Les aventures musicales de deux potes

Les aventures musicales de deux potes

samedi 1 décembre 2018

Le Bilan du mois : Novembre 2018


  La fin d'année approche, les jours raccourcissent, la température descend, l'humidité augmente, et les sorties se multiplient. A tel point qu'on va faire le bilan de novembre sans prendre en compte quelques disques sortis ce mois-ci, soit parce qu'ils paraîtront trop tard, soit parce qu'on n'a pas encore eu le temps de les digérer. Et également parce qu'à l'instar d'un sandwich à la tartiflette, ce Bilan du Mois bien chargé vous demandera un petit temps de digestion tant les sorties géniales s'y sont multipliées.
Bonne écoute à vous !

L'ALBUM DU MOIS



ARTHUR - Woof Woof
UK/USA
Pop, Psychédélisme, Synthpop, Baroque/Sunshine Pop, Rock Indé 
  Le malicieux ARTHUR, après nous avoir abreuvé d'EPs formidables et de singles géniaux, droppe enfin son album (sorti chez PLZ Make It Ruins). L'oeuvre est surprenante, un joyeux collage de bubblegum pop néo-60's ultra mélodique et jouissive, de néo-psychédélisme aussi libre qu'immédiatement mémorable, d'électronique barrée, et de folk lo-fi, entre autres. Cet OVNI total est une bénédiction pour la pop, à rapprocher des excellents disques de MGMT, Connan Mockasin et Jack Stauber de cette année pour leurs brillantes relectures du genre. La forte personnalité d'ARTHUR transcende des morceaux au songwriting impeccable et à la production audacieuse et fun. Un petit bijou.
Mes morceaux préférés : Woof Woof, Ivy League, Julie vs. Robot Julie, I'm Too Good, Evil Me, God
A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp


L'EP DU MOIS

Aphex Twin - Collapse EP
Royaume-Uni
Electronique, IDM, House, Electrofunk
  Avec cet EP apaisé, Aphex Twin se montre sous un jour plus que favorable : assagi par les années, il se place dans l'histoire des musiques électroniques en évoquant la house 80's à peine sortie de l'électrofunk, toute en mélodie et en groove, l'acid ou la deep house, et en y injectant des breaks IDM fous et technoïdes et de magnifiques harmonies rappelant le plus beau de sa période ambient. Un gros boulot qui se découvre plus qu'il ne se décrit.
Mes morceaux préférés : T69 Collapse, phtex
Ecouter sur Spotify ou Deezer


LE MORCEAU DU MOIS

Earl Sweatshirt - Nowhere2go
USA
Hip-Hop, Electronique, Soul/Funk
  Le beat, complètement déglingué mais immersif, est un grand moment d'expérimentation hip-hop, tandis que le flow désabusé et misanthrope d'Earl fait plus que sa part pour propulser le morceau parmi ses classiques, qui comportent déjà un paquet de coups de génie. On reparlera de l'album le mois prochain si tout est de cette tenue !





BILAN ALBUMS

***On a adoré :

Still Parade - Soon Enough
Allemagne
Pop, Sunshine/Baroque Pop, Synthpop, Psychédélisme, Folk
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  Ce disque est une suite à la hauteur d'un Concrete Vision (2016), que je considère comme un classique personnel et un des plus beaux disques de ces dernières années, ce qui est en soi un petit prodige. Un magnifique album de pop aérée, mélodique et rêveuse, aux arrangements ciselés et à la beauté évidente.
Mes morceaux préférés : Soon Enough, Circle Song, As Long As, Vitamin, Stranger, Canyon
A écouter sur Spotify ou Deezer


Alpha Wann - Une Main Lave L'Autre
France
Rap, Hip-Hop, Pop, Trap
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  Le disque dans son ensemble est un gros coup de pied dans la fourmilière du rap francophone, une vraie déclaration artistiques au mérite certain, entre fond profond et bosse, flows agiles à l'humour décapant, et prods à tomber. Ses forces : une oreille musicale affûtée qui lui permet de choisir des prods fraîches, lui permettant de poser avec swag son flow à la fois old school dans son envie de perfectionnisme et de technique et moderne dans son agilité et son énergie. Un classique instantané qui hisse Alpha Wann parmis les plus grands noms du rap de chez nous.
Mes morceaux préférés : Starsky & Hutch, Stupéfiant et Noir, Le Piège, Ca va ensemble, Cascade - remix, La Lumière dans le noir...
A écouter sur Spotify ou Deezer


