Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes
Affichage des articles dont le libellé est Baroque Pop. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Baroque Pop. Afficher tous les articles

mercredi 8 avril 2020

James Righton - The Performer (2020)

  Introduit par un single homonyme au son glam 70's, The Performer est un album de dandy rock, quelque part entre Bowie, Marc Bolan, Roxy Music, Scott Walker et Pulp, terrain récemment pas mal revisité par Arctic Monkeys, Richard Hawley, Sébastien Tellier, LA Priest, The Last Shadow Puppets ou Metronomy avec des approches différentes. Vous noterez pas mal de noms anglais parmi ceux-ci, et vous aurez bien raison puisque James Righton est l'ancien membre (et chanteur) de The Klaxons,  un des plus gros et des plus novateurs groupes de rock d'outre-Manche à avoir éclot à la fin des années 2000. D'ailleurs, le second album du groupe, le très très bon et injustement sous-coté Surfing The Void (2010) était très rock à sa façon, dans un style plus sombre, abrasif et psychédélique. 

James Righton - The Performer (Clip, 2019)

  Ce disque enchaîne les pépites pop-glam, comme le flamboyant "The Performer", le très frais et sophistiqué "See The Monster", et les bonbons de pop synthétique ("Edie", "Devil Is Loose", "Are You With Me?") et de sunshine pop ("Start"), tout en les entrecoupant d'interludes jazzy "Lessons In Dreamland Pt.1" et de douceurs comme "Heavy Heart" et "Lessons In Dreamland Pt.2".

James Righton - Edie (Clip, 2020)

  C'est un très beau premier album solo (après une BO sensible sortie l'an dernier), qui vaut vraiment le détour si vous êtes fan de pop anglaise sophistiquée, un peu baroque et bien arrangée.

Mes morceaux préférés : The Performer, Edie, See The Monster, Start


Alex


dimanche 29 décembre 2019

Sudan Archives - Athena (2019)


  J'avais repéré Sudan Archives sur ses premiers morceaux et EP très intéressants. J'étais intrigué par ce que sa musique pourrait donner sur un album entier. Premier bon signe, la signature Stones Throw, un des labels les plus intéressants en termes de pop (au sens large, car souvent proche du rnb, d'un funk cosmique et psychédélique, de la nu-soul, du jazz, de l'électro...) à la fois accessible et inventive. Et à l'écoute, les promesses sont exaucées. La voix et le violon de Brittney Parks sont à l'honneur, soutenus par une prod entre hip-hop, électro-pop indé et nu-soul, quelque part entre James Blake, Solange Knowles, Björk et Erykah Badu.

Sudan Archives - Confessions (Clip, 2019)

  L'album commence par quelques notes de cordes pincées, un beat martelé et des paroles déchirantes, chantées avec émotion et retenue ("Did You Know") , puis enchaîne avec le lumineux single "Confessions", chef-d'oeuvre de pop baroque modernisée, au texte là encore doux-amer magnifiquement servi par la voix et les arrangements subtils. "Down On Me" donne à entendre une chanteuse à la voix assurée, tandis que la production grandiose et très visuelle évoque de grands espaces. Le rythme chaloupé et les refrains psyché de "Iceland Moss" enchantent, tout comme le (G?)funk tranquille, nocturne et californien à la Dâm-Funk de la belle "Green Eyes". Sur "Glorious" et sa prod bouclant des violons aux sonorités mi-orientales, mi-traditionnelles, on croirait du Beyoncé produit par Timbaland (on a d'ailleurs un couplet rappé de D-Eight au milieu de la track).

Sudan Archives - Green Eyes (2019)

  Même si les morceaux qui ressortent aux premières écoutes sont éblouissants, ne vous laissez pas avoir, les deep cuts sont également très bonnes, et révèlent leur qualité avec les réécoutes. Comme "Black Vivaldi Sonata", et son instrumentale sensuelle, pesante et moite aux influences vaguement trap et grime, soutenant un chant ultra lascif. Ou la captivante "Coming Up". Ou sur le néo trip-hop de l'interlude "Stuck" et de "Honey", le rnb tranquille et rassembleur de "Limitless", ou bien la nu-soul psychédélique de "Pelicans In The Summer".

Sudan Archives, D-Eight - Glorious (Clip, 2019)

  C'est un album absolument remarquable, une grosse claque : un chant assuré et délicat, des textes profonds, des arrangements divins, modernes et assez uniques avec une belle place donnée au violon, et des morceaux mémorables à la production impeccable. A écouter absolument.

Mes morceaux préférés : Did You Know, Confessions, Green Eyes, Down On Me, Pelicans In The Summer


Alex

lundi 25 mars 2019

Le SuperHomard - Meadow Lane Park (2019)


  Ca commence comme un songe, quelque part entre le meilleur des BO de films italiens des 70's, des vieux Christophe ou Gainsbourg, avec la pop baroque, ensoleillée et continentale d'"In The Park", qui pourrait durer des heures sans que quiconque s'en plaigne. Mais dès la fin de ce titre, la synthpop posée de "Springtime" déboule, avec un petit côté fin des années 2000 façon Asteroids Galaxy Tour, Midnight Juggernauts, Chromatics, Melody's Echo Chamber, Brazilian Girls (références qu'on retrouve sur le magnifique et printanier single "Paper Girl") ou même Air dans la délicatesse avec laquelle le SuperHomard entrelace cordes, synthés/programmations, voix et instruments organiques ou électriques. On penserait presque à de la twee pop par instants, tandis que quelques secondes plus tard Lily Allen serait évoquée par une mélodie de synthé, les Floyd du début sur une mélodie vocale: vous l'aurez compris, c'est dense et c'est riche d'influences. 

