour ceux que ça intéresse, je ferais comme la dernière fois un petit bilan/récap de ce GJSF08 dans les jours à venir, avec nos choix, mes choix alternatifs (et ceux d'Etienne s'il le souhaite), et la playlist des chansons qui ont donné leurs titres aux thèmes. Vous pouvez essayer de deviner desquelles il s'agit,  ici en commentaires, si vous êtes d'humeur joueuse.
 
A bientôt les copains !
 
 
Alex
 
 
 
 
 
  



samedi 22 mars 2014

GRAND JEU / PART 7

«I want to drive you through the night, down the hills»
Vous mettez cet album dans l’autoradio. Et vous conduisez toute la nuit. Pour aller où ? Là n’est pas la question.


Le choix d'Etienne :


Bot'Ox - Babylon By Car ( 2010 )


     Dans "ma" médiathèque comme dans beaucoup de médiathèques les compilations sont placées en premier dans le rayon d'un genre. J'ai donc découvert ce groupe quand, pour la première fois de ma vie, j'ai mis mon nez dans cette section, et ceci dans le rayon électro. J'ai alors choisi, au hasard, la pochette qui m'inspirait le plus, en l’occurrence un terrain de foot in-door avec pour but des enceintes et surtout un label dont le logo était un cadi. Peut être cela me rappelait-il le Super Discount d'Etienne de Crecy. Cette compilation très sympa sortie en juin 2009 c'est Various Moments Of Crisis, petit récapitulatif des productions de Cosmo Vitelli sorties sous son label parisien I'm a Cliché depuis sa création en 2004. On y trouve de grands noms comme Yuksek  ou Etienne Jaumet de Zombie Zombie et des noms moins connus. Mais il y a surtout deux morceaux  Crashed cadillac et Car Jacked, du groupe de Cosmo Vitelli, Bot'ox, qu'il constitue avec Julien Briffaz depuis 2005. C'est très précisément Crashed Cadillac, pour lequel je suis tombé viscéralement amoureux et que j'ai du écouter en boucle pendant plus d'une heure en le découvrant, mon canapé se goinfrant de mon postérieur. Ce titre m'a donc logiquement mené découvrir ce groupe et cet album dont sont tirés les deux morceaux.


La compilation Various Moments Of Crisi
   
     D'abord petit présentation des deux membres du groupe car c'est passionnant. Et je précise que les deux artistes, venant au départ d'univers musicaux différents, ont eu et ont des carrières solos/groupes de leur côté mais ils s'unissant à l'occasion pour ce projet, comme ce fut le cas pour Babylon Car ou Sans Dormir, leur second album sorti en 2013.

  • Julien Briffaz a commencé la musique dans le rock, mais étudiant il fonde BrifRec, premier label à signer de la House minimaliste en France, comme ARK ou des remix de Mr oizo. Il se tourne donc vers la House et créer avec Loïc Le Guillon, le duo [T]ékël. Il fonde aussi le studio La Truite où il a pu collaborer avec Para One ou Syd Matters.

  • Benjamin Boguet  ( aka Cosmo Vitelli ) débute lui sur groupe indé ( "Perio" ) dans la première partie des 90's. Puis sa carrière commence en 1997 avec la sortie d'un maxi du nom de Comso Vitelli sous le label d'Etienne de Crecy, Pierre-Michel Levallois et Alex Gopher, Solid. Après ça il se fera DJ et mixera dans de nombreux clubs européens et sort en parallèle quelques  titres et remixs. En 2001 il sort le tube qui fera exploser sa carrière, Part Day, repoussant ainsi celle de son premier album, Clean, en 2003, et lui laissant alors le temps de participer à l'enregistrement de 10 000 Hz Legend de Air. En 2004 il créer le label I'm a Cliché, permettant de faire émerger des artistes comme Yuksek. Puis en 2005 il créer Bot'ox et vous connaissez la suite.