Vaudou Game - Otodi 
Togo, France
Funk, Afrobeat, Rock, Pop, Disco
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   Peter Solo, leader de Vaudou Game, a cherché à rendre hommage à ses idoles musicales sur ce disque, sur lequel on entend un savant mélange de décharges rythmiques façon James Brown et de groove façon Fela Kuti, via une autre légende, son oncle Roger Damawuzan, "le James Brown de Lomé", vétéran du funk togolais ayant par le passé chanté avec Les As Du Bénin (et avec Vaudou Game également), et présent ici sur deux titres (la fantastique "Not Guilty", la géniale "Something Is Wrong"). Otodi est une formidable détonation musicale, probablement le meilleur disque funk de l'année, et tout depuis les compositions jusqu'à l'interprétation nerveuse en passant par le son impeccable transpire l'amour de la musique et donne à cet album des allures de classique intemporel.
Mes morceaux préférés : Tata Fatiguée, Not Guilty, Something Is Wrong, Anniversaire, Pas La Peine
A écouter sur Spotify ou Deezer


SCH - JVLIVS
France
Rap Français, Hip-Hop, Rnb, Pop, Musique de films
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  Ce disque est dense, un poil exigeant (il demande quelques écoutes avant de bien rentrer dedans), mais il récompense vite l'auditeur persévérant. Son délire cinématographique servant de prétexte à une musique recherchée et surtout à des textes incisifs et profonds, reflets de la maturité nouvelle de SCH et centrés autour de l'héritage et de la relation père - fils. Un très grand disque de rap français, dont le succès public et critique est mérité. Ça va être dur de faire aussi bien pour les deux suites annoncées. A suivre...
Mes morceaux préférés : VNTM, Pharmacie, Le Code, Tokarev, Otto, Skydweller, les interludes
A écouter sur Spotify ou Deezer


EYEDRESS - Sensitive G
Philippines
Pop, Post-Punk, Rock Indé, Psyché, Goth, Shoegaze, Synthpop, Folk
Lien vers la chronique
  EYEDRESS utilise les référents du post-punk et de la pop indé comme tremplins pour exprimer sa créativité unique, et maîtrise ces genres (et bien plus encore) à la perfection, les assaisonnant de goth, de shoegaze, de synthpop, de folk, de psychédélisme, et j'en passe, pour en ressortir des morceaux concis, immédiats et beaux, sans toutefois faire de concessions sur son son, brut et minimaliste, presque tranchant. Un grand disque. 
Mes morceaux préférés : Ancient Love, Alone Time, Toxic Masculinity, No Fun, Xenophobic, No Love in the City
Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp


Sealings - Scum / The Sound Of Music 
Royaume-Uni
Post-Punk, Goth, Indus, Rock Indé, Psyché, Psychobilly, Synthpop
  Après I'm A Bastard (2015), que j'avais adoré (et même classé parmi mes albums préférés de l'année), les anglais Sealings reviennent avec la même intensité sur cet album qui se révèle largement à la hauteur de son pourtant parfait prédécesseur. Guitares bruitistes, basse grondante, boîtes à rythme, bruit blanc, chant d'outre tombe, post-punk, rock gothique, soupçons de glam dévoyés, indus sans concessions : ce cocktail sombre est magnifié par un génie de la dramaturgie certain et par un sens des gimmicks obsédants incontestable. Dans sa construction, ses sonorités noires, intransigeantes et fidèles à l'esprit post punk/gothique/indus du groupe, ou son exécution vigoureuse, la musique de Sealings est toujours excellente.
Mes morceaux préférés : Sports, Having A Dream




**On a beaucoup aimé :

Paint - Paint
Canada
Rock, Pop, Lo-Fi, Psyché
  Un bon petit disque de pop-rock déviante à l'ancienne, quelque part entre les Rolling Stones période Brian Jones, Beatles, le Velvet UndergroundAriel Pink et Syd Barrett. Très élégant dans sa compo et son exécution, c'est un album qui s'incruste progressivement entre vos oreilles pour ne plus s'en décoller. 
Mon morceau préféré : Plastic Dreams 
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J Fernandez - Occasional Din
Pop, Rock indé
  Un bon petit disque d'art pop, quelque part entre rêveries sixties, rock barré façon John Cale et folie post-punk à la XTC, soit un beau pedigree qui donne un résultat convaincant. Un poil sage et scolaire, mais au-delà de ça, c'est une impeccable collection de bonbons pop qui rappelle quelques autres belles réussites récentes (Temples...).
Mes morceaux préférés : Volcanic Winter, Don't Need Anything

Marco McKinnis - Underground
Rnb, Pop indé, Soul, Gospel, Folk, Electro-Pop, Easy Listening, Adult Contemporary
  Si vous aimez Miguel et Frank Ocean, jetez une oreille sur ce disque de pop crépusculaire, indé, nimbée de rnb, de folk et d'une ambiance gothique prenante. 
Mes morceaux préférés : Silence, CPR