Le SuperHomard - Springtime (Clip, 2019)

  Mais c'est qui d'ailleurs ce SuperHomard ? C'est avant tout le projet du musicien avignonnais Christophe Vaillant (Pony Taylor, The Strawberry Smell), qui joue de la plus grosse partie des instruments sur disque, avec néanmoins l'aide de son frère à la batterie et à la basse et de l'artiste Julie Big au chant. Vous avez d'ailleurs déjà pu croiser ce nom sur notre blog, puisqu'on avait beaucoup aimé leur précédent EP.

  Plus loin, c'est "Door After Door" qui rappelle le disque de Melody Prochet produit par Kevin Parker de Tame Impala, avec néanmoins là aussi un côté français voire européen (François de Roubaix, Sébastien Tellier, Morricone, plus marqué et une orchestration plus riche (audible également sur "Refuel" et "Back To Meadow Land"). Dans la même veine mi-rêveuse mi-cinématographique, avec toujours une exigence mélodique venue des 60's, "Karaoking" est également très belle, et se fond à merveille dans "Snowflakes", fusion absolument géniale de synthpop, de kraut/psyché, de musiques de films, de baroque pop, et de sons à la Gainsbourg, avec un sens du groove irrésistible. 

Le SuperHomard - Meadow Lane Park (2019)

  Les influences 80's sont admirablement intégrées à l'ensemble, et les incursions synthétiques et électroniques donnent une fraîcheur et une originalité à l'ensemble, comme sur le délicieux "Paper Girl" ou "Meadow Lane Park". Leur utilisation, en combinaison avec de vieux synthés 60's/70's, la fameuse basse "à la Gainsbourg" et les cordes, fait mouche. C'est pas si courant que ça, à part peut être chez Air, Tellier, Brazilian Girls et Asteroids Galaxy Tour justement. Et parfois, le côté synthpop est accentué, on entend un amour de New Order et Depeche Mode, mais aussi Go-Kart Mozart ou Magnetic Fields derrière des titres comme "Black Diamond" et surtout "SDVB".

  Et le chant magnifique fait également beaucoup pour ces morceaux, comme sur "Elefant in the Room" à la fragilité touchante proche du dernier très beau disque d'Halo Maud

  Peu importe par quel aspect on aborde ce disque, il est inévitable de dire que c'est un bonheur sonore absolu, divinement produit et d'une richesse et d'une subtilité rares dans les arrangements. Chaque minute regorge de petits détails sonores à découvrir à chaque écoute, et le tout sert des mélodies d'une évidence pop magnifique. Indiscutablement une grande réussite pop.

Mes morceaux préférés :  Paper Girl, Meadow Lane Park, SDVB, Snowflakes, In the Park, Springtime, Door After Door

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Alex


lundi 4 février 2019

Deerhunter - Why Hasn't Everything Already Disappeared ? (2019)


  Ce nouvel album, sorti chez 4AD, est très apaisé musicalement, et ce malgré son titre ambigu, est une vraie bonne surprise, de la baroque pop de "Death in Midsummer" et son clavier 60's, en passant par une pop psyché faisant référence aux Kinks ("No One's Sleeping"), jusqu'à une new wave planante façon Bowie période Low ("Greenpoint Gothic"). D'ailleurs, on entend cette dernière référence dans la new wave funky de "Plains", morceau génial. 

  Les pop songs parfaites s'enchaînent, chacune avec sa personnalité et sa petite touche musicale propre. On entend par exemple sur "Element" des cordes dramatiques presque glam accentuées par des guitares sèches très rythmiques comme chez T Rex, Bowie (cette fois-ci période Ziggy) ou Ty Segall. Ou alors juste avec un piano délicat boosté par une rythmique puissante et une mélodie britpop élégante ("What Happened To People"), pas si loin de papas british du rock indé comme Pulp. C'est un rock indé qui expérimente avec le classique contemporain, les répétitions de Terry Riley et la musique d'église qui fait l'intriguant et réconfortant morceau "Tarnung".

Deerhunter - Death In Midsummer (2019)

  On entend également un interlude mêlant un peu tout ça aux expérimentations orchestrales des derniers albums d'XTC et aux premiers Air ("Détournement"). Et plus loin, "Futurism" confirme l'influence énorme des Versaillais, et donne une version pas si éloignée que ça de leur branche de pop, qui rappelle aussi un Tame Impala en moins porté sur les effets sonores (on rappelle que Kevin Parker a été inspiré par Talkie Walkie du duo pour se lancer dans le projet Tame Impala). "Nocturne" va d'ailleurs encore un peu plus loin dans le psychédélisme touche à tout : à la fois synthétique, organique et  même presque orchestral, cette petite symphonie pop émerveille comme un bon Beach Boys, Animal Collective ou Wild Nothing

  Ce nouvel album de Deerhunter est donc vraiment une bonne surprise, une pop "classique" mais solide, prenante, dense et accrocheuse. S'ils sortent un truc de cette qualité à chaque fois, qu'ils prennent leur temps, ça vaut le coup !

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex

vendredi 23 novembre 2018

ARTHUR - Woof Woof (2018)


  Le malicieux ARTHUR, après nous avoir abreuvé d'EPs formidables et de singles géniaux, droppe enfin son album (sorti chez PLZ Make It Ruins). L'oeuvre est surprenante, un joyeux collage de bubblegum pop néo-60's ultra mélodique et jouissive ("Woof Woof"), un peu comme si Connan Mockasin jouait du yé-yé, et de néo-psychédélisme aussi libre qu'immédiatement mémorable ("Ivy League", tellement bonne qu'elle aurait pu être sur le dernier MGMT). Entre autres.

ARTHUR - Ivy League (Clip, 2018)

  Sa voix, souvent trafiquées, et ses petites astuces de production proches du collage sonore, donnent une forte identité à des morceaux qui s'inscrivent pourtant dans la lignée de Mockasin ("Where's Ur Eyes"), MGMT ou Foxygen ("Julie vs. Robot Julie", "Make it Easy"), (SANDY) Alex G ("Sweet Memory", "I've Seen It") ou un mélange de tout ça avec les Flaming Lips ("Food", "September Dark Planet"). 