Cosmo Vitelli à gauche, Julien Briffaz à droite

     Pour ce qui est de l'album, c'est un "road trip" dense et cadencé, ou s'entrelace bruits, sons électro et guitares rock pour en rendu entre dream-pop et krautrock. Le thème automobile est annoncé dés le nom de l'album et repris sur les différents titres, et culmine sur l'excellent Crached Cadillac. En effet l'ambiance sombre  nous emmenant au bord de la désorientation spatio temporelle. Parfait pour rouler au rythme des jonctions de pavés de béton vieille autoroute allemande, à la lueur du crépuscule. Un autre titre se démarque, et constitue même le meilleur morceau de l'album, c'est Blue Steel, dont je souligne le sublime clip. Il est intéressant de constater que leurs concerts se faisaient en live instrumental ( ils jouent guitare électriques ... ) ce qui n'est pas très courant  pour ce genre de musique.




     Leur bon, mais peut être inférieur, deuxième album, Sans Dormir est sorti en novembre  2013, même si on avait pu découvrir au fil d'un très original fractionnement de cette sortie à un rythme trimestriel. ( tous les 3 mois sortait 1 ou 2 titres, avec des remixs de ceux-ci, jusqu’à aboutir en novembre à l'album en entier ). 
     
Par là les oreilles :

Plus d'infos :




Et en bonus, Human After All ( et merde à ceux qui me chieront à la gueule ! ), juste parce qu'avec ce thème je ne peux m’empêcher de penser à cette sublime scène du film Electroma et à cette ferrari 412 de 1987 que vous auriez pu acquérir au prix de 25 000£ sur ebay, au profit des sinistrés du tsunami au Japon.




Etienne

P.S. : Ne vous inquiétez pas, si Alexandre n'a pas encore publié son choix, ce n'est pas le début d'une rupture entre nous, mais bien car il est très très très occupé en ce moment. Alors patientons  tous jusqu'à ce soir ou demain.




mercredi 19 mars 2014

GRAND JEU / PART 6

« It’s just a reflektor » 


Deux albums, deux pochettes qui se répondent. 

Le choix d'Etienne :

Thee Oh Sees - Floating Coffin (2013 )



Pink Floyd - The Piper At The Gates Of Dawn ( 1967 )


     Deux albums dont la filiation plastique m'a sauté aux yeux, je ne sais pas pour vous. Peut être parce que ce sont mes deux albums préférés dans les discographies respectives de ces deux groupes ( sur ce que j'en connais en tous cas ). Malgré 46 ans les séparant, ces deux albums de ne sont pas si éloignés, tant au premier coup d’œil par ces deux pochettes d'images répétées et fusionnées annonçant de façon enfumée et échogène le contenu, qu'à l'écoute par ce style rock psychédélique en commun. Ainsi l'un est le père du genre, tandis que l'autre un des derniers nés. Mais les fondements restent les mêmes avec leurs guitares lacérées et  agressives, leur chant échogène, leur "basse de précision", une tension omniprésente et cette gravité dans l'ambiance.

                               Pink Floyd - The Piper At The Gates Of Dawn ( Spotify )
 

Etienne
 
 
 
Le choix d'Alexandre : 
 
Diana Ross - Diana (1980) &....
...LCD Soundsystem - This Is Happening (2010)
 
 
 
  Pourquoi ces disques ? Excellente question, tout d'abord parce qu'ils sont tous deux excellents, dans un genre plus ou moins discoïde ("Diana" a été produit par Chic, maîtres du genre, versant funky, et "This Is Happening" rappelle entre autres les meilleures pages du disco synthétique des années 70-80).
 
  Tous deux possèdent d'énormes tubes, comme "Dance Yrself Clean" pour LCD Soundsystem, où James Murphy concrétise ENFIN sa formule à base de crescendos infernaux dont il a le secret, non pas par un mais deux climax. Brillant. On retrouvera pêle-mêle, dans l'album : le Velvet, de l'indus, l'ombre de Bowie période "Heroes", de la synthpop, et beaucoup de disco donc, en mode électronique. Un voyage à faire absolument. Et encore, ce n'est pas son meilleur disque, c'est vous dire le talent du gars.
 
