Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

dimanche 25 octobre 2015

La Playlist #3 - Disco Punk

 
LA PLAYLIST #3
 
 
DISCO PUNK
 
 
  Bonjour à tous, et merci à vous de me lire malgré notre productivité quelque peu... disons aléatoire ces derniers mois. Mais vous savez ce que c'est, on n'a pas toujours le temps de faire ce que l'on veut.
 
  Je reviens donc sur le blog, avec  avec une série de playlists à thèmes. Le sujet de la première me vient de Jimmy Jimi de l'excellent blog Les Bruits Magiques que je vous invite à visiter d'urgence si vous êtes un mélomane (et que vous ne connaissez pas déjà.
 
 
Qu'est-ce que le Disco-Punk ?
 
  Je suis tombé sur une phrase dans sa chronique du dernier Richard Hawley (encore un disque absolument divin, le bonhomme est un tueur) "Combien d'albums de disco punk (rien que d’accoler ces deux mots me fait mal) avons-nous du subir ces dernières années ?"
 
  Question qui m'a turlupiné, moi qui apprécie certains artistes  régulièrement qualifiés de disco-punk.... Mais qui reconnais qu'on a subi un certain nombre de bouses assez mémorables (ou pas justement), classées aussi sous ce terme fourre-tout. Et qui ne regroupe pas que des trucs aussi caricaturaux que mon petit dessin d'illustration !
 
  La première chose à se demander c'est : qu'est-ce que le disco-punk ?
 
 
Des débuts difficiles : La campagne "Disco Sucks" 
affiliée aux amateurs de rock, punk... et aux intégristes religieux.
Souvent sur fond d'homophobie et de racisme...
 
 
Introduction & tentatives de définition(s)
 
On pourrait peut-être avancer une définition assez simple : une section rythmique inspirée du disco et sautillante voire dansante (on parle souvent aussi de dance punk), et des guitares tranchantes héritées du punk. Pas parfait, mais ça donne le point de départ.
 
  On va donc parler de deux approches contradictoires et complémentaires : on a d'un côté un aspect dansant appliqué à du rock / du punk, ce qui a tendance à rendre plus accessible un matériau de base plus agressif. Et d'un autre côté, on peut pervertir une musique dance au sens large (disco, électrofunk, électropop...) avec des aspects punks (guitares typiques mais aussi paroles, nihilisme, attitude, revendications, rythmes, production agressive...). Et tous les groupes dont on va parler se situent quelque part entre ces deux approches.
 
  Alors bien sûr, disco-punk c'est à la fois très vague et très précis, disons qu'on va parler au sens plus large de "dance-rock", de rock qui s'acoquine avec des musiques dansantes, ou l'inverse. Et ces définitions et classifications de groupes sont toutes personnelles, subjectives, contestables, et souvent inutiles.
  Dans le sens où, par définition, classer un artiste dans un genre musical.... ça sert à se repérer un peu mais c'est tout, c'est comme classer des chaussettes... Comment vous faites ? Par saison, taille, couleur, motif, préférence, ancienneté ? Le classement est par essence stupide et erroné, mais pratique pour donner quelques repères. C'est un prétexte à la discussion.
 
  Et pour que ce soit plus concret, je vais donner quelques exemples de ce qu'on pourrait appeler les origines du sous-genre, à dater de la fin des années 70 et de l'éclosion respective des 2 genres originels, et avancer chronologiquement jusqu'à nos jours.
 
 
Sparks
 
 
 
1) 75-77 : Le Glam rock, précurseur :
 
  Dès les années 50, le rock est une musique qui se danse avant tout. On voit après les excès du prog des années 70 un retour vers les rockers des années 50, le rockabilly, le cuir.... Mais aussi une musique beaucoup moins cérébrale et plus physique : le punk. Il n'est donc pas surprenant que les précurseurs du disco punk soient issus du glam rock, qui a préfiguré la vague punk. On peut prendre quelques exemples glam sautillants voire dansants comme :
 
 
 
 
Talking Heads 77
 
 
 
2) 77-79 : apogée du disco et du punk, première vague disco punk :
 
  Arrive ensuite la vague punk, tandis que du côté des musiques noires, la Philly Soul accouche du disco. Certains artistes, influencés d'un côté par le punk, de l'autre par le funk ou le disco, forment ce qu'on pourrait appeler une première vague disco punk :
 
 
 
  Ces artistes majeurs du punk et du post-punk utilisent des éléments du disco, du funk pour créer un hybride ayant à la fois  l'énergie, la folie et l'agressivité nihilisme de l'un, et la rythmique implacable et accrocheuse de l'autre. Rien de mieux pour faire passer un message fort que de l'enrober dans un emballage vendeur. C'est la recette imparable qu'ont notamment mis en œuvre les Gang Of Four, qu'on peut qualifier comme les parrains et principale référence esthétique du genre.
 