ARTHUR - Woof Woof, Evil Me & God (2018, Clips)

  Des morceaux comme "I'm Too Good""Evil Me" ou "God" révèlent que le songwriting derrière ces pastilles pop est digne des compos les plus chiadées depuis les 60's (Brian Wilson, Paul McCartney, Sagittarius, Syd Barret, Andy Partridge, Sparklehorse...), et l'interprétation unique d'ARTHUR en fait des oeuvres totales. Le côté électronique de son approche est également très intéressante, montant quelques ponts avec l'IDM ("Snowbird") ou la synthpop (l'expérimentale "Twist""Wow F**k" au accents post-punk, ou "Finally I Will Know Myself", avec un petit côté italo 70's et sunshine pop également pour cette dernière).

ARTHUR - Julie vs. Robot Julie (2018)

  Cet OVNI total est une bénédiction pour la pop, à rapprocher des excellents disques de MGMT, Connan Mockasin et Jack Stauber de cette année pour leurs brillantes relectures du genre. La forte personnalité d'ARTHUR transcende des morceaux au songwriting impeccable et à la production audacieuse et fun. Un petit bijou.

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex


lundi 19 novembre 2018

Still Parade - Soon Enough (2018)


  Un clavier californien égrainant quelques accords et une basse tout aussi ensoleillée, des nappes mélancoliques puis un synthé lead jouant une petite mélodie sucrée, légèrement italo façon 70's, non vous n'êtes pas sur une bande issue d'une obscur session de Pet Sounds perdue au fil du temps, mais sur l'intro ("What Happened ?") du dernier Still Parade, nommé Soon Enough. La pop évidente des allemands nous avait déjà charmé il y a deux ans avec Concrete Vision, qu'on avait classé parmi nos albums préférés de 2016.

  Le mélange entre soft rock aux sonorités chaudes, pop baroque mélancolique et influences psychédéliques et électroniques (presque chillwave) sonne toujours juste et ne fait jamais redite, car il est utilisé pour sublimer des mélodies angéliques chantées par une voix d'ange, dans la lignée de Colin Blunstone des Zombies ("Soon Enough", "Circle Song"). Ce côté classic rock, un peu folk, avec de grosses basses, et cette voix blanche au chant les rapproche d'un autre groupe ayant charmé notre année 2016, Whitney ("As Long As") tandis que les morceaux aux inspirations venues de la sunshine pop californienne, du psychédélisme champêtre et des musiques de films italiennes des années 60-70 comme "Vitamin" les placent dans la lignée de groupes des années 60 comme les Beach Boys, Millenium, Sagittarius, ou plus récemment Dorian Pimpernel ou Klaus Johann Grobe. On a même parfois quelques petits marqueurs presque country, rappelant que le genre est à l'origine de quelques-uns des plus beaux chapitres de la pop (Gram Parsons, Dolly Parton, The Byrds...), et montrant la maîtrise totale du sujet Pop par le groupe.

Still Parade - Soon Enough (2018, Clip)

  Mais peu importe les marqueurs d'époque, des mélodies pures et évidentes comme celles de "Stranger" ou "Canyon" sont aussi intemporelles que du Elliott Smith ou du Todd Rundgren, et s'inscrivent dans une lignée de songwriters exigeants et sensibles venus du rock et de la pop indés (Tobias Jesso Jr, Andy Shauf, Drugdealer, les Lemon Twigs...). D'ailleurs on pense à ces derniers, ainsi qu'à Foxygen, sur "Portals", au songwriting plus oblique et sinueux mais gavé de passages mémorables.

  Malgré ces quelques références au passé glorieux de la musique populaire et ces parallèles avec son présent plus confidentiel mais tout aussi beau, on ne peut nier à Still Parade une forte identité sonore, tant dans le choix des sons utilisés que dans le soin apporté aux arrangements, le chant aidant évidemment beaucoup à caractériser leur musique. Le groupe arrive à gérer l'espace comme peu d'arrangeurs en sont capables, n'hésitant pas à utiliser le silence, à aérer certaines parties, et en ornementer davantage d'autres, pour donner à ces morceaux un relief appréciable ("The Gathering").

  Ce disque est une suite à la hauteur d'un Concrete Vision (2016), que je considère comme un classique personnel et un des plus beaux disques de ces dernières années, ce qui est en soi un petit prodige. Un magnifique album de pop aérée, mélodique et rêveuse, aux arrangements ciselés et à la beauté évidente.
A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex


mercredi 30 mai 2018

Cuco - Chiquito EP (2018)


  Le jeune californien Cuco est à deux doigts de casser la pop, avec son mélange ravageur entre Beach Boys, trap, cosmic funk et électronique, illustré sur des titres comme le single "CR-V" dont on a déjà parlé en bien, et "Lucy", où le rappeur J-Kwe$t vient lui prêter main forte entre deux nappes de synthé irréelles. Ce dernier revient sur la très Brian Wilson voire Animal Collective "Summer Time High Time"

Cuco - CR-V (2018)

  On sent également un gros côté rock indé, entre Weezer, Homeshake et Mac Demarco, avec de petites touches un peu space disco, un peu chillwave, et un peu French Touch dans les claviers ("Dontmakemefallinlove"). D'ailleurs ces claviers sont au centre de l'hispanophone "Mi Infinita", rappelant avec douceur les origines latino de Cuco

  La sunshine pop un peu psyché de "Sunnyside" est une merveille intemporelle, aussi bien écrite qu'un classique 60's et aussi bien mise en son que ce qui se fait de mieux dans le genre pop-rock synthétique (Tame Impala, Still Parade). 

Cuco - Sunnyside (Clip, 2018)

  Cet EP est l'un des trucs les plus frais et les plus excitants que vous trouverez au rayon pop cette année. Cuco écrit des chansons comme les plus grands et les produit avec un son d'une modernité totale, piochant partout des idées et les combinant naturellement en un style fluide et immédiat. Une merveille !