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Gilberto Gil - OK OK OK
Brésil - Bossa Nova, Pop, Jazz, Funk, Soul, Rock, Blues, Folk
  Un bel album, de la part d'un aîné comme Gil, c'est toujours une très bonne chose. Ca n'est très probablement pas son meilleurs, mais il est très, très bon du début à la fin, groove bien, est varié et accrocheur tout en étant fidèle à la subtilité de sa musique, c'est vraiment du bel artisanat. 
Mes morceaux préférés : Na Real, Sereno, Yamandu

Anderson .Paak - Oxnard
USA - Funk, Hip-Hop, Soul, Rnb, Pop
  Ce n'est pas tout à fait l'excellence de ses deux derniers projets, Venice (2014) et Malibu (2016), mais le chanteur nous offre cependant un disque costaud, au casting incroyable et tout à fait agréable à l'écoute. Il ne manque que deux choses pour sur cet album: une petite étincelle d'imagination et une envie folle, celle qui remplissant de fun et de joie ses précédents projets. Pas très grave, je préfère un disque blockbuster en hommage à l'histoire du funk californien un peu plat mais très personnel qu'une grosse bouse radiophonique. Donnons du temps à Anderson .Paak pour digérer sa gloire nouvelle et les moyens immenses qui sont mis à sa disposition, lui qui est parti de rien et a galéré des année, et en attendant apprécions Oxnard pour ce qu'il est : un solide disque de transition. 
Mes morceaux préférés : The Chase, Tints, Saviers Road, Smile/Petty, Mansa Mura



*On a apprécié :

Audiobooks - Now! (In A Minute)
Synthpop, Pop Indé, Rock Indé, Rnb, Electroclash
  Ce duo est complètement barré. Hésitant entre pop autotunée, rock indé, synthpop, electroclash et art-rock, il finit par tout faire en même temps, et c'est très chouette.
Mes morceaux préférés : It Get Be So Swansea, Hot Salt

Dipset - Diplomatic Ties
USA - Rap, Hip-Hop
  Grosse claque pour ce retour de The Diplomats, avec notamment un "Dipset Forever" reprenant Queen d'anthologie. 
Mes morceaux préférés : Dipset Forever, On God

Lil Peep - Come Over When You're Sober Pt2
USA/Suède - Emo, Trap, Pop, Rock Indé, Hip-Hop
  Je connaissais mal Lil Peep avant son décès, appréciant l'idée de ce qu'il essayait de faire (injecter un esprit grunge DIY dans la trap) plus que les morceaux en eux-mêmes (j'ai jamais trop aimé l'emo), et je reste globalement de cet avis. Mais cependant, je dois reconnaître que sur ce disque au moins (et là encore je répète que je ne connais pas encore ses premières mixtapes qui sont sensées être bien), même les trucs que j'aime moins sont intéressants et catchy, et qu'il y a là quelques chansons que j'aime même sans réserve (celles listées ci-dessous, plutôt les singles). Plutôt une bonne surprise sachant que je n'en attendais rien et que ce disque est posthume.
Mes morceaux préférés : Cry Alone, Life Is Beautiful, Sunlight On Your Skin

Ed Banger - Ed Banger 15
France - Classique, Electronique, French Touch, House, Electro-Pop
  C'est une idée un peu barrée, mais réussie : faire jouer à un orchestre symphonique quelques-uns des tubes les plus marquants du label Ed Banger, connu pour sa French Touch éclectique mais rassembleuse. ll y a de belles réussites parmi ces réinterprétations, et si vous êtres amateurs de Justice, Breakbot, Mr Oizo, Cassius ou SebastiAn, c'est un régal. 
Mes morceaux préférés : Baby I'm Yours, Intra/Tricyle Express, Hand In The Fire, le medley Justice
Ecouter sur Spotify




BILAN EPs :

***On a adoré :

Vince Staples - FM!
USA
Rap, Hip-Hop, Rnb, Soul/Gospel, Pop
  C'est une mixtape d'une qualité inespérée pour une mise en bouche avant le prochain long format de Vince Staples, un mini-album conceptuel très réussi tant sur le fond (les textes acérés) que la forme (le format radio), qui se sert habilement du contraste entre l'image ensoleillée de la Californie et la misère qui hante certains coins comme Long Beach pour disséquer habilement et subtilement la vie de ses habitants. Ce qui est illustré à merveille par un rap sec posé sur les prods de Kenny Beats mettant l'accent sur la rythmique, contrebalancé par quelques incursions rnb ou plus radiophoniques (Ty Dolla Sign, Kehlani, Tyga...) Encore un sans faute pour un rappeur à la discographie parfaite, qui n'augure que du bon pour la suite. 
Mes morceaux préférés : Feels Like Summer, FUN!, Relay, Tweakin, Run The Bands, Outside!
A écouter sur Spotify ou Deezer