 
 
Gang Of Four - Entertainment ! l'album fondateur
 
 
 
3) 80 - 82 : Récupération du mouvement par la pop :
 
  Que ce soient les Stones en quête de renouveau, les Queen qui se retrouvent une identité nouvelle après le glam-rock, ou Bowie dans son processus créatif, beaucoup d'anciens des sixties et seventies adoptent des éléments disco-punk :
 
  Les punks se reconvertissant dans la new wave et la pop donnent aussi dans le genre, avec notamment le "Call Me" de Blondie qui est un bon marqueur du genre, côté pop plus que punk  :
 
 
  Pendant que des petits jeunes font leurs sauce dans leur coin en appliquant la bonne vieille recette à la grammaire post-punk :
 
 
  Et que la pop mainstream applique l'idée au hard FM :
 
 
 
 
Blondie - Call Me
Le groupe de pop issu du punk
produit par le roi du disco Moroder
 

 
 
4) 80 - 82 : Collisions Disco-Punk et Electro-Funk :
 
  N'omettons pas de parler des innovateurs de la black music qui ont croisé certains éléments disco-punk pour les croiser avec leur propre musique, pour des résultats souvent épatants et influents par la suite :
 
 
Si ça c'est pas une photo punk... (Prince)
 
 
 
 
5) 83 -90 : Electropop et dilution du mouvement :
 
  Le mouvement disco-punk se fait phagocyter par la pop et l'électropop / new wave notamment, et se dilue dans  ces mouvements progressivement. On oublie l'influence punk déjà bien diluée, et on n'en garde que quelques éléments sortis de leur contexte (dont le nihilisme et la noirceur pour certains), et on se concentre sur le côté dance. C'est un peu l'histoire du groupe New Order d'ailleurs :
 
 
 
New Order - The Perfect Kiss
 
 
 
 
6) 1990 - 2003 : Un début de renaissance :
 
  Les pionniers de Madchester et leurs héritiers de la britpop d'un côté reprennent l'idée de dance-rock avec une approche plus rock et moins électropop :
 
  De l'autre côté de l'Atlantique, l'indus combine des éléments issus du disco et de la new wave avec des éléments punk, dans approche originale :
 
 
  Et les scènes rave s'intéressent à la fois à des musiques plus extrêmes : rock, voire punk, et aussi au disco :
 
 
  Toutes ces démarches influencent le mainstream de façon importante, on peut citer par exemple :
 
 
  Le revival musical rock des années 70, s'enchaînant avec celui des années 80 et sous l'impulsion de ces scènes dance-rock permettent l'éclosion d'une seconde vague disco punk au début des années 2000.
 
 
The Rapture : Echoes, l'album phare
 
 
 
7) 2003 - 2004 : La seconde vague disco-punk :
 
  Les Gang Of Four étaient le groupe majeur de la première vague, les Rapture sont le groupe de la seconde, et leur album Echoes est le manifeste du genre, le Entertainment ! des années 2000.
 
 
Dans la même veine :
 
  On peut citer aussi Franz Ferdinant, grand héritier du post-punk sautillant et machine à danser et faire tomber les filles (et les garçons) :
 
 
 
Franz Ferdinand -Franz Ferdinand
 
 
 
8) 2004 - 2008 : Fractionnement du mouvement :
 
   Mais ces groupes se dissolvent ou changent de direction artistique, après avoir laissé un fort impact sur la pop de l'époque. On retrouve cette influence directe dans divers courants dance-rock. 
 
  Premièrement avec une approche plus électronique (DFA est un label clé du genre) :
 
  D'un autre côté on a toute une scène électro-rock psychédélique qui émerge sur ces cendres :
 
Of Montréal - Suffer For Fashion (2007) (même si ces derniers existaient avant les années 2000)
 
  On a des fidèles du genre original :
 
 
  Et des tarés géniaux qui s'en servent comme base pour déconstruire toute l'histoire de la pop et nous la resservir assaisonnée d'électronique façon Frankenstein cyborg :
 
 
 
Late Of The Pier - Fantasy Black Channel
 
 
 
9) 2004 - 2008 : Disco-punk maintream (et deuxième dilution dans la synthpop) :
 
  Plusieurs groupes à succès ont repris l'esthétique disco-punk en proposant une musique bien plus pop, et ont rencontré un succès commercial assez conséquent :
 
 
  Et le reviva eighties battant son plein, ces groupes à succès optèrent vite pour une musique plus synthpop. L'histoire se répète donc, et une nouvelle fois une forme de new wave à synthés avala tout cru un début de mouvement disco-punk.
 