  Si on parle tubes chez Diana Ross, on peut citer tout l'album, mais les plus immédiats sont surtout "Upside Down", et surtout le génial "I'm Coming Out", une des plus grandes réussites de la Chic Organization. Que l'on soit dans un domaine purement disco, ou dans des ballades plus soul-pop façon Motown, Dirty Diana assure. Et pas qu'un peu. Un très grand disque. 
 
  Mais et les pochettes alors ? J'y viens. Car outre le genre musical, ces albums possèdent quelques similitudes, graphiques cette fois-ci. Tout d'abord, ce qui saute aux yeux, c'est l'utilisation futée de la pochette du vinyle pour y insérer une photo plus grande, format portrait. Ce qui nous permet de voir James Murphy s'éclater comme un fou en dansant, et d'admirer Diana.... être Diana, tout simplement. Les deux photos, noir et blanc, sont en outre plutôt classes.
 
  Même si ce type de pochette n'est pas exclusif à ces deux disques, il n'est pas interdit de penser que Murphy, fan de disco, ait été inspiré par le classique qu'est "Diana". Personnellement, dans ce genre de cas, je ne crois pas aux coïncidences. Et vous ?
 
 
Pour écouter ces albums :
 
Diana Ross (spotify, deezer) / LCD Soundsystem (spotify, deezer)  
 
 
Alexandre
 
 



mardi 18 mars 2014

GRAND JEU / PART 5

« Let’s Get It On » 

Le disque qui vous donne envie de jouer des hanches. Et je ne parle pas de danser. 

Le choix d'Etienne :

Stan Getz featuring João Gilberto - The Best Of Two Worlds    (1976)

     Lorsqu’on me dit "sensualité" je pense tout de suite à l’Amérique du Sud. Ce continent "chaud" où se concentrent toutes les danses sulfureuses ( tango, salsa, cha cha, mambo, bachata, merengue ), et aussi ces rythmes endiablés ( calypso, samba ). En capitale de cette sensualité exotique trône le Brésil, avec la langue la plus sensuelle du monde le "brésilien". Mais dans une vision plus occidentale, sensualité rime aussi avec saxophone, l'instrument le plus érotique du monde ( peut être du fait qu'il se joue avec une (h)anche ), celui des slows et des premiers baisers ( à la différence qu'il est ici ténor et non alto ). C'est donc un mix de ces deux piliers de la sensualité que je vous propose, avec cet album de Stan Getz et João Gilberto en featuring, enregistré au Brésil le 13 mars 1975 et sorti en 1976, avec la présence de la seconde épouse de ce dernier, Eloisa Buarque DeHollanda, qui pose sa voix pour le chant en anglais.


     Après une période rock-jazz, Stan Getz revient en cet album, et pour la dernière fois de sa carrière, à son grand amour pour la bossa nova, qu'il a découvert en 1962 et dont il a largement participé à la diffusion, notamment grâce au fameux Girl from Ipanema, écrit en 1962 par Antonio Carlos Jobim, enregistré en 1963 avec Astrud Gilberto et João Gilberto, et sorti en 1964 ( présent sur mes 31 meilleurs morceaux ). Il est là aussi accompagné de son ami et "inventeur" de la bossa nova, João Gilberto, marquant le retour du duo après leurs albums des années 60, dont le dernier en dates Getz/Gilberto#2 ( 1964 ). Sur The Best Of Two Worlds ils interprètent entre autres des compositions d'Antonio Carlos Jobim ou Gilberto Gil
     Ils marquent alors un chef d'oeuvre du genre, toute en simplicité et grâce, d'un saxophone moite et chaud, de percutions claires et luxuriantes et d'une guitare sucrée et dansante. Les voix mélangeant l'anglais et le portugais sont sublimes, et d'une sensualité à tomber par terre. Le tout dans une ambiance tropicalement décontractée, laissant planer une insolente impression de facilité.
     Cet album m'a "mis sur le cul" et c'est peut dire, tellement il fut une révélation pour mes oreilles. Il ne révolutionne rien mais marque l’apogée d'un artiste et d'un style par sa perfection de bout en bout, autant pour sa composition, que musicalement, vocalement, ainsi que pour sa production. Il fait aisément parti de mes albums favoris et d'un hypothétique top 10. Et si je ne pouvais vous conseiller l'écoute que d'un album, sur tous ceux que j'ai pu et que je vais vous proposer au cours de ce GJSF 08, c'est bien celui-ci. Alors laissez vous succomber à la délicieuse sensualité de ce monument. 