ALLBLACK/Kenny Beats - 2 Minutes Drills
USA
Rap, Hip-Hop, Electrofunk
  Un collection de beats qui claquent fort, de flows au feeling bien West Coast façon YG, cette association entre le génial producteur Kenny Beats et le MC ALLBLACK est gagnante.  
Mes morceaux préférés : John Madden 2, Blitz, 76 Buccaneers
Ecouter sur Spotify ou Deezer




** On a beaucoup aimé :

Spiral Deluxe - Voodoo Magic
Jazz, House, Funk
  Géniale rencontre entre jazz, électronique et funk, ce disque évoque quelques vieux souvenirs (le Miles Davis post-Tutu, la faste période du jazz fusion, au croisement du jazz-funk et du prog), mais sonne frais et fun. 
Mes morceaux préférés : E=MC2, Voodoo Magic











Alexandre


vendredi 30 novembre 2018

Aphex Twin - Collapse EP (2018)


  Avec cet EP apaisé, Aphex Twin se montre sous un jour plus que favorable : assagi par les années, il se place dans l'histoire des musiques électroniques en évoquant la house 80's à peine sortie de l'électrofunk, toute en mélodie et en groove, l'acid ou la deep house, et en y injectant des breaks IDM fous et technoïdes et de magnifiques harmonies rappelant le plus beau de sa période ambient. On a un peu de tout ça dans l'immense premier morceau, "T69 Collapse", qui, à l'image de l'EP dans son entier, peut être une excellente porte d'entrée vers l'artiste, fidèle à sa musique mais relativement accessible.

  Avec un groove presque hip-hop et une découpe très hachée, proche du footwork, du morceau "1st 44", Richard D James montre également qu'il est toujours prêt à explorer de nouveaux horizons, et signe avec ce titre à la fois contemplatif, immersif et exigeant la bande originale d'un jeu vidéo génial qui n'existe pas encore. Les petites mélodies et les sons apaisants sont accentués sur "MT1 t29r2", qui reste transpersé par un beat inhumain que ne renierait pas Venetian Snares, et montre par sa construction (un pont sublime à 3'30" qui se fond à merveille dans la musique) qu'on peut faire aussi radical que du Autechre sans pour autant se perdre dans des digressions interminables (pas de critique ici, j'ai beaucoup aimé "le dernier" Autechre. Même s'il est long...).


Aphex Twin - T69 Collapse (Clip, 2018)

  Autre morceau plutôt facile à appréhender, "abundance..." possède une basse groovy et des patches de synthé pas si fou pour un grand public abreuvé à la BO de Stranger Things, tandis que "phtex" ravira les puristes des 90's tout en étant oossible à cerner par une génération biberonnée aux BO de jeux vidéos (Far Cry 1...) et de films à la BO technoïde/acid/jungle (Matrix...).

  C'est donc un excellent EP que je vous recommande, que vous soyez un fan du gars ou que vous vouliez découvrir cette légende de la musique électronique sans savoir par où commencer.  

Mes morceaux préférés : T69 Collapse, phtex, MT1 t29r2

Ecouter sur Spotify ou Deezer


Alex

jeudi 29 novembre 2018

EYEDRESS - Sensitive G (2018)


  Tombé un peu par hasard sur EYEDRESS, j'avais adoré son très court mais très bel EP sorti plus tôt dans l'année. Voyant quelques singles sortir, je me précipite sur sa page, pour découvrir avec surprise que le philippin avait carrément sorti un album, je m'y suis donc plongé curieux et emballé, et je n'ai pas été déçu.

  Dès la première chanson, "Ancient Love", on passe par milles émotions. Le music nerd s'émerveillera de la fragilité presque TV Personalities du morceau, du son très post punk voire psychobilly (à tendance Jesus & Mary Chain aussi, on va jusqu'à reprendre partiellement le beat de "Just Like Honey", piqué à la Motown et à Phil Spector), des digressions contemplatives de la guitare psychédélique, mais tout cela n'est pas très important, si ce n'est pour évoquer le fait qu'EYEDRESS maîtrise son sujet et que ça se sent, dans le naturel avec lequel le titre se structure, dans sa justesse au niveau des arrangements, dans la délicatesse et l'intensité de l'interprétation également. Un début en beauté.