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Youtube

Alex


vendredi 25 mai 2018

Woody Murder Mystery - Lost In Beaucaire (2018)


  La pop anglophile de Baptiste Rougery, alias Woody Murder Mystery, enchante sur ce disque au sens mélodique aiguisé et à la mise en son parfaite, avec une production chaude et ronde mais pas passéiste. On pense tantôt aux Byrds, tantôt aux Beatles, un peu au premier album de Temples qui était dans la même démarche de réhabilitation d'une pop délicate, cotonneuse au songwriting exigeant avec lui-même ("Interlude", "Near The Dearest World", "White Guy"). Un autre cousinage musical peut être établi avec l'axe Melody's Echo Chamber - Tame Impala - Barbagallo à l'écoute de la pop ambitieuse de "Surface Lactée" et "When will you sleep ?", à la fois céleste et contemplative, proche de la terre et des grands espaces, et légère, aérienne.

Woody Murder Mystery - Interlude (2018)

  En plus des guitares cristallines, les divers claviers  aux textures classieuses ajoutent une touche sonore plus qu'appréciable, surtout sur les lumineux néo-sunshine pop "Lost in Beaucaire" et "Jeannie", aussi beaux que du Dorian Pimpernel et descendant en droite ligne de Sagittarius et des Beach Boys. Plus loin, c'est le chant féminin en français de "Jusqu'au Matin" qui est une lumineuse idée, accentuant parfaitement le côté séduisant et vénéneux de la chanson, dans la lignée du Velvet ou des Jesus & Mary Chain. Qu'on retrouve sur sa soeur anglophone "A1 Navigation" ou sur la très belle "Red Garden", empreinte de folk et de psychédélisme tranquille. 

  On penserait presque à Mac Demarco ou Real Estate sur l'interlude "Roses", tandis que le groupe arrive à surpasser Bertrand Burgalat sur son propre terrain pop sur le slow postmoderne de "La Première Fois"

  C'est un excellent album, belle sortie du très affuté label clermontois Freemount Records, que je vous recommande absolument.

Ecouter sur Bandcamp ou Deezer

Alex



mardi 15 mai 2018

Arctic Monkeys - Tranquility Base Hotel + Casino (2018)


  En voilà un qui divise. Après leur conquête des US grâce au rock de stade de l'inégal AM (2013), plutôt solide, doté de quelques singles alléchants mais un peu gras dans l'ensemble, le groupe a acquis une dimension internationale nouvelle, notamment outre-atlantique donc (Amérique du Sud comprise). Une tournée triomphale plus tard, ce groupe qui a toujours été "gros" en Europe se retrouve donc à sortir un disque immédiatement classé parmi les albums les plus attendus de l'année, une grosse pression que le groupe admet avoir ressentie, notamment le chanteur, guitariste et compositeur Alex Turner, qui a eu un "syndrome de la page blanche" en essayant de créer un "AM partie 2", puis en ne trouvant pas immédiatement de nouvelles directions après avoir réalisé que ce serait une impasse.  

  Pour trouver cette nouvelle décision, il a fait des choix radicaux. Premièrement, plus de chansons d'amour, thème dont il pense avoir fait le tour pour le moment, mais des textes narratifs, racontant des histoires situées dans un univers de science fiction dystopique, un hôtel/casino au luxe décadent, situé sur la Lune et réservé aux ultra-riches (concept inspiré par le cinéma et la littérature SF). Ces textes, très libres et directs, sont truffés de digressions aux accents personnels ou vaguement politiques dans une structure très peu rigide, ce qui amène Turner à comparer ces textes avec ceux du premier album des Monkeys. Ils ont également influencé le visuel du disque, avec une patine rétro-futuriste vintage, et le look du groupe façon rockstars décadentes, assez affreux mais adapté, belle preuve de second degré.

Arctic Monkeys

  Deuxième choix, des influences plus pop (Pet Sounds des Beach Boys), voire jazz, soft rock, glam, prog, soul vintage, pop orchestrale à la Scott Walker ou lounge. Matérialisée très concrètement dès la composition puisque pour la première fois, Turner a tout composé au piano plutôt qu'à la guitare. Le rendu est plus proche de l'autre groupe du chanteur, les Last Shadow Puppets, et notamment du charme vintage et chatoyant de leur dernier album, l'excellentissime Everything You've Come To Expect (2016). Autre particularité : cet album aurait pu être un disque solo de Turner au départ, mais ce dernier a fait écouter ses démos au autres Monkeys, qui ont jugé après une longue réflexion que ces chansons pouvaient être leur futur album, et ont donc été impliqués plus tardivement dans sa conception, ce qui peut là encore les rapprocher du travail des Beach Boys qui eux aussi découvraient en rentrant de tournée des œuvres quasi finies de Brian Wilson qu'ils allaient réinterpréter en groupe. Autre particularité, l'excellent batteur Matt Helders ayant moins à faire techniquement derrière ses fûts (même si son travail ici est une merveille de subtilité), il a également pris le nouveau rôle de claviériste, qu'il tient également à merveille.  

Alex Turner

  Et c'est avec la magnifique "Star Treatment" que cet album démarre. Les inspirations sont claires : easy listening 70's, sunshine pop sophistiquée (à la Sagittarius) soul aérienne tranquille (Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Minnie Riperton...), et vocalement, l'idole de toujours du groupe de Sheffield, le plus grand crooner de notre siècle, Richard Hawley. Le morceau est magnifique, le texte drôle, la production et le son gratifiants, un titre digne du plus smooth des Last Shadow Puppets en somme. Qui me permet d'introduire une constante de l'album : la basse d'O'Malley est un énoooorme point fort, son jeu est d'une justesse et d'une finesse peu communes. D'ailleurs, on sent musicalement que le groupe s'est éclaté sur ce morceau en particulier, et c'est très agréable. 