Gossip
 
 
 
10) Depuis 2007 : Influences
 
  On note une certaine influence du mouvement sur de nombreux pans de la pop
 
  Sur une partie de la scène hiphop/rnb :
 
  Sur des groupes plus pop
 
 
  Ou plus rock :
 
  Ou bien encore plus électroniques :
 
 
Notons que beaucoup de groupes électro-rock ou électropop moins consensuels s'inspirent aussi de précurseurs issus du punk ou du post punk (Suicide, Soft Cell...).
 
  Et même chez des Français (c'est plutôt ténu quand même) :
 
  Et depuis, on ne compte plus les groupes influencés par une certaine forme de dance rock, piochant dans le disco, le punk, l'électro, la synthpop pour en ressortir des œuvres parfois grandioses :
 
 
La Femme
 
 
 
 
Conclusion
 
  Pour finir, on peut dire que le disco-punk.... Ben au final soit ça n'existe pas, soit ça n'est pas grand chose. Au sens strict quasiment aucun groupe ne combine les éléments des deux genres de façon parfaite. Il s'agit plutôt de gens qui se reconnaissent dans les esthétiques des deux musiques et en empruntent des éléments pour produire leur propre art, avec des proportions variables de chacune des deux.
 
  On peut donc tenter comme je viens de le faire de résumer ce terme un peu fourre-tout (et très marketing, il faut l'avouer) et ce qu'il englobe, et de faire un tour rapide des influences diverses exercées par ce mouvement qui n'en est pas un.
 
  Le disco-punk est un concept génial qui a donné des choses fabuleuses (Gang Of Four, Talking Heads, Rapture, Franz Ferdinand...) et beaucoup de rejetons abominables (insérerzle nom de votre choix ici et dans les commentaires).
 
  J'espère que cet article vous a plu, merci pour votre lecture !
N'hésitez pas à ajouter un commentaire sur votre ressenti par rapport au format ou au contenu de l'article.7
Merci beaucoup à tous les commentateurs, et à bientôt pour de nouvelles avantures.
 
 
Alexandre
 
 

mardi 2 juin 2015

David Bowie - A Better Future (Remix by Air)

Pochette de Heathen (David Bowie, 2002)
 
  Après vous avoir parlé d'une incursion réussie de Bowie dans l'électronique, permettez-moi de vous présenter une incursion de l'électronique dans Bowie.
  Blague à part, je vais vous parler du remix par Air de la chanson de David Bowie "A Better Future" sortie en 2002 sur l'album Heathen.
 
  Bon, je ne vais pas vous faire l'affront de vous présenter Bowie, génie absolu de la musique pop. Par contre, pour ceux qui sont passés à côté de Air, il vous faudra peut-être revenir sur vos écoutes. Car il s'agit bien d'un des groupes majeurs de ces 25 dernières années. Leur musique, entre Gainsbourg, ambient, électronique façon Kraftwerk ou de Roubaix et les orchestrations qui n'ont pas à rougir pas devant une BO de Morricone, est d'une richesse et d'une finesse inouïe.


Le groupe Air
 
  Air, alors au sommet après la sortie de chefs-d'œuvre comme Moon SafariVirgin Suicides et 10 000 Hz Legend, ont participé aux bonus de l'album Heathen de Bowie en le gratifiant d'un remix de leur cru. Autant le dire tout de suite, la version de Air est le meilleur bonus de ce disque (et sûrement un des meilleurs remixes que je connaisse) et, malgré toute mon admiration pour Bowie, explose largement l'originale. Cette dernière est une agréable chanson pop rythmée et parsemée d'électronique.
 
  Le remix, quand à lui, est intense. Sur un fond musical électronique, froid et clinique (inquiétant aussi) la voix de Bowie se fait plus grave, rehaussée par moments d'un vocodeur distillant là aussi très bien une atmosphère inquiétante. Les chœurs et la voix sont merveilleusement mis en valeur, l'ambiance est paranoïaque, on croirait la BO d'un film de SF en pleine dystopie. Alors que Bowie implore, se désespère, se lamente, la musique s'intensifie.
 