  Le morceau d'après est une petite perfection pop. "Alone Time", très Empire of the Sun dans le chant, beaucoup plus lo-fi dans la musique, ce qui est plutôt une bonne chose, entre guitares exquises et boîte à rythme façon madeleine de Proust. Un des morceaux phares du disque. Dans l'ensemble, la new wave revisitée d'EYEDRESS, légèrement modernisée par une vision moderne à la Ariel Pink du mouvement, fait toujours mouche, cf l'autre excellent single "Toxic Masculinity" pour s'en convaincre.

EYEDRESS - Toxic Masculinity (Clip, 2018)

  Autre gros point fort : l'alternance entre les guitares et les synthés au premier plan, donnant des morceaux plus proches du rock indé dans le premier cas, comme le très The Drums / DIIV "Cocaine Sunday" et la plus apaisée et psychédélique "Cure For Cancer", voire "Be A Better Friend" qui emprunte des idées de mixage au shoegaze. 

EYEDRESS - Be A Better Friend (Live, 2018)

  Et dans le deuxième cas des ballades synthétiques comme les belles "White Girl", "PTSD", "Nice Girl From a Nice Part of Town" et "Young Old Man". Voire la curieuse et très réussie "Sensitive G", clairement inspirée par la G-Funk.

EYEDRESS - Sensitive G (Clip, 2018)

 C'est néanmoins la guitare qui domine l'album, comme l'attestent des morceaux comme "Stay Calm", "Window Eyes" avec Fazerdaze. Ce qui est notable, c'est la variété de sons et de styles de jeu qu'il arrive à tirer de cet instrument, en utilisant à fond toutes les possibilités, allant du shoegaze à la pop indé 90's en passant par la guitare folk façon Mac Demarco ("Suntory Times", "Sleeping On the Couch", "My Child / Old Soul"). Avec en second plan une basse cruciale et des boîtes à rythmes minimalistes mais parfaitement dosées, comme chez la géniale Sneaks

EYEDRESS - No Love In The City (Clip, 2018)

  Un autre élément qu'on sent maîtrisé est la construction globale du disque, jonglant habilement entre morceaux calmes, voire contemplatifs ("Babygirl") et morceaux plus hargneux pour faire monter et baisser l'intensité comme l'intense et génial "Xenophobic" et sa basse à la New Order / The Cure insistante et sa voix noyée sous les effets, ou les presque punks (PiL) et gothiques "No Love In The City" et "No Fun", d'une intensité rarement atteinte dans la pop (je n'ai que Sealings en tête).

EYEDRESS - No Fun (Clip, 2018)


  EYEDRESS utilise les référents du post-punk et de la pop indé comme tremplins pour exprimer sa créativité unique, et maîtrise ces genres (et bien plus encore) à la perfection, les assaisonnant de goth, de shoegaze, de synthpop, de folk, de psychédélisme, et j'en passe, pour en ressortir des morceaux concis, immédiats et beaux, sans toutefois faire de concessions sur son son, brut et minimaliste, presque tranchant. Un grand disque. 

Mes morceaux préférés : Ancient Love, Alone Time, Toxic Masculinity, No Fun, Xenophobic, No Love in the City
Ecouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex



mercredi 28 novembre 2018

Sealings - Scum / The Sound Of Music (2018)


  Après I'm A Bastard (2015), que j'avais adoré (et même classé parmi mes albums préférés de l'année), les anglais Sealings reviennent avec la même intensité sur un SCUM / THE SOUND OF MUSIC (sorti chez GOB Nation, label punk basé à Brighton) qui se révèle largement à la hauteur de son pourtant parfait prédécesseur. 

  Guitares bruitistes, basse grondante, boîtes à rythme, bruit blanc, chant d'outre tombe, post-punk, rock gothique, soupçons de glam dévoyés, indus sans concessions : ce cocktail sombre est magnifié par un génie de la dramaturgie certain ("Asda" pose l'ambiance crépusculaire d'entrée de jeu), et par un sens des gimmicks obsédants incontestable (la psyché "Sports", avec un synthé/orgue bien dark). On a même quelques échos d'une synthpop rudimentaire, proche de Suicide et du plus sombre de Depeche Mode, avec de petites touches de The Cure et plus récemment The Horrors ("Having A Dream"), même si là encore une guitare viscérale vient pervertir le tout comme chez les Cramps.