  La très pop "One Point Perspective" et son piano sautillant, très Brian Wilson, est également un gros point fort : la basse est énorme, et avec la guitare élégante de Cook, elles mettent en valeur la diction unique de Turner, dans un registre étonnamment rnb, avec un côté irréel presque Amy Winehouse. Dans un registre plus glam, proche de Bowie, avec un petit côté psychédélique, "American Sports" est également une réussite totale, prolongée dans l'esprit par la superbe "Tranquility Base Hotel & Casino", durant laquelle Turner expérimente de façon réussie avec son chant, lui donnant un côté blues blanc assez intéressant. Ce début d'album est un sans faute dans cette nouvelle direction.

  Pas aussi incroyable mais tout de même sympathique, le milieu d'album ne démérite pas, que ce soit "Golden Trunks", magnifiée par une guitare charismatique, le très Pet Sounds "The World's First Ever Monster Truck Front Flip", la psychédélique et instable "Science Fiction". C'est "Four Out Of Five" qui sort du lot, avec son côté Gainsbourg à la fois sombre et hyper accrocheur, et des légères touches de la flamboyance d'Iggy Pop vocalement, faisant écho au dernier album de ce dernier (Post Pop Depression, 2016) produit par le collaborateur régulier des Arctic Monkeys, Josh Homme.

Arctic Monkeys - Four Out Of Five (Live, Tonight Show, 2018)

  La fin de l'album est plus sombre, et assez mémorable, avec le glam noir et décadent de la plus que sympathique "She Looks Like Fun", le piano grandiloquent et les synthés rétrofuturistes syncopés, entre funk, blues et prog, de l'excellente "Batphone", et pour finir la ballade de crooner définitivement très Hawley et plutôt bonne, "The Ultracheese", pas très originale ni intense mais sympathique également.

  Pour conclure, c'est un album globalement très réussi, loin de ce qu'on a pu lire dans les commentaires d'une presse américaine ayant souvent découvert le groupe en 2013 et n'ayant rien compris aux Last Shadow Puppets, ou dans les avis de fans de rock qui voulaient les mêmes gros riffs d'AM encore et encore, et glorifient cet album qui pourtant est sûrement le moins bon du groupe (même s'il reste bon et que je l'aime bien globalement). La direction easy listening est étonnante pour le groupe, mais logique lorsqu'on connaît les autres projets de Turner en solo, à la production du disque d'Alexandra Savior, ou avec Miles Kane et les Puppets, et même en omettant cela, le côté crooner était finalement bien annoncé par les ballades du précédent album. Les influences soul font mouche grâce à des vocalises classes et une basse imparable, la coloration pop avec ses nombreux claviers et ses cordes apportent une densité sonore bienvenue, et la noirceur glam du piano et de la guitare achèvent de rendre ce disque bien intéressant. Et dire ça, c'est oublier que le chant de Turner ainsi que ses textes valent encore le détour. Alors certes, ce n'est probablement pas le meilleur disque des Arctic Monkeys, mais c'est une grande réussite, un virage pris avec talent, loin de ce qu'on a pu lire ici ou là. Mais faites vous votre avis par vous même (et donnez le nous en commentaire tant qu'à faire !), grâce aux liens d'écoute ci-dessous :

Ecouter sur Spotify ou Deezer

Bonne écoute, merci pour votre lecture et vos commentaires

Alex

samedi 31 mars 2018

Bishop Nehru - Elevators : Act I & II (2018)


  Le très jeune Bishop Nehru (21 ans), protégé du producteur vétéran MF DOOM, a voulu avec ce disque rap sortir un -je cite- "Pet Sounds hip-hop", faisant référence au chef-d'oeuvre de pop baroque, créative et délicate des Beach Boys. Et honnêtement, même si ça n'est pas du même niveau encore, les instrumentaux sont d'une vraie subtilité, avec une section vents complète sur "Driftin'", très bon morceau sur lequel Nehru pose un flow quelque part entre le néo-boom bap de Joey Bada$$ et le rap plus libre de Tyler, The Creator. On doit cette très bonne production à Kaytranada, qui a mis en musique la première moitié de l'album (l'"Act I : Ascension"), tandis que MF DOOM s'est chargé de la seconde ("Act II : Free Falling"). Ces deux parties, clairement annoncées et délimitées à l'écoute par un thème de synthé les reliant (faisant penser à une BO de Zelda d'ailleurs), se fondent plutôt bien l'une dans l'autre sans qu'on y perde en cohérence musicale. Ceci, grâce aux flows de Bishop ainsi qu'aux prods qui sont étonnamment old school pour un Kaytranada qu'on connait plus futuriste avec d'autres artistes ("No Idea", très bonne également).

Bishop Nehru & Kaytranada - Driftin' (2018)

  Concernant cette première partie, de nombreuses petites trouvailles sonores, comme la guitare et le piano de "The Game Of Life", viennent enrichir un son certes minimaliste mais détaillé. Les cocottes funky de "Get Away" satisferont les amateurs des Neptunes, et permettent de mettre en parallèle le travail de Bishop Nehru et ceux d'artistes comme Rejjie Snow, ayant mixé une électro-pop dansante à un rap funky et groovy sur Dear Annie cette année, ainsi qu'à la collaboration entre Gorillaz (dont l'album de 2017 se voulait très funky), et Vince Staples dont il emprunte un peu le flow ici. Seule "Up, up & Away" déçoit un peu dans cet acte 1, tournant en rond malgré un refrain rnb des plutôt bons Lion Babe et quelques bonnes idées musicales (les cordes pendant les refrains, les soli de guitare et claviers). 