Etienne

Le choix d'Alexandre :
JAGWAR MA - HOWLIN (2013)

  Celui-ci m'a donné du fil à retordre. Je parle du thème. En effet, c'est compliqué de ne pas faire dans les poncifs (soul, funk, disco-funk, disco Moroder, rnb, jazz, électro-string à la Tellier...), et c'est quelque chose que je voulais éviter, je ne sais trop pourquoi. Et puis il me fallait un disque récent, règle que je me suis imposée en plus pour ce jeu.


  Et puis au hasard de mes envies, en voulant mettre un disque pour mes révisions, je prends celui-ci sur mon étagère, le pose sur la platine, et m'assois à mon bureau. Et là, alors que le cd tourne et que les enceintes commencent à chauffer, la musique démarre. Premier morceau, "What Love". D'abord ce beat moite, puis ces voix, ces rythmes, arrivant par vagues et s'intensifiant petit à petit, lancinants.... Ce groove élastique, qui sent l'été, le soleil de plomb, la chaleur, la sueur sur le front... Tout en crescendo. Mais bien sûr ! Voilà mon disque. D'autant que ça continue avec le renfort d'une guitare qui appuie bien les temps, comme il le faut, sur la suivante, "Uncertainty".

 
  Après une intro comme ça, je peux vous garantir que vous aurez un coup de chaud. Quid de l'album ? En gros, c'est le son Madchester, revu et corrigé par deux jeunes Australiens. Je vous avais dit, on fait difficilement moins cliché. Prenez de la house, du big beat, de la pop, du rock, du psyché, des acides, du soleil, et  mélangez tout ça, vous obtiendrez... ce disque. Qui mettra n'importe qui dans le bon mood au début, est assez varié dans ces tempos et ambiances pour que ça soit le plus intéressant, et qui ne fera fuir personne. Tout le monde aime Jagwar Ma, potentiellement. Si vous les avez manqués l'an dernier, l'écoute est très recommandée.


Keep Gettin'It On : album en écoute sur deezer / spotify.



Alexandre 
 





dimanche 16 mars 2014

GRAND JEU / PART 4

   « There’s no future, no future, no future for you ! » 


Le disque que vous écoutez quand tout semble sans issue, 

histoire de se rouler dans le désespoir . 


Le choix d'Alexandre :




Richard Hawley - Truelove's Gutter (2009)



  Je vais encore vous parler d'un très, très grand album. C'est que j'ai la déprime élégante, quand j'ai besoin de me retrouver seul, souvent, la musique que je me passe est un magnifique album de crooner mélancolique. D'ailleurs, j'aurais très bien pu vous écrire ce billet avec un choix comme "In The Wee Small Hours" de Frank Sinatra.

  Mais aujourd'hui, nous parlons de l'immense Richard Hawley, le crooner de Sheffield, le plus américain des chanteurs anglais. Et de cet album parfait, qui fait partie des meilleurs de ces dernières années. Et qui est donc mon compagnon de solitude depuis pas mal de temps. 

  Sa musique s'approche du firmament, alternant entre passages plus intimistes avec sa guitare, dont il joue comme un dieu (c'est à dire, avec une sensibilité inouïe), et soutenu par un orchestre dans les moments les plus lyriques. Et que personne (je t'aurais prévenu Etienne), ne vienne me dire que c'est parfois trop arrangé. Tout est parfaitement dosé, les compositions sont hallucinantes de qualité et d'intensité, et sont sublimée par la voix magique de Hawley.

  J'ai lu un commentaire en anglais, je ne sais plus trop où, qui disait quelque chose comme "Un monde qui ne fait pas de cet homme une superstar est un monde qui marche sur la tête". J'approuve. Hawley est notre Presley, notre Sinatra, notre Scott Walker... Nous avons une chance incroyable de vivre en même temps que ce type., ne l'oublions pas 

  A ce sujet, merci à ceux qui comme j'essaie de le faire, font rayonner son œuvre, je pense notamment à la toujours délicieuse Es Chris aux goûts très sûrs, qui m'a convaincu d'acheter "Cole's Corner", que j'ai pris lundi dernier. Merci à toi !