  Des moments d'accalmie surviennent quand une orchestration plus organique fait son apparition et permettent de dynamiser ce remix et de le propulser vers les sommets, jusqu'à un solo de guitare final au son typique de Air qui va achever ce remix en beauté.
 
Magnifique.
 
 
Merci pour votre lecture et vos commentaires et à bientôt !
 
Alex
 

lundi 1 juin 2015

David Bowie - Earthling (1997)



  Pour continuer sur ma lancée d’albums mésestimés par le public et/ou la critique, je vais m’attarder sur un des meilleurs Bowie post Let’s Dance, c'est-à-dire Earthling, sorti en 1997. Un des meilleurs car un sur lesquels le Bowie sera musicalement plus inventif que sur presque toutes les autres sorties discographiques depuis Scary Monsters jusqu’à présent.

  Pour cela, il suffit juste de mettre le disque et d’écouter la première chanson, « Little Wonder ». Et là vous vous rendez compte que Bowie fait de la jungle (pour les néophytes c’est un sous genre de musique électronique essentiellement britannique qui se base entre autres sur un rythme très agressif et à haut nombre de bpm. Ce que vous entendez en début de chanson en fait). De la jungle, décidemment Bowie est en plein dans son temps et a complètement embrassé les nineties électroniques.
 
Bowie et son look de l'époque

  Mais une objection peut rapidement venir. Premièrement, on peut dire que Bowie se contente alors de prendre le train en marche, alors qu’il nous a plutôt habitué à avoir dix ou vingt ans d’avance sur la muique de son époque. Cette démarche peut même être qualifiée d’opportunisme.  Ceci est presque faux pour plusieurs raisons, et je vais m’expliquer. Bowie a presque toujours su habilement marier l’avant gardisme parfois extrême de ses contemporains avec la pop la plus accessible voire la plus « commerciale » de l’époque. Il n’a pas non plus inventé le kraut, mais a su habilement en retirer des éléments pour quasiment créer le post punk (avec Eno et les autres), alors que le punk n’existait pas encore. Et c’est là que réside son génie, dans cette réappropriation d’une façon très personnelle de l’œuvre des autres.

  C’est exactement ce qu’il fait sur « Little Wonder ». En effet, il marie la (brit)pop la plus accrocheuse de l’époque avec les sons et les rythmes de la jungle et du big beat, de l’indus, des éléments de noise, et tout cela sur plus de 6 min composées d’une main de maître. L’architecture du morceau est du grand Bowie, et l’interprétation est parfaite. Ce morceau est un vrai chef-d’œuvre, peu de mariages entre pop, noise et électronique me semblent aussi réussis.

  Pour tout cela, ce morceau et l’album sont de grandes réussites. Bowie peut faire écouter de la pop aux plus extrémistes des fans d’électronique de l’époque et de l’électronique aux lads qui ne jurent que par le rock et la britpop.
 
Dossier de presse US de l'album
 

  Et l’album est à l’avenant de la petite merveille initiale. En effet, qu’on parle de la géniale « Looking For Satellites », midtempo entre Eno, Doors hallucinés, électronique et guitare démentielle, ou de «Battle For Britain (The Letter)», chanson plus rock et plus classique de Bowie sur un beat assez jungle aussi, on se retrouve avec des morceaux d’une qualité rarement égalée, et uniques sur le plan sonore. Encore une fois le mariage de la pop et de l’électronique de la composition à la mise en son est une vraie merveille. Et les idées d’arrangement son merveilleuses, comme le piano free à la fin de « Battle… ».

  « Seven Years In Tibet », downtempo redoutable, fait penser à un croisement entre Nine Inch Nails et ce que Damon Albarn fera cinq à dix ans plus tard avec Blur, en solo ou avec ses projets Gorillaz et world. Ces claviers, ce chant mélancolique, ce mariage de musiques traditionnelles, de pop de rock et d’électronique…  Encore un morceau parfait.
 
La tenue de la mythique pochette
 

  « Dead Man Walking » est, elle, partagée entre couplets franchement électroniques, refrains rock, avec ce piano free qui survole l’ensemble. C’est un excellent morceau, et même si il me touche moins que les quatre premiers, il dégage une énergie folle, avec ce beat irrésistible et ces chœurs diaboliques.