Bishop Nehru & Kaytranada - Get Away (2018)

  L'acte 2, géré par MF Doom, est un poil plus old school, avec de bonnes basses 70's serpentant dans des instrumentaux psychédéliques ("Taserz.") ou psyché-funk (superbe "Potassium", grandiose "Rollercoasting", très cinématographique, presque Curtis Mayfield). Sur la superbe "Again & Again" des sons électroniques de cette époque bénie où la musique concrète (Pierre Henry...) rencontrait le psychédélisme (Fifty Foot Hose, The United States Of America...) et les premiers génies du synthé (Jean-Jacques Perrey, François de Roubaix...). Ce morceau rend vraiment hommage à l'ambition folle de l'album. Enfin, "Rooftops" convoque grâce à ses cuivres toute la Great Black Music, de Duke Elligton à J Dilla en passant par Stevie Wonder et James Brown. Si j'avais à choisir, j'ai une légère préférence pour cette seconde partie d'album, certes plus attendue, dans un style classique pour du MF DOOM, mais absolument impeccable de bout en bout.

Bishop Nehru & MF Doom - Rooftops (Clip, 2018)

  Bref, même si ça n'est pas le Pet Sounds du rap, cet Elevators : Act I & II est une vraie bonne claque, un excellent album de hip-hop, grâce aux productions des deux génies qui l'ont composé, mais aussi grâce à Bishop Nehru qui tient solidement sa baraque, avec dextérité, même s'il ne brille pas particulièrement techniquement. Très bon disque, inattendu à ce niveau-là de qualité même si l'artiste avait déjà prouvé sa valeur sur ses précédentes sorties. 


Alex

jeudi 29 mars 2018

Gwenno - Le Kov (2018)


  Gwenno est une artiste pop, connue pour avoir été la chanteuse du girls group The Pipettes. Et on en avait parlé ici, la particularité de ce disque, c'est qu'il est uniquement chanté en gallois et en cornique ou cornish en VO (langue de la Cornouailles), les langues qu'elle entendait durant toute son enfance. 

  L'autre particularité, c'est que c'est très beau. Sa musique fait souvent penser aux pops psychédélique et baroque des 60's, ainsi qu'à la variété orchestrale de Lee Hazlewood ou Scott Walker par exemple, mais revue au travers d'un filtre moderne, avec des ajouts synthétiques voire électroniques, un peu comme Stereolab, Portishead, Broadcast, Air, presque dream pop 90's-2000's, ou plus récemment Tame Impala, Sébastien Tellier ou The Last Shadow Puppets. Ainsi, la délicate "Hi a Skoellyas Liv a Dhagrow" commence doucement, portée par un piano fragile et par la voix délicate de Gwenno, et décolle grâce à de somptueux arrangements orchestraux soutenus par une rythmique intense. Le single "Tir Ha Mor" est excellent grâce à un juste dosage entre rythmique entêtante, mélodie mémorable et un vrai sens de l'espace audible dans les arrangements. Ce travail mélodique néo-60's, réminiscent des Pipettes, s'entend aussi sur "Eus Keus", mais comme distordu à travers une production aquatique que ne renieraient pas nos chouchous les Soft Hair.

Gwenno - Tir Ha Mor (Clip, 2018)

  L'album se permet même des respirations planantes comme "Herdhya", qui évoque une Björk qui aurait encore les pieds sur terre. "Jynn-amontya" est presque un slow psychédélique, faisant preuve d'une habile utilisation des dissonances, tandis que "Den Heb Taves" émeut avec un piano martelé comme chez Harry Nilsson.

  Musicalement, l'auditeur est gâté : c'est riche, c'est varié, c'est fait avec goût et subtilité. On entend même un boogie bluesy en trame de fond de "Daromes y'n Howl", chose peu habituelle dans la frange de la pop contemporaine ne faisant pas ouvertement dans le revival. Difficile de classer un morceau comme "Aremorika", même en évoquant sa filiation avec Air -surtout l'album Talkie Walkie qui a également beaucoup influencé Tame Impala- on est loin d'avoir fait le tour de ce grandiose morceau. D'ailleurs, ce morceau, ainsi que le mystérieux et très européen "Hunros", apportent un charme fou à la fin de l'album, clôt avec grâce par le délicat "Koweth Ker".

Gwenno - Eus Keus (Clip, 2018)

  C'est donc un album de pop légère, gracieuse et profonde que je vous recommande aujourd'hui, n'hésitez pas trop c'est du tout bon.

A écouter sur Deezer ou Spotify

Alex


dimanche 18 février 2018

MGMT - Little Dark Age (2018)


   Fun et sophistiqué, c'est la description qui colle le mieux à cet album. Fun, dès le premier morceau, synthpop entre Buggles, Yellow Magic Orchestra et psyché fun et électronique façon Flaming Lips période Yoshimi sur "She Works Out too Much". La voix de Cellars embellit ce morceau à la ligne de synthé-basse bondissante et japonisante dans son alliance de complexité jazz et de vitesse mécanique irréaliste façon jeux vidéo. Sophistiqué, sur le même morceau, car les nombreuses couches de clavier, les effets, le beat se percutent avec une grâce certaine et un sens du groove indéniable. Le mille-feuille rappelant presque le jazz fun, basé sur la basse, volontiers électronique et japonisant de Thundercat, surtout en fin de morceau lorsqu'un saxo mi-free mi-kitsch 80's s'invite sur la piste. 

MGMT - Little Dark Age (2017)

  On connaissait déjà les excellents singles "Little Dark Age", tube de synthpop gothique triste et euphorisant à la fois au lignes de syntéh inoubliables et au refrain libérateur, l'également très bon trip pop-folk psychédélique de "When You Die", réalisé avec l'aide d'Ariel Pink dont l'influence plane sur ce disque avec ce subtil alliage de second et de premier degré dans le traitement de musiques accessibles (pop 80's) et plus confidentielles (psychédélisme 60's). Et puis "Hand It Over", dont on vous a parlé dans le bilan de nos morceaux préférés de janvier, très jolie capsule temporelle nous renvoyant tout droit à l'époque de Congratulations (2010) et petit classique instantané très émouvant.  

MGMT - When You Die (2017)

  Et puis on a découvert le très bon "Me And Michael" juste avant la sortie du disque, réminiscence des sous-estimés rois de la pop 80's la plus flamboyante et dark à la fois, j'ai nommé les Pet Shop Boys. Mais ce single arrive à transcender sans problème son statut de pastiche en se payant le luxe d'être complètement hors du temps grâce à une mélodie inoubliable et un juste dosage des arrangements. 