  Si vous aimez ce qui est beau, c'est par ici : deezer, spotify.



Alexandre


  Le choix d'Etienne :

El Hadj N'Diaye - Géej ( 2008 )

     C'est un artiste que j'ai découvert il y a peu, tard la nuit d'un vendredi, l'ambiance était post festive, et là une amie eu la génial intuition de mettre ce superbe titre, Bonjour comment ça va et comment va la santé d'El Hadj N'Diaye, qui a bercé son enfance. Ce morceau rempli d'une douce simplicité mélodique et mélancolique eu alors l'effet d'une étoile filante dans un ciel vierge. Tout notre âme fut alors figé sur ce moment par cette voix intérieur, ce moment rare, précieux, fragile et céleste. Il me fallait alors me procurer au plus vite un album de cet artiste sénégalais, ce qui fut fait le lendemain dans ma médiathèque préférée, où quelqu'un de bon gout avait eu l'excellente idée de faire commander le troisième et dernier album de l’artiste, Géej, sorti en 2008.





     Après Thiaroye en 1998, Xel en 2001, voici un 12 titres nommé Géej ( "la mer" en wolof ) de 2008. "Chanteur à textes, conteur à chant", l'artiste sénégalais El Hadj N'Diaye ( à force de le répéter j'arriverai peut être à vous le faire retenir ! ) nous propose une balade engagée, sans peur de faire des vagues et d'aller à contre courant, pour parler de ces portés disparus de nos préoccupations, les naufragés d'un continent qui a le mal de mer, l'Afrique. Ce sont ces miliers de jeunes gens prêt à partir en pirogues pour un horizon meilleur en occidents, mais que le rêve happe d'une fatale vague ( représenté sur la pochette ). Ou bien les 2000 morts du Jolaa ( nom du 8ème titre ), navire reliant le sud du nord du pays et ayant sombré au large des côtes gambiennes en 2002. Mais c'est aussi du naufrage des politiques africains, la persévérance du néo colonialisme, et l’illusoire alternance voté en 2000 au Sénégal,  dont parle l'artiste sans détours, comme sur Dégueulasse, ou il critique et nomme la corruption généralisée des dirigeants.  
     Sur ce fond tragique et intimiste tinté de la mélancolie d'une sobre et profonde voix, se dégage un arrière goût de révolte contre cette fatalité du quotidien. Et c'est ça qui donne toute la force à cette composition grave et fragile, pleine d'arpèges. Il mélange alors les langues, le français, l'anglais, le wolof ( sa langue natale ) et même le japonais, pour rendre cette lutte universelle et mieux parler de cette vie de tous les jours.

     Malheureusement je n'ai trouvé aucun lien pour écouter l'album, je vous propose donc le seul titre de celui-ci disponible sur youtube : El Hadj N'Diaye - Boor Yi, en espérant qu'il vous donne envie de le trouver dans une médiathèque, ou de l'acheter écouter la suite.


Etienne

vendredi 14 mars 2014

GRAND JEU / PART 3




« Je lui dirais les mots bleus, les mots qu’on 
dit avec les yeux »  


Un disque qui se passe de mots, et très bien, merci ! 


  Le choix d'Etienne :


Gonzales - Solo Piano ( 2004 )



     Premier des deux albums du même nom ( le deuxième étant sorti en 2012 ), ce projet constitue un tournant dans la carrière solo du québécois, qui gravitait alors dans le milieu rap / hip-hop, même si des airs de classique s'en échappe. Et c'est sous une forme originale, une performance seul au piano, entièrement acoustique, qu'il revient donc à ses origines artistiques, le classique. Ceci peut paraître ambitieux, ou même prétentieux, mais c'est en faite en toute simplicité et intimité que nous entrons dans le chef d'oeuvre du pianiste. On ne serait classer le style entre le classique, le jazz ou la pop, il est assurément unique et peut être comparé à celui d'Erik Satie. Voilà donc un album que l'on dévisage de nos oreilles, et où les mots sont vains. 