Sealings - Sports (Clip, 2018)

  Ce côté psyché, façon Black Angels également dans l'utilisation de la répétition et d'une esthétique sombre et plombée, donne un certain relief aux morceaux, et une certaine intemporalité, une profondeur, une patine que la plupart des disques n'acquièrent qu'avec deux ou trois décennies dans les pattes ("Charnel Ground"). Et cette alternance entre titres lents et graves (tels "Hanger Lane" et "Charnel Ground") et rythmiques ultra rapides davantage indus (comme "No Telephones" ou "Church") contribue à la construction très efficace de l'album. On notera également sur ces chansons que le groupe, loin d'être seulement un enfant de la post-punk gothique, est plutôt un grand esthète de la pop et du rock de manière générale, avec de petites allusions à des motifs surf, western ou rockabilly jouée par les guitares. 

  En tous cas, l'urgence est toujours là (lancinante "No Justice In The Streets", qui se sert de la synthpop comme base rythmique à un tourbillon de rock psyché agressif comme chez La Femme des débuts) et ne redescend pas tout au cours de l'album. On atteint même des sommets presque Stooges sur un titre comme "Leisure", free punk incontrôlable, sauvage et défouloir mais extrêmement bossé tout de même, sur lequel on ressent l'énergie du live. 

  Dans sa construction, ses sonorités noires, intransigeantes et fidèles à l'esprit post punk/gothique/indus du groupe, ou son exécution vigoureuse, la musique de Sealings est toujours excellente, et ce disque est le digne successeur à la claque de 2015 (I'm A Bastard). 

Mes morceaux préférés : Sports, Having A Dream


Alex



  

mardi 27 novembre 2018

SCH - JVLIVS (2018)


  Mea culpa. J'avais pris à tort SCH pour un clown, ou un rappeur de seconde zone à ses débuts, période "Champs Elysées" (même si le choix de la très belle prod soulignait déjà une oreille affutée). Et malgré quelques titres auxquels j'ai accroché plus tard (comme "Anarchie" en 2016), j'ai un peu laissé le train passer sans m'y intéresser plus que ça, avec une curiosité distante on va dire pour ce jeune rappeur atypique, volontiers nihiliste et visiblement à vif. Il faut dire que Julien Schwarzer de son vrai nom, a parcouru du chemin depuis ses débuts. A peine plus vieux que moi (il a 25 ans), il a rencontré un succès incroyable (ce dernier disque a été certifié or en une semaine), et monté son propre label, Baron Rouge. Ça c'est pour le côté pro, qui a son importance puisqu'il a désormais son studio, et s'enregistre seul (il est son propre ingénieur), ce qui lui libère un espace créatif déterminant. 

  Mais c'est côté perso qu'il a vécu l’événement fondateur de ce disque : la mort de son père. Figure paternelle impressionnante, distante mais adulée, un peu crainte mais respectée, son père est mort d'un alcoolisme que SCH lie directement au travail excessif qui usait son père, gros bosseur faisant de gros horaires ; travail  intenable imposé par une société qui pressurise ses classes les moins aisées pour offrir davantage à ceux qui ont déjà tout. Cette colère, cette rage, SCH les a injectées dans une histoire, volontairement romancée, d'une succession à la suite du décès d'un père, grand chef mafieux (Otto) à son fils, Julius (racine latine de Julien). Derrière le voile pudique de l'ambiance film de gangsters, genre plus qu'adapté au rap, Julien/SCH arrive donc à glisser ses ressentis sur les relations père-fils, la notion d'héritage, le deuil, les remords, le temps qui passe, entre autres. Et c'est ce qui fait toute la réussite de ce disque inattendu (pour ma part). 

SCH - JVLIVS - Absolu Tome 1 (Court Métrage, 2018)

  Des interludes racontés par José Luccioni, célèbre doubleur français (Al Pacino, Le ParrainStargate SG-1, Lord Of War, Aliens, Nip/Tuck...), structurent cette histoire qui par sa profondeur montre un SCH ayant prodigieusement gagné en maturité, sachant mieux canaliser sa fureur, et davantage apaisé, avec un vrai recul sur la vie. Il a gagné en épaisseur (au sens propre également, ça se voit physiquement, il fait mieux dans son corps). Loin de plomber l'album, ces interludes sont une merveilleuse idée, et l'enrichissent au contraire dans son aspect narratif comme dans sa musicalité (ce qui est un petit exploit, on perd souvent en efficacité à force d'imposer une narration en musique, cf la majorité des opéras rock, ou le dernier Lemon Twigs par exemple).

  Musicalement, l'ambiance cinématographique (illustrée par le court métrage ci-dessus JVLIVS - Absolu Tome 1, premier d'une trilogie à venir, et les clips) se traduit par des prods certes devant beaucoup à la trap, mais ultra travaillées, remplies de détails inattendus pour le genre : des cordes voire des orchestres entiers, pas mal de guitare sèche, quelques choeurs à la limite du grégorien parfois. Tout ça entretient une ambiance méditerranéenne unique. Et, gage de cohérence, l'ensemble (à l'exception de 3 morceaux sur 14) a été produit par Katrina Squad / son fidèle Guilty.