MGMT - Me And Michael (2018)

  Il nous restait donc à découvrir la seconde partie du disque, qui se permet d'être plus expérimentale après ce déluge de singles. Et c'est "TSLAMP" pour "time spent looking at my phone" qui oscille entre Daft Punk, reggae/dub et musique synthétique post-80's inspirée par l'Afrique (Sébastien Tellier période Politics, Toto période "Africa", Paul Simon, etc...). Un bon petit morceau bien funky. Le côté dub est également bien exploité sur "Days That Got Away", avec là encore un traitement des filtres riche faisant sonner les synthés comme sur le Discovery des Daft, avec une touche psyché en plus et un petit côté africain (on ne serait pas étonné d'apprendre que le groupe a beaucoup écouté le génial Mammane Sani, king du synthé du Niger), et des voix proche de ce qu'on pourrait attendre de Bee Gees période disco sous champis. En parlant de ça, sur la grandiose "When You're Small" c'est le côté psyché qui prend le dessus, avec un retour aux influences premières du groupe : Flaming Lips, Syd Barrett, Dan Treacy, Beatles, Sagittarius, The United States Of America

  En revanche, on revient à la synthpop sous influence Ariel Pink avec "James", dont le traitement du chant rappelle Pink mais aussi les suiveurs d'Empire Of The Sun et dont la prod agréablement chill aux accents jazzy et psyché ravit. Equivalent slow de "Me And Michael", c'est une vraie réussite. 
  Sur "One Thing Left To Try", le déluge de synthés est également de retour, mais de façon plus théâtrale et baroque, quasi glam, entre Sébastien Tellier, Electric Light Orchestra, Empire Of The Sun, Niki & The Dove et Currents de Tame Impala.

  En bref, cet album est une sacré réussite, un gros kiff pour le fan absolu du groupe que je suis, mais qui pourrait également plaire à un grand nombre tant ces morceaux sont beaux et accessibles pour la plupart. 
A écouter absolument (sur Spotify ou Deezer).

Alex


samedi 3 février 2018

Ernesto Symphonic Ensemble - Insieme (2018)


  Le suisse Ernesto, de son vrai nom Ernst David Handgartner Krapf, a été formé à la musique par les chorales des églises dans lesquelles son père pasteur officiait, mais également par les raves. Il a fini par inclure des influences jazz et sud-américaines dans sa musique électronique, et a composé cet album sous l'influence de Ronnie D'Addario, à qui il est dédié. D'Addario est un excellent musicien de pop baroque et power pop officiant depuis 1976, dans la lignée de Brian Wilson et Big Star. Et il est également connu pour être le père des deux Lemon Twigs

Ronnie D'Addario - Love Stepped Out (1976)

  Le résultat est un album de pop baroque absolument génial, aux accents jazz, bossa, psyché, électronique, funk... d'une richesse inouïe et d'une composition impeccable qui n'a rien à envier aux cadors de la pop sixties. On entend parfois un côté franchement italien dans la composition délicate d'"Ermes Effron" par exemple, entre grands du easy listening 70's transalpin et traces d'Ennio Morricone. Et parfois, ce sont de petites touches assez françaises comme sur "Magic" qui rappellent Air (cette symbiose basse - batterie - claviers, ce vocoder, ces accords de piano...) ou "Neptune City Limits" avec un gros côté Gainsbourg et/ou Sébastien Tellier avec ces cordes synthétiques, son synthé complètement fou (devant aussi à De Roubaix et aux italiens), et surtout sa basse incroyable. On a une belle somme de tout ça sur "All The Things You Love", au clavecin délicieusement acide.

  Et puis il y les inclassables, comme le soft rock jazzy boosté à l'électrofunk qui compose "Farewell Street", qui sonne comme du Steely Dan produit par Dâm-Funk. On pense même à la BO d'un Zelda sur la conclusion de l'"Outro". Bref, un album très européen, mais pas que, et surtout une super belle claque musicale. Concis comme un classique sixties, et tout aussi bon, ce disque a tout pour plaire, alors foncez.


Alex


samedi 20 janvier 2018

MGMT - Hand It Over (Single, 2018)


  Aujourd'hui, on écoute "Hand It Over", magnifique pop song clôturant avec émotion le prochain album de MGMT, attendu très prochainement, et qui s'annonce excellent avec déjà deux autres singles éblouissants dont on vous a déjà parlé. Retour au son riche, chaud, de Congratulations, avec de petits claviers façon Beatles de la dernière période, une basse liquide impeccable, et une intensité crescendo appuyée par des choeurs déchirants. 
Superbe, encore une fois.

Alex



dimanche 5 novembre 2017

Rétro Pop & Soul 2017 : Dr Danny, Nick Hakim & Chicano Batman


Dr Danny - Lay It On Me Straight EP (2017)

  Vous connaissez peut-être Danny Ayala, alias Dr Danny, sans le savoir. En effet, celui-ci est le claviériste des illustres petits génies pop The Lemon Twigs et épaule les frères D'Addario en live. D'ailleurs on entend leur patte ici puisqu'ils ont joué de pas mal de choses ici et que l'écriture de Danny est pétrie des mêmes influences qu'eux. Et est toute aussi efficace, en témoigne le single "Nothing But Love", entre Beatles, Zombies et Beach Boys, classique pop instantané. On entend également les frérots sur "What If You Were With Me", une pop song rétro mais fraîche, faite avec goût et plaisir comme chez les MGMT de Congratulations.