Etienne

Le choix d'Alexandre :

Air - The Virgin Suicides (2000)



  Je vous préviens tout de suite, ce disque est un de mes préférés tous genres confondus. Sans doute dans mon top 10, et probablement mon disque favori des années 2000. L'album, et j'assume à 200% ce que je dis, est un authentique chef-d'œuvre. Certains pourront lui préférer l'excellent "10.000 Hz Legend" dans la discographie du groupe, et ils auront au moins autant raison que moi, même si j'ai plutôt un gros faible pour celui-ci.

  La musique est tellement belle qu'elle ne s'encombre le plus souvent pas de mots. Evidemment, les plus pointilleux me diront que le premier morceau "Playground Love" est une vraie chanson pop, avec chant et paroles, même si l'intrumental est prédominant, et qu'il y a deux "monologues" insérés dans des morceaux (à la fin de "The Word Hurricane", et sur le dernier morceau, "Suicide Underground", avec voix pitchée dans les graves). Certes.

  En revanche, ce que personne ne pourra m'enlever, c'est qu'il n'y a pas de mots pour décrire tant de beauté. En terme de BO, c'est compliqué de faire mieux, on rivalise sérieusement avec des niveaux morriconiens ici, et c'est un très grand admirateur du maestro qui le dit. L'instrumentation est très riche, on a énormément de matière musicale, beaucoup de textures (guitares, orchestres, batterie, basse, claviers, saxophone parfois...). Et pourtant, le arrangements sont le plus souvent sobres, accentuant l'intensité dramatique de l'ensemble.

  Je m'en passe des extraits quasiment tous les jours, dans le train ou le tram, entre la fac et chez moi, et j'écoute l'album très régulièrement, il a tendance à me manquer rapidement. Un vrai disque de chevet, qui je l'espère, vous bouleversera autant que moi. Comme vous avez pu le constater, je ne sais vraiment quoi en dire, et à part vous faire partager mon ressenti, je suis bien incapable de trouver mes mots pour décrire la musique. Tout ce que je peux faire, c'est vous recommander l'écoute. Je n'en extrait pas de morceaux, tout est prenant, d'une qualité époustouflante, d'une sensibilité impressionnante.

  Et il n'est pas nécessaire d'avoir vu le (bon) film de Coppola avant, moi-même je ne l'ai vu que des années après avoir découvert le disque. De plus, cette BO y est sous-utilisée, à mon humble avis. Une BO qui n'a pas besoin d'images pour être géniale, donc. Et un des rares albums qui me fait monter les larmes aux yeux et me file des frissons partout, systématiquement, et ce du début à la fin, alors que je le connais par cœur depuis des années.  Comme en ce moment, alors que je le réécoute... Vous l'aurez compris, je pense, il me tient beaucoup à cœur celui-ci.

  Un petit mot pour la fin, vous imaginez si Gainsbourg était encore parmi nous, les chef d'œuvres qu'il aurait pu nous sortir avec ces deux Versaillais ?

Un peu de beauté à écouter sur deezer, ou sur spotify.



Alexandre







mercredi 12 mars 2014

GRAND JEU / PART 2

"There's too much too much" 

Un disque beaucoup trop compliqué, indigeste, ampoulé, il y a un peu trop de tout partout mais... c'est pour cela que vous l'aimez.


Le choix d'Etienne :


Thomas Brinkmann - Klick (1999)


     Je voudrais vous montrer quelque chose d’hallucinant, qui relève autant de la performance, au sens artistique du terme, que de la musique. Quelque chose de complètement expérimental, très conceptuel, tant dans le rendu que dans la recherche instrumentale sous jasent et fondamentale dans ce processus de création. Je vous le présente peut être même plus pour le procédé utilisé par l'artiste que pour la musique, qui n'en demeure pas moins de très bonne qualité, mais assez indigeste.


     


     Il s'agit d'un producteur allemand de techno minimaliste des 90's, très prolifique à la fin de cette décennie et fondateur du label Max Ernst, nommé Thomas Brinkmann. C'est ici un album sorti en décembre 1999. 