SCH - Pharmacie (Clip, 2018)

  Les titres sont très travaillées, prenants. Que ce soit dans de gros bangers traps sombres tels "VNTM", "Pharmacie", absolument géniaux, ou des morceaux plus à nu comme "Tokarev", "J't'en Prie" ou "Mort de Rire" SCH s'en sort à merveille. Autre réussite totale, "Otto", chanson la plus frontale du projet, mêle texte hargneux et blessé à la fois et instru mélancolique inattendue (cloche gothique, hits orchestraux impromptus façon nu-disco, nappes vocales new age, violons, xylophone...), pour un résultat bouleversant. Je ne vais pas vous spoiler en citant des extraits de textes, mais n'hésitez pas à ouvrir Genius en écoutant l'album pour en saisir toutes les images et les sous-textes à plusieurs niveaux. 

SCH - Otto (Clip, 2018)

  Cet album est rempli d'OVNIs, comme "Skydweller", dont le beat est un son d'horloge filant à toute allure, et comporte (entre autres) une guitare hispanisante, un clavier deep et un saxo, qui permettent à SCH de varier les flows, le rap et le chant avec une maestria telle qu'il sonne presque en feat avec lui-même. Là encore, le fait qu'il ait une culture "classique" et érudite du hip-hop et notamment du rap français l'aide, comme Alpha Wann dont on a parlé récemment, à kicker avec une exigence certaine comme les anciens tout en utilisant les variétés énormes de flows modernes, ce qui donne un alliage imbattable, contrairement à des types overhypés comme Koba LaD qui vont vite se retrouver bloqués une fois leur gimmick épuisé (c'est déjà lassant sur moins de 3 minutes...). C'est d'ailleurs de ce délire rap 90's que vient l'idée du fil conducteur sur un album, avec des "skits" à l'ancienne, version blockbuster ici.

  Autre exemple d'étrangeté musicale, "Ivresse & Hennessy" sonnerait presque comme du The Weeknd ou du Travis Scott entre autotune, claviers néo-80's et sens mélodique rnb. Mention spéciale à sa coda au piano bien foutue, preuve d'un perfectionnisme tangible dans la construction des morceaux. Même les quelques morceaux moins marquants ("Facile", "Prêt à partir" avec Ninho, ) recèlent de bonnes idées et sont loin de faire remplissage. De manière générale, le milieu du disque est son point faible, après 7 titres de folie l'intensité descend un peu, avant de remonter pour une fin de haute volée.

SCH - Le Code (Clip, 2018)

  D'abord, on a "Le Code", produit par le petit génie Pyroman ("Réseaux", "Salé", "Mwaka Moon", "Tu le C",... je vous encourage à regarder cette petite vidéo sur son travail, le mec a l'air d'avoir les pieds sur terre en plus). Le titre est génial, ses couplets sont des refrains et ses refrains des hymnes (belle gestion du chant et des effets vocaux), le travail sur les rythmiques et les guitares est incroyable, et c'est sans doute la porte d'entrée la plus facile sur cet album assez dense (le clip, très beau, aide également à poser le ton). C'est d'ailleurs comme ça que le voit SCH, qui y voyait un défi : faire de l'accessible, de l'universel, sans dénaturer son album et en essayant d'être crédible dans un registre plus pop. Un autre morceau remplit ce cahier des charges : "Ciel Rouge" et son électrofunk étonnant (comme le "91s" de PNL mais en mieux). Un autre gros point fort du disque, tout comme "Incompris", en plus rap, et a fortiori "Bénéfice", le morceau de bravoure planant et épique qui clôt le disque avec sensibilité, dans un délire PNL (mais avec un texte bien écrit) voire Damso, bref du bon. 

  Ce disque est dense, un poil exigeant (il demande quelques écoutes avant de bien rentrer dedans), mais il récompense vite l'auditeur persévérant. Son délire cinématographique servant de prétexte à une musique recherchée et surtout à des textes incisifs et profonds, reflets de la maturité nouvelle de SCH et centrés autour de l'héritage et de la relation père - fils. Un très grand disque de rap français, dont le succès public et critique est mérité. Ça va être dur de faire aussi bien pour les deux suites annoncées. A suivre...