Dr Danny - Nothing But Love (2017)

  La pop baroque et la sunshine pop font le sel de "Fly Me Back In Time", qui joue sur le second degré façon BO de film de lycée/fac à la Grease et use d'un synthé baveux bien comme il faut. Au passage, vous noterez que la pochette, le clip ci-dessus et son nom d'artiste indiquaient déjà un certain sens de la dérision. Mais les morceaux les plus foufous fonctionnent aussi à merveille, comme "Lay It On me Straight", qui groove comme du funk, est inspirée comme du Pink Floyd, change de direction comme du Foxygen, est malade comme du Eno reprenant Smiley Smile et truffée de synthés pouvant sortir d'une BO d'un jeu de PS1.

  Le projet dans son ensemble sonne donc comme une musique vivante, loin de la muséification ou de la redite. L'humour, les petites touches personnelles et l'envie l'emporte sur tous les a priori qui gangrènent parfois l'écoute des musiciens revivalistes. Un très bon EP pour Dr Danny, qui s'avère donc être un songwriter de qualité en plus d'un claviériste très doué. Un jeune homme à suivre absolument dans les années qui viennent.
Nick Hakim - Green Twins (2017)

  Avec plus de soul, mais toujours une ambiance psychédélique, Nick Hakim est lui aussi dans un créneau musical piochant allègrement dans l'oeuvre des grands anciens en la pervertissant à sa manière (comme MGMT ou Whitney). Par exemple, l'intro "Green Twins" sonne comme un vieux morceau de soul remixé façon trip-hop et rejoué par un groupe psyché porté sur la dub. Le morceau est plein de soul, richement arrangé et produit, interprété avec sensibilité... C'est un vrai bijou.

  "Bet She Looks Like You" revisite le blues et le répertoire de Stax comme Dan Auerbach le ferait s'il avait écouté plus de Lee Scratch Perry. Le côté "disque de mes idoles remixé avec plein d'écho, de delay et de réverb" est vraiment marqué sur "Miss Chew", qui pourrait être un remix d'un morceau des sessions de Smile des Beach Boys avec quand même la riche idée d'y adjoindre un aspect free jazz réjouissant. Le genre de partis pris qui donnent de la personnalité au disque, comme la rythmique tropicaliste de la barjot "Slowly" et ses divagations électroniques à la limite du tribal et de la musique concrète (entre Animal Collective et Pierre Henry, co-auteur du "Psyché Rock" auquel les petites cloches rendent un hommage discret mais bienvenu). D'ailleurs, la pochette va drôlement bien à ce son si particulier.


Nick Hakim - Roller Skates (2017)

  Ailleurs sur le disque, "Roller Skates", dans sa soul psychédélique, rappelle grandement les travaux d'Unknown Mortal Orchestra (surtout II, un peu Multi-Love) inspirés par Stevie Wonder, Sly Stone, Syd Barrett, les Beatles période Magical Mystery Tour et les techniques de production des années 70 à 90. On pourrait en dire de même pour "TYAF" en un peu plus rock. Du coup, ce mélange inédit des genres et des époques compense largement les influences assez audibles, de même que quelques morceaux plus volontiers modernes, comme "Needy Bees" et "Farmissplease" qui sonnent plus alt-rnb dans la voix, ou "Cuffed" dont la prod électro-pop pioche davantage dans les répertoires plus contemporains de Air ou Tame Impala


Nick Hakim - Cuffed (2017)

  Et puis parfois c'est inclassable, comme "Those Days" avec ses claviers merveilleux, ses voix cotonneuses, sa rythmique insaisissable et encore une fois cet apport jazz salvateur. Ou encore "The Want", entre Shuggie Otis, Smiley Smile, Scientist et Massive Attack. Ou même sur le post-punk industriel et psychédélique post-Animal Collective de la conclusion "JP".

  Pour résumer tout ça en une phrase : vous n'avez jamais entendu ce disque. Malgré des proximités artistiques évidentes, le mélange des idées et la vision personnelle de Hakim sont assez forts pour l'emporter sur tout ça, et aboutir à un disque solide, dont les qualités d'écriture récompenseront les auditeurs capables d'endurer une prod souvent touffue et exigeante.
Et vous pouvez écouter tout ça par là.

  Et pour une petite expérience live, vous pouvez réécouter son set au Picthfork Festival 2017 là.






Chicano Batman - Freedom Is Free (2017)

  Pour terminer, un authentique album de soul-rock des grands espaces, celui des californiens de Chicano Batman. Ils savent convier en même temps les guitar hero, les hippies et les funkateers comme sur la superbe "Passed You By", véritable nouveau Woodstock à elle toute seule. A partir de là, tout va s'enchaîner avec une fluidité totale, de la pop post-Sam Cooke de "Friendship (Is A Small Boat In The Storm)" à la pop psychédélique brianwilsonesque de "Area C" en passant par le néo-Who (période mod) croisé avec Curtis Mayfield de "Angel Child" ou la soul jazzy et funky quasi afrobeat de "Right Off The Back".


Chicano Batman - Friendship (Is A Boat In The Storm) (2017)

  Avec comme quasi tube "Freedom Is Free", qui devrait passer sur toutes les radios ayant un DJ compétent. Son énergie fun et communicative est présente également sur l'hispanophone "Flecha Al Sol". Et cette joie, cette célébration folle des musiques populaires (visible sur la pochette) est agréable de bout en bout car aérée par des moments de douceur purs comme le blues-pop de "Jealousy" ou l'interlude psyché-pop "La Jura (Preluda)" qui introduit la superbe "La Jura", une des meilleures chansons du disque, chantée en espagnole. Et souvent, c'est au coeur du même morceau qu'on passe d'une musique apaisée à un rythme funk appelant aux déhanchés, en passant par des passages soul-rock spirituels ("Run", "The Taker Story").


Chicano Batman - Freedom Is Free (2017)

  Un album très vivant, organique, festif et profond à la fois, à écouter absolument. Par ici par exemple.

Pour en savoir plus sur le groupe, un live dans la super émission Tiny Desk Concert et un autre sur la géniale radio KEXP :


Chicano Batman - Tiny Desk Concert 2017

Chicano Batman - Live KEXP 2017

Bonnes écoutes à tous !

Alex