     La très grande singularité de cetartiste réside dans sa façon de créer de la musique. C'est à dire qu'il se sert de vinyles vierges comme instrument, qu'il va alors rayer avec un cuter pour créer des rythmes et les faire tourner sur de multiples platines simultanément. Il utilise ensuite une table de mixage pour donner des effets à ces "Klick", que l'ont pourrait même qualifier de "bruits". Thomas Brinkmann créer ainsi une musique sonnant Dub, à la Pan Sonic, pour son travail purement rythmique, dénué de mélodies, mais aussi techno minimaliste ( même le titre et le "nom" des morceaux en binaire en témoignent )  avec ces boucles répétées, bidouillées, trafiquées, rappelant Steve Reich . S'en dégage une atmosphère dense, stérile, impersonnel et froide, mais synchronisée la musique se révèle une poésie électronique en réptation, rappelant les expérimentations de Ryuichi Sakamoto et Alva Noto . Imprévisible et monotone ( aléatoire ?), gras et sec à la fois, simple et compliqué, hyper grave et ultra aiguë, les contrastes de la composition ne laissent pas indifférent et cela fait avancer d'une longueur la perception que l'on a des limites mouvantes de la musique.


Voici un live datant de 2010 qui rend beaucoup mieux compte que mes mots de la singularité de la composition :



Pour l'écoute je m’excuse mille fois mais le seul lien que je peux vous proposer est celui du label. Descendez dans la liste des album et cliquez sur album MP3 une fois que vous avez trouvé "Klick". Le problème étant que la lecture se coupe toutes les 45 secondes et que l'on est obligé de mettre play à chaque fois. Mais si vous avez le courage de l'écouter, il en vaut vraiment la peine. C'est ici : http://www.max-ernst.de/


Etienne

Le choix d'Alexandre :
 
 
OUTKAST - SPEAKERBOXXX / THE LOVE BELOW (2003)
 
 
 
  Je l'avais annoncé, ce Grand Jeu va être punk pour moi. Me voilà, à moins de 3h de la publication de cet article, en train de le taper en direct, alors qu'il y a une demie heure je pensais parler d'un tout autre album. D'ailleurs, je pense me mettre en danger de la sorte jusqu'à la fin, et choisir un album au dernier moment parmi ma présélection, ou en dehors comme pour ce soir, l'idée me plaît. Je ferais un récap de mes choix alternatifs en fin de jeu, comme la dernière fois, il y en a quelques uns qui me tiennent à cœur.
 
  Enfin bref, si j'ai changé au dernier moment, c'est parce que j'avais envie de varier un peu les genres musicaux, et vous faire découvrir d'autres choses. Et aussi parce que j'écoute cet album en boucle en ce moment. Je me suis fixé comme contraintes supplémentaires de ne vous parler que de disques publiés après 2000. Pas envie de faire dans le passéisme, ce dont on m'a parfois accusé à tort (y'a pas moins passéiste que moi), et puis j'ai plus de chance de faire découvrir des choses à certains sur ce terrain.
 
  Maintenant la longue (et pas trop lassante je l'espère) intro passée, parlons de la musique. Pourquoi "Too Much" ? Tout d'abord, comme cela est visible dans le titre, et sur la (les) pochette(s), ce disque est un double album. Je vois d'ici la plupart d'entre vous valider mon choix rien qu'avec cette phrase. Les doubles, c'est bien connu, ont souvent trop de titres plus faibles, et auraient été bien plus efficaces si ceux-ci avaient été amputés. Oui, mais c'est un peu plus compliqué que ça. Le Double Blanc serait-il le Double Blanc sans "Ob-La Di Ob-La Da" ? Peut-être, mais peut être que ce qui fait le charme des bons double albums, c'est à la fois l'éclectisme obligatoire, pour tenir sur la durée, et l'alternance de morceaux plus ou moins réussis. Ces petites imperfections qui font tout le génie de ces albums. Au-delà de la démarche mégalo, c'est une vraie mise à nu de l'artiste, qui est obligé de donner tout ce qu'il a, ce qui peut accoucher de vrais miracles. Dois-je mentionner Songs In The Key Of Life ?
 