  « Telling Lies » est plus difficile d’accès, plus décousue en apparence et constituée d’un mur de son assez difficile à appréhender au début, et on peut considérer qu’avec « The Last Thing You Should Do », un peu dans la même veine avec un côté crooner pop en plus, elle fait partie de la partie la plus expérimentale de l’album. Moins attachantes car moins pop mais très intéressantes par leur aspect plus radical, ces chansons sont cependant plus bancales (on a du mal à suivre les morceaux, étant « composés » d’une façon moins classique). Mais ils constituent une excellente transition avant le très Nine Inch Nails « I’m Afraid Of Americans », très indus ainsi que sa suite « Law (Earthling On Fire) », assez inclassable entre indus, Bowie période Eno et rock vicieux.
 
Earthling en live
 
  Cet album possède une cohérence inattaquable (du son aux thématiques britanniques visible de la pochette l’album aux titres des chansons aux styles musicaux), de grands morceaux, un parti pris expérimental réussi de main de maître grâce à des compositions pop ayant complètement assimilé des décennies de musiques électroniques, world,…. Bref, on peut parler franchement de chef-d’œuvre. Bowie s’est trouvé une nouvelle incarnation pour ces années 90-2000, celle d’un musicien qui jongle habilement entre mainstream et underground, conscient de son héritage mais avec encore l’envie d’en découdre. Sa présence sur la scène pop, entre fantôme inévitable mais inaccessible et retours fracassants, sera à l’image de ce disque. Toujours singulière, toujours un peu en marge mais attirant toujours la lumière.

Fans de Bowie ou non, écoutez cet album qu’on ne cite pas assez souvent !
 
Verso de pochette & Tracklisting
 
Merci pour votre lecture et pour vos commentaires !
 
Alex
 

 

jeudi 28 mai 2015

Snoop Dogg - Bush (2015)


  Nous allons parler d'un disque tout beau tout frais, sorti ce mois-ci (mai 2015), et dont les auteurs vous sont peut-être familiers. En effet, il s'agit d'un disque de Snoop Dogg, produit par Pharrell Williams (et en partie avec l'aide de Chad Hugo, soit la moitié de Pharrell au sein des Neptunes).
  On note aussi la participation de Stevie Wonder à l'harmonica et aux chœurs notamment, de Charlie Wilson (ex-leader du Gap Band et chanteur de rnb, collaborateur entre autres de Kanye West), ainsi que les rappers TI, Kendrick Lamar et Rick Ross.
  Si j'ai passé autant de temps à vous parler du casting, c'est que c'est ce qui fait à la fois la force de cet album fort réussi, mais aussi sa faiblesse. Je m'explique. Snoop et Pharrell ont déjà collaboré par le passé. Notamment sur des titres comme Beautiful, Let's Get Blown, et Drop It Like It's Hot. Ces collaborations étant foncièrement très bonnes, on attendait depuis longtemps une éventuelle collaboration des deux hommes sur un format plus long.

  Cependant, entre temps les deux hommes ont vieilli, et peut-être un peu perdu en audace musicalement. Pharrell a trouvé sa zone de confort et n'en sort plus trop, ce qui est un immense gâchis même si le résultat reste à la hauteur. Snoop a tenté peut-être un peu trop de son côté, quitte à se fourvoyer dans des featurings très oubliables et des projets ratés et bâclés (le projet Snoop Lion avait du potentiel aurait pu être bon et non pas insipide avec plus d'application).

  Ce qui en ressort, c'est que ces deux hommes très expérimentés font ce qu'ils savent faire de mieux, et rien de plus. C'est bête à dire, mais on est là en présence d'un album de Snoop produit par Pharrell, et qui sonne exactement comme vous vous y attendez. Ce qui n'est pas une mauvaise chose en fois, l'album est bon, solide, cohérent. Manque juste une touche de folie, un peu de piment qui aurait pu venir d'une de prise de risque plus grande.

  Une fois qu'on a accepté cela, on peut se lancer sereinement dans une analyse plus précise du contenu de l'album.