Si vous avez apprécié l'album, je vous conseille cette excellente interview par Clique, et cette autre très bonne itw par OKLM

Mes morceaux préférés : VNTM, Pharmacie, Le Code, Tokarev, Otto, Skydweller, les interludes
A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex




dimanche 25 novembre 2018

Vaudou Game - Otodi (2018)


   Peter Solo, leader de Vaudou Game, a cherché à rendre hommage à ses idoles musicales sur ce disque, sur lequel on entend un savant mélange de décharges rythmiques façon James Brown et de groove façon Fela Kuti, via une autre légende, son oncle Roger Damawuzan, "le James Brown de Lomé", vétéran du funk togolais ayant par le passé chanté avec Les As Du Bénin (et avec Vaudou Game également), et présent ici sur deux titres (la fantastique "Not Guilty", la géniale "Something Is Wrong"). 

  Le groove liquide et chaud de l'afrofunk d'"Anniversaire" a un feeling digne des meilleurs vinyles que vous pourriez digger, et "Tata Fatiguée" est un tube absolu, avec une guitare épique qui mériterait à elle seule une scène dans un Tarantino. Mais l'album est très varié, avec la disco-funk orchestrale de "La Chose", comme un classique de Barry White ou Isaac Hayes en plus dansant, "Grasse Mat" comme du Shaft en plus vénère, ou "Pas La Peine" dont les choeurs et les synthés évoquent le disco-funk de Francis Bebey, William Onyeabor ou Amadou & Mariam. Plus loin, "Lucie" vire vers la rumba congolaise, "Soleil Capricieux" calme le jeu tout en restant funk, et "Bassa Bassa" apporte quelques saveurs caribéennes dans le mix. 

Vaudou Game - Tata Fatiguée (Clip, 2018)

  La pression ne redescend pas longtemps, et avec des titres funk à la basse implacable comme "Sens Interdit" ou aux guitares acérées comme "Roberto", la tension reste à son comble tout au long du disque, pour redescendre seulement sur le psychédélique et bluesy "Tassi", comme un écho lointain au Dr John des bayous voodoo de The Night Tripper

  Otodi est une formidable détonation, probablement le meilleur disque funk de l'année, et tout depuis les compositions jusqu'à l'interprétation nerveuse en passant par le son impeccable transpire l'amour de la musique et donne à cet album des allures de classique intemporel.

A écouter sur Spotify ou Deezer

Alex



  

vendredi 23 novembre 2018

ARTHUR - Woof Woof (2018)


  Le malicieux ARTHUR, après nous avoir abreuvé d'EPs formidables et de singles géniaux, droppe enfin son album (sorti chez PLZ Make It Ruins). L'oeuvre est surprenante, un joyeux collage de bubblegum pop néo-60's ultra mélodique et jouissive ("Woof Woof"), un peu comme si Connan Mockasin jouait du yé-yé, et de néo-psychédélisme aussi libre qu'immédiatement mémorable ("Ivy League", tellement bonne qu'elle aurait pu être sur le dernier MGMT). Entre autres.

ARTHUR - Ivy League (Clip, 2018)

  Sa voix, souvent trafiquées, et ses petites astuces de production proches du collage sonore, donnent une forte identité à des morceaux qui s'inscrivent pourtant dans la lignée de Mockasin ("Where's Ur Eyes"), MGMT ou Foxygen ("Julie vs. Robot Julie", "Make it Easy"), (SANDY) Alex G ("Sweet Memory", "I've Seen It") ou un mélange de tout ça avec les Flaming Lips ("Food", "September Dark Planet"). 

ARTHUR - Woof Woof, Evil Me & God (2018, Clips)

  Des morceaux comme "I'm Too Good""Evil Me" ou "God" révèlent que le songwriting derrière ces pastilles pop est digne des compos les plus chiadées depuis les 60's (Brian Wilson, Paul McCartney, Sagittarius, Syd Barret, Andy Partridge, Sparklehorse...), et l'interprétation unique d'ARTHUR en fait des oeuvres totales. Le côté électronique de son approche est également très intéressante, montant quelques ponts avec l'IDM ("Snowbird") ou la synthpop (l'expérimentale "Twist""Wow F**k" au accents post-punk, ou "Finally I Will Know Myself", avec un petit côté italo 70's et sunshine pop également pour cette dernière).

ARTHUR - Julie vs. Robot Julie (2018)

  Cet OVNI total est une bénédiction pour la pop, à rapprocher des excellents disques de MGMT, Connan Mockasin et Jack Stauber de cette année pour leurs brillantes relectures du genre. La forte personnalité d'ARTHUR transcende des morceaux au songwriting impeccable et à la production audacieuse et fun. Un petit bijou.

A écouter sur Spotify ou Deezer ou Bandcamp

Alex