  Bref, 2 disques, 2 pochettes, 39 pistes, entre 2h et 2h et demie de musique, des intros, skits et interludes par wagons.... (disques surremplis et interludes à outrance, les grands maux de pas mal de disques hiphop) Je suis dans le thème non ?
 
  Ceci dit, je dois vous prévenir : ce disque est absolument dingue. Publié en 2003, à la suite du chef-d'oeuvre Stankonia (un des meilleurs albums de la décennie), il porte les marques des tensions dans le duo. En effet, Big Boi et André 3000 font cd à part, chacun ayant une rondelle dont il est star et sur laquelle il contrôle tout. Ce qui n'empêche pas les compères de se rendre service sur leurs disques respectifs, manière plutôt très intelligente de gérer ce genre de situations. Et ça fonctionne.
 
  Disque 1 : Speakerboxxx, le disque de Big Boi. Le plus hiphop des deux, tout en tension, voire agressif parfois (mais dans le bon sens du terme), porté par le charisme et le flow incroyables de l'homme. Musicalement, on est une fois de plus émerveillés par les trouvailles du duo, qui naviguent sans aucune variation apparente de la cohésion du tout entre électro (rythmiques parfois presque jungle), hiphop, rnb, soul, funk, rock, jazz... Une tuerie, bluffante du début à la fin.
 
Meilleurs morceaux :
Ghetto Musick (hiphop électrofunk, avec rythmiques IDM)
Unhappy qui rend paradoxalement n'importe qui heureux instantanément.
Flip Flop Rock, avec Jay-Z et Killer Mike.
Mais franchement, un grand cd, malgré les quelques interludes qui suivant les écoutes, permettent l'immersion dans le disque, ou agacent.
 
  Disque 2 : The Love Below, le disque d'André 3000. Plus jazzy, plus pop, plus funk. Le disque qui amène les fans de rock, de jazz, de pop, vers Outkast et le hiphop. Disque très chargé sensuellement, on passe du romantique à l'explicitement sexuel au gré des envies d'André, qui comme Big Boi et son flow dingue, guide tout le cd de sa voix qui passe comme la musique du chant jazzy, à un électrofunk très Prince, à de la pop.... Il susurre, chante, rappe, crie, et on est en admiration devant tant de fougue si admirablement canalisée. Pour comprendre ce disque très varié, il faut l'écouter. Electro, rnb, gospel, jazz, soul, funk, hiphop, pop, rock, toujours au service de ces paroles outrageusement sexuelles. Ce disque est une leçon, vraiment impressionnant dans sa maîtrise et sa fusion de styles musicaux. On fait dans le moderne et le malin ici, je vous ai dit.
 
Meilleurs morceaux :
L'enchaînement Intro-Love Hater (jazz)
Spread (hiphop-jazz-électronique)
Prototype et She Lives In My Lap (ballades sous influence Prince)
Hey Ya ! et Roses (les énormes et irrésistibles tubes pop-hiphop)
Take Off Your Cool (ballade pop-folk avec Norah Jones)
Mais là encore, tout le cd vaut le tour.
 
  Pour résumer, on a là un (ou deux) disque(s) pas loin d'être aussi quintessentiels que le monument Stankonia, et qu'il faut découvrir d'urgence. Deux albums en un, qui se complètent admirablement, et montrent chacun de leur façon le génie de ce groupe, qui éclate ici au grand jour, dans cette surenchère de morceaux incroyables. Des chansons comme Hey Ya ! peuvent être la porte idéale d'entrée vers l'univers assez difficile à appréhender de ces deux-là, et je vous invite très chaudement à franchir le seuil, avec ce double ou avec le précédent album. Pour ceux qui n'ont pas peur de voir les clichés prémâchés qu'on leur sert sur le hiphop bouleversés par ce groupe pas comme les autres.
 
Je remercie les gens qui ont lu mon papier en entier, ainsi que les commentateurs. A dans deux jours !
 
Liens pour écouter tout ça : deezer et spotify
 
ALEXANDRE