   On commence par du très bon. "California Roll", une ode à la Californie qui porte à la fois la marque de Pharrell et de Stevie Wonder invité ici. Snoop est à la fois bien intégré et un peu exclu, ce qui est assez symptomatique de l'album en général. Il chante ici plus qu'il ne rappe, ce qui est aussi assez constant sur tout le LP. Le petit bémol c'est que sa voix est trafiquée (souvent de la même façon, ce qui diminue un peu l'efficacité et la variété du chant), et pas plus mise en avant que ça (il chante à peu près autant que Pharrell ici). On ne peut donc pas parler d'un morceau de Snoop Dogg ni même d'une collaboration, ça sonne vraiment comme un Pharrell avec Snoop invité dessus. Ceci dit, là encore ce n'est pas un problème en soi, c'est juste déstabilisant s'agissant quand même de l'album de Snoop.
  Ceci mis à part, cette chanson est excellente. Elle prend le temps de se développer, avec une ambiance laid-back très californienne, et correspond très bien aux qualités des différents protagonistes, qui transforment ce morceau de soul-funk downtempo en petit bijou. De façon assez maline, il sonne à la fois moderne (mise en son hiphop/rnb) et vintage (hommages aux maîtres du genre dans les sons utilisés, présence de Stevie Wonder). Un très très bon départ, et un des meilleurs morceaux du LP.
  Vient ensuite "This City", plus originale car très influencée par des sons house, et tirant le meilleur parti de sons "type TR-808", comme une bonne partie de l'album d'ailleurs. Un très bon morceau qui montre que malgré ce que j'ai annoncé plus tôt, il existe bien des moments plus créatifs sur cet album.
   En plus funk, mais un peu dans la même veine, se situe "R U A Freak", la chanson suivante. L'ambiance nocturne et cotonneuse est rendue à merveille, Snoop assure avec sa nonchalance habituelle si addictive et unique. Encore un très bon morceau.
 
  Vient ensuite "Awake", excellent petit single de funk autotuné. La basse de ce morceau est mortelle et porte le tout avec brio. Les chœurs et la production de Pharrell sont au top (guitares, rythmique, claviers...), et la voix de Snoop enveloppe le morceau et joue son rôle de lead à merveille.
  Puis viennent les deux énormes tubes du disque, "So Many Pros" et son clip entre pulp fiction et blaxploitation, très bien foutu, et "Peaches N Cream" et son clip... Très personnel. Dans une veine électro-funk rnb, et avec la complicité de Charlie Wilson, le duo parvient à égaler les sommets de l'indispensable projet 7 Days Of Funk (Snoopzilla & Dâm-Funk, 2013). Excellent cœur d'album.
 


  Puis vient le morceau "Edibles", avec T.I., qui s'avère très sympathique quoique moins consistante que les morceaux précédents. Petite baisse de régime. Confirmée par le rnb moins inspiré de "I Knew That" et "Run Away" là encore très agréables, avec d'excellents passages, et pleines de qualités, mais moins percutantes que le reste. 
  Et enfin, "I'm Ya Dogg", clou de l'album. On retourne à de l'électrofunk là encore plus proche du travail de Dâm-Funk pour 7 Days Of Funk. Le morceau est vraiment bon, il manque un petit grain de folie pour décoller totalement, mais les invités (Rick Ross et Kendrick Lamar), font le job avec talent et le morceau conclut très honorablement cet album très réussi.
 Pour conclure, l'album n'est pas un chef-d'oeuvre absolu, mais le fruit de la collaboration Calvin Broadus Jr - Pharrell Williams a accouché d'un disque très très réussi, habile synthèse de nostalgie seventies / eighties (clins d'œil à George Clinton & Co), et de modernité tubesque. Un des meilleurs de Snoop récemment, et une des meilleures choses qu'ait faites Pharrell ces derniers temps aussi. Bref, on très bon bilan et un disque qui mérite amplement de recevoir un succès à la fois public critique et commercial, et qui fera du bien sur vos platines, dans vos casques et sur les ondes cet été.
Tracklist & Featurings


Merci à tous pour votre lecture et vos commentaires, n'hésitez pas à donner votre ressenti sur l'album ou la chronique, et à bientôt !


Alex









dimanche 24 mai 2015

Sonic Youth - Computer Age (reprise de Neil Young)

 
 
 
 
  Cette reprise du Loner par Sonic Youth est sortie en 1989 sur l'album The Bridge - A Tribute To Neil Young, un hommage du rock indé de l'époque au patron (avec notamment les Flaming Lips, Dinosaur Jr, Pixies, Nick Cave, et Sonic Youth, donc)
  On peut la retrouver sur des compilations ou bootlegs du groupes et en bonus sur certaines éditions de Daydream Nation.
 
 
 
  Parlons de la chanson maintenant. Autant l'originale de Young est un classique électropop (cf ma chronique récente de Trans, l'album dont elle est issue sorti en 1982), autant Sonic Youth ont choisi de la revisiter de façon rock. Sans doute en partie pour réhabiliter soit la chanson, soit l'album. Car cette reprise montre bien les qualités intrinsèques de l'écriture et de la composition de Trans, si décrié à tort. Je pense que même si l'on n'adhère pas forcément à la forme, c'est à dire au parti pris électronique de la mise en son de l'originale, on ne peut que s'incliner devant la qualité du fond, la structure et la composition du morceau.
 
  En cela les Sonic Youth ont réalisé un travail de reprise remarquable. Tous les ingrédients sont réunis : un original méconnu ou mésestimé, un changement de style musical pour la reprise, une interprétation parfaite, énergique à souhait et surtout conforme à l'identité sonique du groupe. Bref, une reprise parfaite. Sauf si vous n'aimez pas Sonic Youth, mais là je ne peux plus rien pour vous !
 
Merci aux lecteurs/lectrices et aux personnes laissant des commentaires
 
 
 
Alex
 
 

mercredi 20 mai 2015

Neil Young - Trans (1982)

 

  Je vais dans cet article poursuivre la veine entamée par ma chronique de l'album McCartney II, à savoir essayer de vous convaincre de (re)tendre une oreille à un des disques les plus mal-aimés de leurs auteurs respectifs. Pourquoi ?
 
  Car selon moi, loin d'être une bouse inaudible, comme vous le vendront la plupart des chroniqueurs (rock surtout), cet album est en réalité une petite pépite dans la discographie du Loner, et grâce à ses différences stylistiques avec le reste de son œuvre, peut même vous offrir une porte d'entrée sur la musique de Neil Young si vous y êtes allergiques.
 
 
Neil Young en live dans la tournée qui suivit Trans
 
  Mais tout d'abord, un peu de contexte. En 1982, Neil Young n'est pas au zénith artistiquement, ses derniers albums sont loin d'être ses plus inspirés, et cela se ressent au niveau commercial. De plus, il apprend que son fils qui vient juste de naître souffre d'une paralysie cérébrale, pathologie dont souffre déjà son fils aîné, et qui cause de gros problèmes de communication entre eux. Sur le plan personnel aussi, le Loner n'aura jamais aussi bien porté son surnom.
 
  Toute cette détresse paternelle accouchera d'un album, Trans, dont le thème principal est justement l'impossibilité de communiquer.
 
  Mais ce qui rend cet album si unique, outre le thème, c'est l'orientation électronique donnée à l'ensemble. En effet, Young s'appuie ici sur des synthétiseurs, des vocodeurs, de la talk box et des ambiances plus futuristes et plus froides que par le passé. On pense notamment à la batterie, très métronomique, qui malgré un son clinique et inquiétant est parfois presque dansante. Cela ne vous étonnera pas de penser à Moroder, Kraftwerk, Yellow Magic Orchestra ou même à du disco ou des groupes de synthpop de l'époque, en écoutant cet album.
 
 
Neil Young, Trans, en live
 
  Car le Loner a tout compris de la pop commerciale de l'époque et en connaît tous les ressorts. Il se permet de ressortir tous les gimmicks accrocheurs permis par ses nouvelles machines, mais avec son sens de la mélodie et une mélancolie qui empêche tout débordement hors de la zone du bon goût.
 
  On commence avec un procédé très prisé des musiciens qui changent de style de façon assez radicale : la première chanson qui correspond exactement à ce que l'artiste en question faisait précédemment, et que le public attend. Pour montrer que oui, l'artiste sait encore le faire, mais veut passer autre chose, et faire la transition avec le reste de l'album. Un autre exemple de ce que j'avance ? Ecoutez la première chanson du The Age of Adz de Sufjan Stevens. Même démarche.
 
  Cette première chanson, c'est "Little Thing Called Love", country-rock très popisée, qui ne présage en rien de la suite, hormis un détail : les chœurs du morceau rappellent le travail de Jeff Lynne sur The Move et surtout Electric Light Orchestra, et si je cite ce nom c'est parce que soniquement on entend beaucoup de similarités entre Trans et certains passages plus synthétiques des albums d'ELO. La chanson en elle-même ? Souvent décrite comme guimauve, en réalité une merveille de pop avec un gros côté glam et des allusions folk/country.
 
  Mais même si elle permet une certaine transition, elle ne prépare pas au choc de la deuxième piste...
 
 
Verso de pochette
 
 
  Car on attaque en effet le cœur électropop de l'album. Avec son chef-d'oeuvre "Computer Age". Rythmique froide, synthé à la Kraftwerk, guitares rock sales avec un rôle surtout rythmique, voix vocoderisées... Ce morceau est une merveille, du niveau du meilleur de Moroder. Et cette ambiance de dystopie à la Blade Runner évoquée par la sympathique pochette du disque s'installe à merveille. Et est confirmée par le paranoïaque "We R In Control", avec son vocoder inquiétant préfigurant le Daft Punk de Human After All, ses sons robotiques, son rythme haletant et ses guitares sales et vicieuses.
 
  Puis, une éclaircie, avec "Transformer Man" ,petite pépite d'électropop qui préfigure pas mal de chose en électropop. Et qui là encore rappelle beaucoup et pour notre plus grand plaisir le meilleur d'ELO. Mélodiquement c'est parfait, et l'émotion est rehaussée par la mise en son électronique d'une grande justesse. Pop song moderne et parfaite, qui n'a absolument pas vieillie, et 2e chef d'œuvre de l'album.
 
  On a ensuite "Computer Cowboy", plus dans la veine de "We R In Control", et un peu en-dessous en niveau qualité tout en restant très honorable. Suivie d'un "Hold On To Your Love" plus pop et très sympathique, avec de magnifiques chœurs glam, des claviers très inspirés, et une guitare discrète mais essentielle. Un superbe morceau.
 
 
Neil Young & Nils Lofgren, en live (1982)

 

   Puis vient le morceau de bravoure très Daft Punk avant l'heure, "Sample & Hold". Il associe avec brio rock (noise) et électro sur plus de 8 minutes. Young aurait gagné à incorporer quelques éléments en plus histoire de rendre le morceau plus varié, surtout vu la durée du morceau, mais il fonctionne très bien tel quel tout de même, et ce minimalisme volontaire fait aussi sa force. 3e tour de force.
 
  "Mr Soul" garde de son prédécesseur le minimaliste et la guitare limite noise. Avec une approche de la composition beaucoup plus rock et concise. Et amorce le morceau final "Like An Inca", ou le retour à une écriture complètement folk/rock. Et très inspirée, ce morceau est digne de figurer sur les meilleurs albums de Neil Young. Plus de 9 minutes de maestria, et notre 4e chef d'œuvre. Sur 9 titres, pas mal hein ? D'autant que je n'ai recensé aucun déchet ni remplissage.
 
 
 
  Bref, vous l'aurez compris, cet album est selon moi (et cela n'engage que moi) un incontournable de la discographie du Loner et un incontournable si vous vous intéressez au rock à la pop ou aux musiques électroniques. A réécouter sans préjugés si vous l'avez détesté à l'époque ou plus tard en faisant l'erreur de le comparer aux autres disques de Neil Young alors que stylistiquement ce n'est absolument pas comparable.
 
  On ne va pas se mentir, Neil Young n'a pas non plus inventé l'électro avec cet album, mais il a composé une petite perle et a su intégrer à son écriture une modernité hallucinante non seulement pour l'époque mais aussi dans l'absolu (cet album a peu vieilli d'un point de vue son, il a même pris du cachet, et certaines idées annoncent pas mal de groupes a venir). Peut-être même que quelques rockers puristes trouveront là une ouverture vers tout un pan de la pop électronique qu'ils ignorent à tort.

En un mot : chef-d'oeuvre sous-estimé !

Et si vous ne me croyez pas, une version acoustique vous convaincra :
Mr Soul

Pour finir et pour saisir le côté visionnaire de la tournée qui suivit, voici quelques extraits live de la tournée Trans (1982-83) :
Transformer Man
Sample And Hold
Computer Age
 
 

Tracklist 

 

Side one

  1. "Little Thing Called Love" – 3:13
  2. "Computer Age" – 5:24
  3. "We R in Control" – 3:31
  4. "Transformer Man" – 3:23
  5. "Computer Cowboy (aka Syscrusher)" – 4:13

Side two

  1. "Hold On to Your Love" – 3:28
  2. "Sample and Hold" – 5:09 (CD - 8:03)
  3. "Mr. Soul" – 3:19
  4. "Like an Inca" – 8:08 (CD - 9:46)
 
LINE-UP
 
 
Neil Young – guitar, bass, Synclavier, electric piano, vocal, Sennheiser Vocoder
Nils Lofgren – guitar, piano, organ, electric piano, Synclavier, vocal, Sennheiser Vocoder
Ben Keith – pedal steel guitar, slide guitar, vocal
Bruce Palmer – bass
Ralph Molina – drums, vocal
Joe Lala – percussion, vocal
Frank Sampedro – guitar, stringman
Billy Talbot – bass

 
N'hésitez pas à donner votre retour sur cet album ou cette chronique en dessous. Merci beaucoup à vous pour la lecture et les commentaires, en espérant que cet article vous ait été utile et/ou agréable.
 
 
Alex